jeudi 12 octobre 2017

Le peintre Georges Chauvier de Léon (Émile Aldebert sculpteur)

Samedi 14 octobre, le commissaire-priseur marseillais Damien Leclère vend aux enchères un petit buste en bronze, haut de 37 cm, représentant le peintre Georges Chauvier de Léon (Paris, 1835 – Sanary-sur-Mer, 1907). Cet artiste parisien effectue ses études artistiques à Marseille - il habite au n°39  de la rue Saint-Jacques - sous la férule d’Émile Loubon (1809-1863) et se fait une spécialité des paysages camarguais qu’il expose dans la capitale au Salon des artistes français. Il fréquente également les expositions régionales de Montpellier, Nîmes, Toulon et bien sûr Marseille.

Georges Chauvier de Léon, Paysage en Camargue
Vente Leclère, lot 28

Georges Chauvier de Léon, Les-Saintes-Maries-de-la-Mer
Vente Leclère, lot 33

Le sculpteur Émile Aldebert (Millau, 1827 – Marseille, 1924), autre élève de Loubon, réalise son portrait en 1879. L’activité du modèle est rappelée par la palette et les pinceaux sis sur le piédouche. Le petit format du buste montre qu’il s’agit d’une œuvre intime et non une commande officielle, ce que corrobore la dédicace gravée sur le côté : à mon ami / Chauvier de Léon / E. Aldebert / 1879. L’estimation de ce beau portrait est de 500/700 €.
Émile Aldebert, Georges Chauvier de Léon, bronze, 1879
Vente Leclère, lot 31

mardi 3 octobre 2017

La Mer et l’Océan (Armand Toussaint sculpteur)

Pascal Coste, Palais de la Bourse, façade principale
9 La Canebière, 1er arrondissement

Le 11 août 1857, la Chambre de Commerce de Marseille accepte les sculpteurs proposés par l’architecte Pascal Coste (1787-1879) pour décorer le palais de la Bourse alors en chantier. Le sculpteur parisien Armand Toussaint (1806-1862) obtient la réalisation d’un long bas-relief pour la loggia à colonnade et du couronnement de l’attique moyennant 38 000 francs.
L’artiste, élève de Pierre-Jean David d’Angers (1788-1856), obtient un Second Grand Prix de Rome en 1832. Cela lui ouvre les portes des grands chantiers de la capitale (Notre-Dame de Paris, Palais de Justice, Sainte-Clotilde, Louvre). Parallèlement, il exerce comme professeur de sculpture à l’École des beaux-arts de Paris et, en 1852, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur. C’est donc un artiste très officiel qui reçoit la principale commande décorative de la façade.

Armand Toussaint, La Mer et L’Océan, 1859
Couronnement de l’attique du palais de La Bourse

Pour le couronnement de l’attique, l’iconographie figure La Mer (Méditerranée) et l’Océan encadrant le blason de la ville de Marseille couronné de rameaux de chêne (Force) et d’olivier (Paix). Les deux allégories reprennent la tradition des divinités marines de l’antiquité, armées d’un trident. Toussaint sculpte son modèle dans son atelier parisien. Puis, à partir de mai 1859, ses praticiens descendent à Marseille pour dégrossir la pierre et reproduire la maquette à l’échelle. Le sculpteur, pour sa part, n’arrive que le 5 septembre suivant pour achever la taille ainsi que signer et dater son œuvre en bas à droite. La tâche est terminée le 9 septembre 1859.

lundi 25 septembre 2017

Le général Alfred Fetter (Antoine Sartorio sculpteur)

Les sculptures d’Antoine Sartorio (1885-1988) sont rares sur le marché de l’art. D’abord parce que son œuvre se compose principalement d’art monumental ; ensuite, parce que la famille est parvenue à conserver le fonds d’atelier de l’artiste, à Jouques (Bouches-du-Rhône). Aussi ce fut une surprise pour moi de tomber ce week-end, à la foire aux antiquités de Chatou (Yvelines), sur un buste en marbre – jusqu’alors inconnu – signé par Sartorio.

Antoine Sartorio, Le général Alfred Fetter, marbre, 1919
H. 60 cm – L. 45 cm – P. 25 cm
Ensemble et signature

Le buste représente un général alsacien, Alfred Fetter (1860-1929). Né français, il devient Allemand lorsque la province est conquise en 1871. Il quitte l’Alsace et est réintégré français par décret du 24 décembre 1881. Après des études à Polytechnique, il fait carrière dans l’armée. En 1916, en pleine guerre mondiale, il est élevé au grade de général de brigade.
Antoine Sartorio qui combat au front jusqu’en juillet 1916, date à laquelle il intègre l’unité de camouflage, l’a peut-être croisé à cette époque. Il le portraiture à la sortie du conflit, en 1919, au moment où le traité de Versailles rend l’Alsace et la Lorraine à la France. La mention Strasbourg, sous la signature, évoque sans doute ce fait cher au cœur du militaire.

vendredi 8 septembre 2017

Agrandissement du port de Marseille (Antoine Bovy médailleur)

Dans les années 1830-1840, l’agrandissement du port de Marseille devient un enjeu majeur pour le négoce phocéen. La forte croissance de la fréquentation et du tonnage des navires nécessite davantage d’espace, davantage de profondeur. En 1837, les ingénieurs des Ponts et Chaussées pensent améliorer le port par son approfondissement et son élargissement en gagnant sur la vieille ville : on envisage alors la destruction de 600 maisons entre la Consigne et la place Vivaux pour gagner 4 à 5 hectares. Le coût des expropriations semble ruineux, mais l’État juge nécessaire l’amélioration des infrastructures portuaires de Marseille. De fait, la loi du 9 août 1839 alloue à ce projet 7,2 millions. La Chambre de Commerce y ajoute 800 000 francs mais la manne étatique aiguise ses ambitions : elle demande une nouvelle étude pour un port auxiliaire, destiné au cabotage des vapeurs, de « la plus grande étendue possible »[1]. Cette étude aboutit à la fin de l’année 1842 au projet du port de la Joliette, validé par la loi du 5 août 1844.

Antoine Bovy, Agrandissement du port de Marseille, 1844
Médaille en bronze, collection particulière
Avers et revers

Le sculpteur et médailleur français d’origine suisse Antoine Bovy (1795-1877) réalise une médaille commémorant cette décision. L’avers présente le profil gauche du roi Louis-Philippe coiffé d’une couronne de chêne, symbole de force ; le revers offre une vue maritime de Marseille avec son Vieux-Port et le nouveau port de la Joliette.



[1] Archives de la Chambre de Commerce de Marseille, délibération du 27 août 1839.

mardi 8 août 2017

Monseigneur Louis Robert (Antoine Bontoux sculpteur)

Ce soir, sur Ebay, est vendu un buste d’Antoine Bontoux (1805-1892) représentant Mgr Louis Robert (1819-1900), évêque de Marseille de 1878 à 1900.

Antoine Bontoux, Mgr Louis Robert
Buste en plâtre patiné, 1887

Le 25 août 1887, le clergé marseillais offre à son évêque un buste en bronze à son effigie. Pour cela, il s’adresse au vieil Antoine Bontoux, professeur de sculpture à la retraite. Le prélat porte la calotte et la croix épiscopale ; quant au piédouche, il exhibe son monogramme « LR » et la signature de l’artiste.
Dans le même temps, Antoine Bontoux réalise une ou plusieurs réductions en plâtre patiné terre cuite ou médaille. Ces versions, hautes de 45 cm, sont vraisemblablement destinées au commanditaire ou aux souscripteurs les plus importants. Le buste actuellement en vente est affiché au prix de 250 euros.

mardi 1 août 2017

Paul Verlaine (André Verdilhan sculpteur)

En 1906, le sculpteur André Verdilhan (1881-1963) effectue ses premiers pas sur la scène artistique parisienne en exposant au 22e Salon des Indépendants, haut lieu de l’avant-garde. Il y présente six œuvres dont un buste en plâtre de Paul Verlaine (1844-1896 – n°5526). L’année suivante, se tient à Marseille le Salon de Provence, première manifestation d’art moderne de la cité phocéenne où un « symbolisme quelque peu énigmatique » côtoie un « révolutionnarisme intempestif » selon le critique Ferdinand Servian (1861-1934)[1]. L’exposition se déroule du 15 février au 15 mars 1907, dans l’ancien hôtel de la Caisse d’épargne sis au 11, rue Nicolas (aujourd’hui Édouard Delanglade), sous le patronage – entre autres – du sculpteur Auguste Rodin (1840-1917) et du fondateur du Salon d’Automne Frantz Jourdain (1847-1935). André Verdilhan y montre trois sculptures, notamment son Paul Verlaine (n°36).

André Verdilhan, Paul Verlaine, buste en plâtre, 1906
Collection particulière

Dans son article, Ferdinand Servian loue ses qualités : « Deux jeunes sculpteurs se signalent particulièrement l’un par l’acuité de son analyse, l’autre [Marius Malan, 1872-1940] par l’équilibre, la santé de sa technique où l’imagination et le pouvoir d’expression manuelle se maintiennent dans un état de parfaite tranquillité. Le premier, M. André Verdilhan, nous offre Coup de Grisou [n°38], d’une anatomie un peu confuse mais michelangélesque ; La Morte [n°37], masque impressionnant animé par le souffle de l’art, et Paul Verlaine, au front dominateur, au visage d’ascète laïque [sic]. Le jeune artiste nous est apparu là comme un Carrière de la sculpture, tant il semble avoir transporté dans son propre domaine la conception picturale de l’auteur du poème social. »[2] La référence au peintre symboliste francilien Eugène Carrière (1849-1906) est d’autant plus pertinente qu’il est lui-même l’auteur d’un portrait de Paul Verlaine.

Eugène Carrière, Paul Verlaine, huile/toile, 1880
Musée d’Orsay, Paris

Suite à cette exposition, se forme un comité composé d’écrivains, de musiciens, de peintres et d’amateurs d’art pour ériger un monument à la mémoire de Paul Verlaine ; on y trouve Frantz Jourdain, le poète François Coppée (1842-1908), le ministre dreyfusard Henri Bresson (1835-1912), le député Edmond Lepelletier (1846-1913) apparenté à Verlaine ou encore les peintres marseillais Louis-Mathieu Verdilhan (1875-1928) et Louis Audibert (1880-1983). Ce dernier, propriétaire de la campagne Carlevan sur la commune d’Allauch où doit être élevé ledit monument, coordonne les efforts du groupe qui prend le nom d’Académie d’Allauch. Par une lettre datée du 18 mars 1908, le comité sollicite le conseil municipal qui lui accorde, le 29 mars suivant, un emplacement sur l’esplanade des Écoles, une subvention de 100 francs et la concession d’un bloc statuaire. Le monument se composera du buste en marbre de Paul Verlaine d’André Verdilhan dressé sur une stèle de trois mètres avec une Muse pensive devant. Dans la foulée, le 31 décembre 1908, un arrêté ministériel accorde une allocation de 400 francs à cette œuvre.
Pourtant partie sous de bons auspices, l’érection du monument n’aboutit pas. Le 18 avril 1912, le ministère des Beaux-Arts s’inquiète de l’inauguration. Le préfet des Bouches-du-Rhône, après enquête, lui apprend que l’œuvre reste inachevée et le comité dissous. La municipalité d’Allauch qui conserve la pierre allouée, à peine ébauchée, est prête à la restituer ; quant à la subvention de l’État, elle est annulée le 6 juin 1912.



[1] Ferdinand Servian, « Beaux-Arts. Le Salon de Provence », Le Sémaphore de Marseille, 7 mars 1907.
[2] Idem.

lundi 24 juillet 2017

Le Bateau (Stéphane Hanrot architecte)

Voilà longtemps que je n’avais vu la place du Général-de-Gaulle aussi attrayante. L’aménagement actuel met en valeur la fontaine de l’architecte Stéphane Hanrot (né en 1956).

Stéphane Hanrot, Fontaine, 1995
Place du Général-de-Gaulle, 1er arrondissement

Celle-ci est érigée en 1995, à la faveur de la construction du parking souterrain et du réagencement de la place. Son concepteur lui confère une monumentalité contrastant avec le minimalisme des miroirs d’eau qui se sont multipliés dans la dernière décennie du XXe siècle. En effet, Stéphane Hanrot, en tant qu’architecte et enseignant-chercheur à l’ENSA de Marseille, est aussi attaché à l’architecture qu’au paysage urbain : son credo consiste à mieux connaître les qualités d’un environnement pour contrecarrer les processus de « médiocrisation » du cadre de vie.
La fontaine joue sur un contraste de courbes opposées entre une base massive en pierre et un bassin métallique traité tout en légèreté. Suspendu au-dessus du sol par une quille, le bassin évoque la coque d’un voilier glissant sur les flots… d’où son surnom de « bateau ». L’eau, par un système de débordement, tombe de la partie supérieure en rideau sur la base où est gravée la devise de la cité phocéenne : « Actibus immensis urbs fulget Massiliensis » (La Ville de Marseille resplendit par ses hauts faits).