mardi 8 août 2017

Monseigneur Louis Robert (Antoine Bontoux sculpteur)

Ce soir, sur Ebay, est vendu un buste d’Antoine Bontoux (1805-1892) représentant Mgr Louis Robert (1819-1900), évêque de Marseille de 1878 à 1900.

Antoine Bontoux, Mgr Louis Robert
Buste en plâtre patiné, 1887

Le 25 août 1887, le clergé marseillais offre à son évêque un buste en bronze à son effigie. Pour cela, il s’adresse au vieil Antoine Bontoux, professeur de sculpture à la retraite. Le prélat porte la calotte et la croix épiscopale ; quant au piédouche, il exhibe son monogramme « LR » et la signature de l’artiste.
Dans le même temps, Antoine Bontoux réalise une ou plusieurs réductions en plâtre patiné terre cuite ou médaille. Ces versions, hautes de 45 cm, sont vraisemblablement destinées au commanditaire ou aux souscripteurs les plus importants. Le buste actuellement en vente est affiché au prix de 250 euros.

mardi 1 août 2017

Paul Verlaine (André Verdilhan sculpteur)

En 1906, le sculpteur André Verdilhan (1881-1963) effectue ses premiers pas sur la scène artistique parisienne en exposant au 22e Salon des Indépendants, haut lieu de l’avant-garde. Il y présente six œuvres dont un buste en plâtre de Paul Verlaine (1844-1896 – n°5526). L’année suivante, se tient à Marseille le Salon de Provence, première manifestation d’art moderne de la cité phocéenne où un « symbolisme quelque peu énigmatique » côtoie un « révolutionnarisme intempestif » selon le critique Ferdinand Servian (1861-1934)[1]. L’exposition se déroule du 15 février au 15 mars 1907, dans l’ancien hôtel de la Caisse d’épargne sis au 11, rue Nicolas (aujourd’hui Édouard Delanglade), sous le patronage – entre autres – du sculpteur Auguste Rodin (1840-1917) et du fondateur du Salon d’Automne Frantz Jourdain (1847-1935). André Verdilhan y montre trois sculptures, notamment son Paul Verlaine (n°36).

André Verdilhan, Paul Verlaine, buste en plâtre, 1906
Collection particulière

Dans son article, Ferdinand Servian loue ses qualités : « Deux jeunes sculpteurs se signalent particulièrement l’un par l’acuité de son analyse, l’autre [Marius Malan, 1872-1940] par l’équilibre, la santé de sa technique où l’imagination et le pouvoir d’expression manuelle se maintiennent dans un état de parfaite tranquillité. Le premier, M. André Verdilhan, nous offre Coup de Grisou [n°38], d’une anatomie un peu confuse mais michelangélesque ; La Morte [n°37], masque impressionnant animé par le souffle de l’art, et Paul Verlaine, au front dominateur, au visage d’ascète laïque [sic]. Le jeune artiste nous est apparu là comme un Carrière de la sculpture, tant il semble avoir transporté dans son propre domaine la conception picturale de l’auteur du poème social. »[2] La référence au peintre symboliste francilien Eugène Carrière (1849-1906) est d’autant plus pertinente qu’il est lui-même l’auteur d’un portrait de Paul Verlaine.

Eugène Carrière, Paul Verlaine, huile/toile, 1880
Musée d’Orsay, Paris

Suite à cette exposition, se forme un comité composé d’écrivains, de musiciens, de peintres et d’amateurs d’art pour ériger un monument à la mémoire de Paul Verlaine ; on y trouve Frantz Jourdain, le poète François Coppée (1842-1908), le ministre dreyfusard Henri Bresson (1835-1912), le député Edmond Lepelletier (1846-1913) apparenté à Verlaine ou encore les peintres marseillais Louis-Mathieu Verdilhan (1875-1928) et Louis Audibert (1880-1983). Ce dernier, propriétaire de la campagne Carlevan sur la commune d’Allauch où doit être élevé ledit monument, coordonne les efforts du groupe qui prend le nom d’Académie d’Allauch. Par une lettre datée du 18 mars 1908, le comité sollicite le conseil municipal qui lui accorde, le 29 mars suivant, un emplacement sur l’esplanade des Écoles, une subvention de 100 francs et la concession d’un bloc statuaire. Le monument se composera du buste en marbre de Paul Verlaine d’André Verdilhan dressé sur une stèle de trois mètres avec une Muse pensive devant. Dans la foulée, le 31 décembre 1908, un arrêté ministériel accorde une allocation de 400 francs à cette œuvre.
Pourtant partie sous de bons auspices, l’érection du monument n’aboutit pas. Le 18 avril 1912, le ministère des Beaux-Arts s’inquiète de l’inauguration. Le préfet des Bouches-du-Rhône, après enquête, lui apprend que l’œuvre reste inachevée et le comité dissous. La municipalité d’Allauch qui conserve la pierre allouée, à peine ébauchée, est prête à la restituer ; quant à la subvention de l’État, elle est annulée le 6 juin 1912.



[1] Ferdinand Servian, « Beaux-Arts. Le Salon de Provence », Le Sémaphore de Marseille, 7 mars 1907.
[2] Idem.

lundi 24 juillet 2017

Le Bateau (Stéphane Hanrot architecte)

Voilà longtemps que je n’avais vu la place du Général-de-Gaulle aussi attrayante. L’aménagement actuel met en valeur la fontaine de l’architecte Stéphane Hanrot (né en 1956).

Stéphane Hanrot, Fontaine, 1995
Place du Général-de-Gaulle, 1er arrondissement

Celle-ci est érigée en 1995, à la faveur de la construction du parking souterrain et du réagencement de la place. Son concepteur lui confère une monumentalité contrastant avec le minimalisme des miroirs d’eau qui se sont multipliés dans la dernière décennie du XXe siècle. En effet, Stéphane Hanrot, en tant qu’architecte et enseignant-chercheur à l’ENSA de Marseille, est aussi attaché à l’architecture qu’au paysage urbain : son credo consiste à mieux connaître les qualités d’un environnement pour contrecarrer les processus de « médiocrisation » du cadre de vie.
La fontaine joue sur un contraste de courbes opposées entre une base massive en pierre et un bassin métallique traité tout en légèreté. Suspendu au-dessus du sol par une quille, le bassin évoque la coque d’un voilier glissant sur les flots… d’où son surnom de « bateau ». L’eau, par un système de débordement, tombe de la partie supérieure en rideau sur la base où est gravée la devise de la cité phocéenne : « Actibus immensis urbs fulget Massiliensis » (La Ville de Marseille resplendit par ses hauts faits).

samedi 15 juillet 2017

Déménagement du Chevalier Roze

Il arrive – plus fréquemment qu’on se l’imagine – que les sculptures monumentales déménagent. Souvent, l’on convoite leur emplacement pour un nouvel aménagement. Plus rarement, une statue retrouve son site d’origine. C’est ce qui est arrivé récemment au buste du Chevalier Roze (1675-1733), réalisé en 1880 par le sculpteur marseillais Jean Hugues (1849-1930).
Je ne reviendrai pas sur son histoire ; il suffira de se reporter à la notice que je lui ai consacrée le 11 mars 2008. L’œuvre, érigée en 1886 sur une architecture murale à la Tourette, reste en place au moins jusqu’en 1952.
                             
Karl, Monument du Chevalier Roze à la Tourette,
Gravure, vers 1886-1890

Baron, Monument du Chevalier Roze à la Tourette,
Photographie du 5 février 1952

Le buste en bronze est déménagé alors au square Fontaine Rouvière, où il demeure jusqu’à cette année. Un élu a sans doute eu l’idée pertinente de rapprocher le héros de la peste de 1720 du lieu de ses hauts faits. Du coup, la sculpture a été rapatriée à la Tourette et placée – dans une mise en scène minimaliste – contre l’église Saint-Laurent.

Jean Hugues, Le Chevalier Roze, bronze, 1880
Esplanade de la Tourette, 2e arrondissement

vendredi 16 juin 2017

Actualité des ventes marseillaises

Juin est toujours un gros mois pour les ventes aux enchères, avant la trêve estivale. J’ai donc décidé de mettre l’accent sur quelques œuvres intéressantes qui passent prochainement sur le marché marseillais.

Louis Patriarche, Exposition coloniale de Marseille, 1906
Plaquette en bronze argenté, 5,5 x 8,5 cm
Avers & revers

Aujourd’hui, vendredi 16 juin, l’Étude de Provence propose à la vente une belle médaille de forme rectangulaire dont l’avers reprend l’affiche de l’Exposition coloniale de 1906 peinte par David Dellepiane (1866-1932, cf. notice du 1er décembre 2016) : les habitants des colonies françaises arrivant à Marseille en bateau. Cette plaquette est l’œuvre du sculpteur-médailleur corse Louis Patriarche (Bastia, 1872 – Nîmes, 1955). L’estimation est de 350 / 450 €.

Gaston Cadenat, Débardeurs, 1935
Bas-relief en plâtre patiné, 28 x 62 cm

Vendredi 30 juin, l’étude d’Hervé Tabutin présente un sculpteur rare aux enchères : Gaston Cadenat (1905-1966). L’œuvre est une épreuve en plâtre patiné du bas-relief qui lui vaut une médaille d’argent  au Salon de la Société des artistes français de 1935 : Débardeurs. L’estimation est de 200 / 260 €.

Manufacture de la veuve Perrin, Fontaine Fossati, 1789
Surtout de table en faïence polychrome, H. 50,5 cm – L. 21 cm
Ensemble et détail

La pièce la plus intéressante est cependant proposée par l’étude de Damien Leclère, ce même vendredi 30 juin. Il s’agit d’une céramique reproduisant la Fontaine Fossati, érigée en 1778 sur la place La Tour (aujourd’hui place du Général de Gaulle) puis transférée place des Capucines (cf. notice du 8 avril 2013). Elle porte une inscription en latin : fons Marsillia Civittati Facta Fuit Anno M.DCCLXXXIX. D’autres exemplaires existent, avec des variations de couleurs, notamment musée Borelly ; pour les curieux, Marina Lafon leur a consacré un article dans la revue Marseille d’avril 2017 (n°254, Marseille en miniature, « La Fontaine Fossati, ses tribulations et ses représentations en faïences au XVIIIe siècle », p.65-71). Cette pièce rare est estimée entre 3000 et 5000 €.

lundi 5 juin 2017

Le poilu à l’assaut (Félix Guis sculpteur)

Aujourd’hui, j’ai décidé de publié un extrait de mon article « Esquisses, maquettes, modèles et autres réductions : sculpter en miniature pour rêver Marseille en monumental » paru dans la revue Marseille (n°254, avril 2017, p.86-93).

Félix Guis, Projet de monument aux morts
Maquette en plâtre, vers 1920-1925, collection particulière

Conséquence de 14-18, l’Entre-deux-guerres connaît une effervescence sculpturale sans précédent. La loi du 25 octobre 1919 encourage en effet l’érection de monuments aux morts pour la Patrie[1]. En ce qui la concerne, la cité phocéenne abandonne cette prérogative à ses quartiers qui aussitôt – soit individuellement, soit en se regroupant – forment des comités pour élever un mémorial. Ceux-ci demandent aux sculpteurs et entrepreneurs locaux, par le biais d’un marché de gré à gré ou d’un concours, des projets de monument. Les maquettes soumises symbolisent la Douleur, la Victoire ou Gallia, image de la France éternelle. Toutefois, le motif emblématique reste la figure du poilu, montant la garde ou mourant ; le poilu combattant, trop réaliste ou agressif, n’est jamais retenu. La maquette de Félix Guis en fait les frais : son soldat hurlant, un masque à gaz sur la poitrine, qui s’élance à l’assaut, prêt à jeter une grenade, ne trouve pas preneur[2]. Seule l’Union des volontaires français et alliés ose ce parti-pris pour son monument, œuvre de l’Italien Luigi Betti, érigé en 1925 au cimetière Saint-Pierre (cf. notice du 21 octobre 2013).

Luigi Betti, Monument aux Volontaires français et alliés
Statue en bronze, 1925, Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement


[1] « Des subventions seront accordées par l’État aux communes en proportion de l’effort et des sacrifices qu’elles feront en vue de glorifier les héros morts pour la Patrie. » (article 5).
[2] Guis puise son réalisme dans son expérience : mobilisé du 1er juillet 1915 au 1er août 1919, il combat au front, dans l’aviation.

vendredi 19 mai 2017

Le pavillon Rivoire & Carret (François Carli sculpteur)

Les cousins Claudius Rivoire (1835-1895) et Jean-Marie Carret (1829-1913) fondent en 1860, à Lyon, une entreprise de pâtes alimentaires. Toutefois, afin de se rapprocher de leurs matières premières provenant principalement du Maghreb, ils s’installent en 1890 à Marseille, dans le quartier Saint-Marcel (11e arrondissement). Par la suite, dans les années 1930, leur usine – dont les bâtiments labélisés patrimoine XXe ont été rachetés par la ville en 2003 – déménage à la Valbarelle (11e arrondissement).

Gabriel Héraud (architecte) et François Carli (sculpteur)
Pavillon Rivoire & Carret, 1906
Carte postale

Aujourd’hui, ce n’est pas l’usine qui m’intéresse, mais le petit pavillon Rivoire & Carret construit pour l’Exposition coloniale de Marseille de 1906. Le pavillon de style nouille – jamais style n’a été autant d’à-propos ! – est l’œuvre des Marseillais Gabriel Héraud (1866-1941) et François Carli (1872-1957). Il est érigé à l’intérieur du Grand Palais et en est un des principaux attraits. Un littérateur déclare que « l’on admire notamment les panneaux décoratifs célébrant l’apothéose des pâtes alimentaires. Certes, le sujet était plutôt ardu. Mais Carli l’a poétisé, et rien n’est joli et fin comme cette pluie de boites tombant du ciel sur un champ d’épis dorés de soleil. Les anges posés au sommet du dôme de l’édifice sont également d’exquises choses et contribuent à donner un grand cachet artistique à ce pavillon dont il est superflu de souligner l’immense succès »[1].
A propos desdits anges, ils semblent se souvenir des motifs qu’Auguste Carli (1868-1930) a créés pour le Grand Palais de l’Exposition universelle de 1900 et qu’il a repris pour signaler l’atelier-musée des frères Carli au n°6 de la rue Neuve (cf. notice du 26 février 2008).

Auguste Carli, Enfant et masque grotesque, 1899
Maquette vendue aux enchères à Drouot le 18 Mai 2016



[1] S., « L’art à l’exposition. Carli », La Vedette, 18 août 1906, p.409