lundi 28 avril 2008

Émile Aldebert

Suite des notices de sculpteurs du Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Aldebert Émile, Monument à Antoine-Dominique Magaud, marbre, 1910
Hall du conservatoire de musique, place Carli, 1er arrondissement

Aldebert Émile (Millau, 28 août 1827 – Marseille, 07 mars 1924), sculpteur
Il s’installe à Marseille à l’âge de 9 ans. Adolescent, il fait ses études à l’École des Beaux-Arts. Dès 1851, il participe aux expositions de la Société Artistique des Bouches-du-Rhône fondée par Émile Loubon, puis à celles du Cercle Artistique et du Salon des Artistes Marseillais. Durant plus de 60 ans, il y montre sa production de portraits, de statuettes mythologiques et de scènes de genre. À partir de 1868, il expose aussi au Salon parisien ; il y reçoit d’ailleurs des mentions honorables en 1883 (Bateleur, statue plâtre – musée des Beaux-Arts de Marseille) et 1886 (Enfant et chèvre, groupe plâtre – musée des Beaux-Arts de Marseille). En outre, les grands chantiers du Second Empire (Palais de Justice, Préfecture des Bouches-du-Rhône, Bibliothèque-École des Beaux-Arts) lui permettent de se construire une solide réputation d’ornemaniste. Puis, peu à peu, il gagne ses galons de sculpteur statuaire ; il exécute alors de nombreux édicules publics dont une paire de fontaines dédiées à l’Agriculture et à la Marine pour la ville de Sanary-sur-Mer (1867) et divers monuments commémoratifs : Augustin Fabre (hôtel-dieu, 1893) et Antoine-Dominique Magaud (ancienne École des Beaux-Arts, 1910) à Marseille, Camille Monier à Eyguières (1896), le Docteur Louis Barthélemy à Aubagne (1897), le Général Gaffori à Corte (1900)… Parallèlement, il enseigne le modelage (1874) puis la sculpture (1884) à l’École des Beaux-Arts de Marseille. Il occupe ce poste jusqu'à la première Guerre mondiale. Enfin, le 24 février 1884, il est reçu à l’Académie de Marseille. Son hôtel particulier, sis au 11 de la rue de l’Obélisque (rue Louis Maurel), décoré par ses soins, vante aujourd’hui encore, telle une façade publicitaire, toute l’étendue du talent de cet artiste prolifique d’une exceptionnelle longévité.

vendredi 25 avril 2008

Marius Guindon

Nouvelle notice du Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :


Marius Guindon, atlantes de l’hôtel Grau, pierre, 1864
102 La Canebière, 1er arrondissement

Guindon André Marius (Marseille, 18 octobre 1831 - ?, mars 1919), peintre et sculpteur
Élève d’Émile Loubon puis de Léon Cogniet, il expose ses peintures au Salon de 1855 à 1914. Il y obtient une médaille de 3e classe en 1905 (Le Cours à Marseille en 1790 et L’Orage). C’est également un fidèle des expositions marseillaises. Il effectue plusieurs séjours en Italie dont il ramène des scènes de genre : Bergers dans la campagne romaine (1857, musée de Béziers). Enfin, à partir de 1875, il enseigne le dessin à l’École des Beaux-Arts de Marseille durant plus de quarante ans. Le musée de Digne conserve Un coin du Vieux Marseille et le musée des Beaux-Arts de Marseille L’Invasion, grande toile de 1909. Sous le Second Empire, il apparaît également comme un sculpteur apprécié. L’architecte Espérandieu l’emploie au Palais Longchamp (Les Génies des Parrocel, des frères Imbert et d’Aubert, 1867) et à l’École des Beaux-Arts – Bibliothèque (buste d’Auguste et médaillon de Roland de la Bellaudière, 1870). Comme statuaire, on lui doit également les atlantes de l’hôtel Grau (1864 – 102, La Canebière), un buste d’Émile Loubon (1865, cimetière Saint-Pierre), Un ami (portrait exposé au Salon Marseillais, 1877), un médaillon en bronze de l’Abbé Dassy (1889, Académie de Marseille). Pour finir, il fonde le musée de Cassis en 1910.

mardi 22 avril 2008

Berthe Girardet

Il y a une femme sculpteur marseillaise qui m’intéresse depuis longtemps : Berthe Girardet. Je prévois de lui consacrer un article conséquent à l’occasion. Pour aujourd’hui, je vous soumets la notice que je lui ai consacrée dans le Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Berthe Girardet, Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien, groupe en marbre, 1913
The Detroit Institut of Art, États-Unis

Girardet Berthe, née Imer (Marseille, 8 avril 1861 – Neuilly-sur-Seine, 6 décembre 1948), sculpteur.
Fille de Charles Gustave Imer, un négociant d’origine suisse, elle se forme à la sculpture dans l’atelier d’Émile Aldebert avant de compléter sa formation artistique à Paris auprès d’Antonin Carlès. Elle expose à Marseille et à Paris à partir 1890 ; elle demeure essentiellement fidèle au Salon des Artistes Français (mention honorable en 1902) jusqu’en 1944 malgré quelques incursions au Salon d’Automne (1904) ou à l’Union des Femmes Peintres et Sculpteurs (1928). Son mariage avec le peintre suisse Paul Girardet en 1893 lui permet d’exposer dans la section helvète lors de l’Exposition Universelle de 1900 où elle obtient une médaille d’or. En février 1925, la galerie parisienne Jean Charpentier lui consacre une importante exposition rétrospective. Son œuvre se compose principalement de portraits de caractère (Le Torero ; La Vieille – musée de Neufchâtel, Suisse) et de scènes de genre (La Bénédiction de l’aïeule ; L’Enfant malade – collection de la Ville de Paris, dépôt d’Ivry ; Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien – The Detroit Institut of Art, États-Unis). Après la première Guerre mondiale, la commémoration des victimes du conflit (Aux héros inconnus, stèle de l’ossuaire de Douaumont) et la religion occupent une part important de sa production même si, dans la même période, elle réalise pour la Ville de Marseille un bas-relief intitulé Sérénité. Enfin, soucieuse de l’édition de ses œuvres, elle collabore entre autres avec les manufactures de Sèvres et de Charenton (biscuit, grès polychrome) ainsi que la maison Christofle (bronze galvanisé).


Berthe Girardet, Sérénité, bas-relief en marbre, 1931
Allée Ray Grassi, 8e arrondissement

dimanche 20 avril 2008

Paul Gondard

Jusqu'à présent, je n’en ai pas encore parlé mais j’ai collaboré à l’écriture de plusieurs dictionnaires : Marseillaises, 26 siècles d’histoire (1999), Dictionnaire des Marseillais (2001), Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur (dont j’ai dirigé la refonte, 2006). Je me propose de donner quelques notices de sculpteurs tirées de ces publications, la première étant une synthèse de deux notices :

Gondard Paul (Marseille, 7 septembre 1884 – Marseille, 27 février 1953), sculpteur.
Beau-frère de François Carli, Paul Gondard apprend son art auprès d’Émile Aldebert et de Marius Guindon à l’École des Beaux-Arts de Marseille. Contrairement à nombre de ses contemporains, il ne complète pas son apprentissage à Paris. Sa carrière, de fait mais aussi par choix, demeure essentiellement régionale : il figure au Salon de l’Union des Artistes de Provence de 1919 à 1948, participe aux grandes manifestations marseillaises de l’Entre-deux-guerres comme l’Exposition Coloniale de 1922 ou l’Exposition catholique de 1935, est à l’origine de l’Association professionnelle des Arts et Lettres de Provence. Sa persévérance à faire de la cité phocéenne une importante capitale artistique lui ouvre les portes de l’Académie de Marseille où il est élu le 4 mai 1950. Il enseigne par ailleurs l’esthétique et l’histoire de l’art à l’École municipale des Beaux-Arts.

Paul Gondard, Monument à Edmond Rostand, pierre, 1930
Parc Chanot, 8e arrondissement

Son œuvre, sobre et solennelle, rompt avec le hiératisme hérité du XIXe siècle. Le statuaire mène une réflexion sur le rôle du socle dans le monument public ; ainsi à Marseille, le Monument à Edmond Rostand (1930) où le dramaturge et les allégories émergent de leur gangue minérale ou bien le Monument à Reyer (1934) qui présente le compositeur concentré siégeant sur un trône monolithe. Parmi ses sculptures importantes, il convient encore de citer le Monument aux morts de la vallée du Queyras (1926), les Voix de la Mer (1928, cimetière Saint-Pierre), les Monuments au poète François Fabié (1935, Toulon), au maire Bouisson (1935, La Ciotat) et à Alfred Vivien (Bandol). Le musée des Beaux-Arts de Marseille conserve par ailleurs un buste de marbre de Mozart (1936).


Paul Gondard, Les Voix de la Mer, groupe en pierre, 1928
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

vendredi 18 avril 2008

Jeanne d'Arc (Adolphe Royan sculpteur ?)

Voici une notice issue de l’exposition Figures en façades (Préfecture des Bouches-du-Rhône, journées du patrimoine 2005) :

Adolphe Royan ?, Jeanne d’Arc, statue en pierre, 1895
Immeuble Casile, 35 rue de la Bibliothèque, 1er arrondissement

Cet immeuble, sis à l’angle de la rue de la Bibliothèque et de la place Jean-Jaurès (ex plaine Saint-Michel), est construit à l’instigation d’un certain Pierre Casile. Celui-ci n’y réside que quelques années, le temps de faire fructifier son investissement. Il perçoit notamment les loyers de ses locataires et des bains publics qui occupent dès l’origine le local commercial.
À l’instar de nombreux bâtiments de Marseille, l’immeuble abrite une statue d’angle. Il s’agit traditionnellement d’une effigie religieuse – une Vierge ou un saint protecteur – placée dans une niche. Cependant, le traitement diffère ici par sa monumentalité : couronnant une colonne et un chapiteau ouvragé, une Jeanne d’Arc plus grande que nature se dresse fièrement, épée à la main et bannière au vent. La sculpture, vraisemblablement œuvre d’Adolphe Royan (actif à Marseille de 1889 à 1906) d’après les traces de signature, apparaît totalement solidaire de l’architecture et date assurément de la construction.
Le choix de cette iconographie soulève toutefois plusieurs questions. En 1895, la Pucelle d’Orléans n’est encore qu’une héroïne populaire (béatification en 1909 ; canonisation en 1920). De fait, elle ne répond sans doute pas à la montée de l’anticléricalisme en France. Par contre, elle est strictement contemporaine du Monument des Mobiles de la guerre de 1870, sis à l’intersection de la Canebière et des allées de Meilhan. Elle semble donc relever davantage de l’esprit revanchard consécutif à la perte de l’Alsace-Lorraine. Reste le blason présent sur le chapiteau : peut-être désigne-t-il la famille Casile puisque ce ne sont pas les armoiries de Jeanne d’Arc.

jeudi 17 avril 2008

Hôtel Aldebert (Émile Aldebert sculpteur)

Suite de Tête à tête :


Hôtel Aldebert, 11, rue Louis-Maurel (ex-rue de l’Obélisque), 6e arrondissement

Dès 1851, Émile Aldebert (Millau, 1828 – Marseille, 1924) participe aux expositions de la Société artistique des Bouches-du-Rhône où il montre de plaisantes statuettes mythologiques, des allégories et des portraits. Toutefois, c’est comme ornemaniste qu’il se forge une renommée. De fait, on le croise sur de nombreux chantiers marseillais du Second Empire, notamment ceux du Palais de Justice et de la Préfecture des Bouches-du-Rhône. Cela lui ouvre par la suite une carrière d’enseignant à l’École des Beaux-Arts de Marseille – en effet, il est nommé professeur de modelage (1874), puis de sculpture (1884) – ainsi que les portes de l’Académie de Marseille (1884).
Sa notoriété croissante justifie l’ornementation de son hôtel particulier-atelier à trois fenêtres ; elle démontre, telle une affiche publicitaire, son savoir-faire et affirme sa nouvelle notabilité. Le décor, varié, se développe sur toute la façade : un cartouche très ouvragé en dessus-de-porte, des dauphins et une tête de Neptune sur les linteaux du premier niveau, des mufles de lion au-dessus des fenêtres du second étage. Cependant, les trumeaux de l’étage noble sont plus particulièrement favorisé : Là, deux médaillons féminins, de profil et en vis-à-vis, dominent des trophées allégoriques symbolisant la Peinture (palette, pinceaux, rouleaux, rapporteur…) et la Sculpture (selle, ciseaux, maillet, vase d’orfèvrerie…) : il s’agit des portraits de l’épouse et de la fille du sculpteur. Dessous, deux cartouches rectangulaires contiennent l’un le monogramme de l’artiste propriétaire (EA) et l’autre la date du décor (1864). Enfin, il convient de noter la mise en abîme dans les trophées de deux bustes masculins, vraisemblablement inspirés du sculpteur marseillais Pierre Puget (1620-1694).

Mlle Aldebert et trophée de sculpture, médaillon et bas-relief pierre, 1864
Hôtel Aldebert, 11, rue Louis-Maurel (ex-rue de l’Obélisque), 6e arrondissement

mercredi 16 avril 2008

L'ancien théâtre des Variétés (Stanislas Clastrier sculpteur ?)

Suite du dépouillement de l’exposition Tête à tête (Préfecture des Bouches-du-Rhône, journées du patrimoine 2007) :


Théâtre des Variétés
37, rue Vincent Scotto (ex-rue de l’Arbre), 1er arrondissement

Stanislas Clastrier ?, Jacques Offenbach, médaillon, 1887
Théâtre des Variétés, 37, rue Vincent Scotto (ex-rue de l’Arbre), 1er arrondissement

Lieu voué au spectacle depuis 150 ans, se succèdent ici le Casino (1857) et les Folies Marseillaises (1878) avant la construction du Théâtre des Variétés. Ce dernier – dont il nous reste aujourd’hui la façade édifiée par l’architecte Joseph Letz (1837-1890) – est inauguré le 8 octobre 1887. Son décor, bien que modeste, rappelle encore sa programmation d’opérettes et de vaudevilles : à droite, figure le profil de Jacques Offenbach (1819-1880), compositeur fétiche du Second Empire facilement identifiable à ses lorgnons et son collier de barbe ; à gauche, se présente Alexandre Dumas fils (1824-1895), auteur dont les pièces aux accents réalistes se rattachent néanmoins au théâtre de boulevard et que l’on différencie de son père par le port d’une moustache fournie. Les deux médaillons, couronnés d’une lyre et reposant sur du chêne et du laurier, sont vraisemblablement l’œuvre de Stanislas Clastrier (1857-1925), régulièrement sollicité à cette époque pour ce type d’ornementation. Le discours se poursuit ensuite par l’évocation de quelques noms : le compositeur d’opérettes Robert Planquette (1848-1903), le librettiste Joseph Méry (1798-1866) et le dramaturge Léon Gozlan (1803-1866), ces deux derniers étant Marseillais.
Mais les modes changent. En 1906, pour lui donner une nouvelle jeunesse, l’architecte Joseph Huot (1871-?) transforme l’intérieur du théâtre en music-hall. Il devient alors le Variété-Casino où l’on programme, dans les premiers temps, des opérettes précédées d’un concert ; rapidement toutefois, on évolue vers la revue légère. Le déclin amorcé ne s’achève qu’à la fin des années 1990 lorsque le cinéma pornographique des Variétés cède la place à un cinéma d’art et d’essai. Un nouveau décor est alors plaqué sur la façade de 1887 : le nom des lieux s’affiche désormais en néons roses fluorescents et un œil lumineux enserre l’effigie de Dumas, symbole d’un regard nouveau sur le septième art… et sur la sculpture !

mardi 15 avril 2008

Immeuble Lombard (Henri Lombard sculpteur ?)

Nouvelle incursion dans les notices de l’exposition Tête à tête :

Henri Lombard ?, Têtes-consoles en pierre, 1900
Immeuble Lombard, 22, rue Bel-Air, 6e arrondissement

Après ses études d’architecture à l’École des Beaux-Arts de Marseille, Frédéric Lombard (1850-1906) voit sa carrière prendre son véritable essor au tournant des années 1890 : il obtient notamment le lotissement d’une part importante de la rue Colbert (n°1, 3, 5, 12 et 20). Parallèlement, il s’investit dans la Société des Architectes des Bouches-du-Rhône, dont il construit le petit hôtel en 1902 sur l’avenue du Prado : il y exerce successivement les fonctions de trésorier (1895), de vice-président (1896-1897) et de président (1898).
C’est donc un architecte bien implanté professionnellement qui se construit, à la toute fin du XIXe siècle, un immeuble comprenant un rez-de-chaussée, trois étages et des combles. Il se réserve deux appartements : l’un pour sa famille ; l’autre pour sa mère, veuve d’un capitaine au long cours, et pour ses deux frères lors de leurs séjours à Marseille. Le reste, enfin, est destiné à la location.
Frédéric Lombard conçoit une élégante façade en pierres de taille, concentrant l’ensemble de l’ornementation sur les balcons : des volutes feuillagées pour les consoles du premier niveau, une coquille ouvragée de style Louis XVI au second et deux têtes féminines Art Nouveau reliées par une guirlande de fleurs au troisième. S’il souligne l’habitation du propriétaire, l’emplacement du décor figuré n’en demeure pas moins surprenant. En effet, la hauteur de l’immeuble, à laquelle s’ajoutent l’étroitesse et la forte pente de la rue Bel-Air, ne favorise pas la vue de ces sculptures. Pourtant, elles s’avèrent d’une qualité exceptionnelle – en témoignent le traitement minutieux des fleurs et la douceur des visages nimbés d’une chevelure fluide – qui ne laisse que peu de doutes sur leur auteur, malgré l’absence de signature : Henri Lombard (1855-1929), frère de l’architecte et Grand Prix de Rome de sculpture en 1883. L’immeuble opte donc, sans ostentation, pour une beauté à la mode.

dimanche 13 avril 2008

Gaétan Picon (sculpteur inconnu)

Je reviens aujourd’hui avec une nouvelle notice de l’exposition Tête à tête (Préfecture des Bouches-du-Rhône, journées du patrimoine 2007) :


Sculpteur inconnu, Gaétan Picon, buste en pierre, 1886
Usine Picon (aujourd’hui agence EDF), 9, boulevard National, 1er arrondissement

La famille Picon quitte la région de Gênes où elle était implantée pour Marseille en 1815. Là, le jeune Gaétan Picon (1809-1882) devient apprenti dans une distillerie. Plus tard, engagé en Algérie, il attrape comme tant de ses camarades une « fièvre maligne » ; il invente alors une mixture à base de zestes d’orange, de quinquina et de gentiane macérés dans de l’eau-de-vie présentant des propriétés fébrifuges et désaltérantes. Bientôt, il approvisionne toute l’armée française sur l’ordre du général Valée (1773-1846). Fixé à Philippeville (aujourd’hui Skikda) en 1832, puis à Alger, il améliore sa formule et la commercialise, à partir de 1837, comme apéritif sous le nom d’amer algérien. Le produit, couronné lors de l’Exposition Universelle de Londres en 1862, fait sa fortune. Et finalement, en 1872, il revient s’établir à Marseille tout en multipliant les succursales en France et à l’étranger ; dorénavant, la boisson prend le nom d’amer Picon.
En 1886, la société Picon & Cie, gérée par le fils et les quatre gendres du fondateur, commande à Louis Peyron, spécialiste en architecture industrielle, l’édification d’une nouvelle et vaste usine sur les terrains achetés aux religieuses du Saint Nom de Jésus en bordure du boulevard National. Au centre de la façade principale, plus digne d’une succursale de banque que d’une distillerie, une pseudo-niche formée d’un cuir enroulé tapissé de feuilles d’acanthe est aménagée pour servir de réceptacle au buste en hermès de Gaétan Picon, lequel repose sur une console en volute. Le portrait présente un entrepreneur à l’aspect sévère, sans doute accentué par les salissures et l’érosion de la pierre. Toutefois, au-delà de l’hommage rendu au fondateur de la maison, le buste sert ici d’enseigne et témoigne encore – avec les monogrammes AP pour amer Picon – de l’ancienne fonction des lieux, malgré la cession des bâtiments à EDF et leur transformation en bureaux après la seconde Guerre mondiale.

mercredi 9 avril 2008

La Tragédie et la Comédie (Henri Lombard sculpteur)

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous communiquer deux notices de ma thèse de doctorat :

Henri Lombard, La Tragédie, statue en marbre, 1910
Opéra de Marseille, 1er arrondissement

Henri Lombard obtient de l’État la commande d’une statue pour le nouveau conservatoire national de musique, La Tragédie, le 9 février 1910. Cependant, dès octobre 1909, il œuvre à cette figure, objet d’une « éventuelle commande » pour laquelle il est pressenti. 2 500 francs sont attribués pour le plâtre (18 mars 1910 : 2 250 francs ; 6 janvier 1912 : 250 francs) et 8 000 francs pour le marbre (payé intégralement le 5 janvier 1911). Par ailleurs, l’État rembourse les frais d’acquisition du bloc de marbre. La sculpture en marbre apparaît au Salon de la Société des artistes français de 1910 (n°3806), puis à l’exposition des œuvres commandées par l’État et livrées en 1910.
Un an plus tard, le sculpteur marseillais reçoit, le 25 février 1911, une seconde commande dans des circonstances similaires : La Comédie pour le conservatoire national de musique. De nouveau, 2 500 francs sont attribués pour le plâtre et 8 000 francs pour le marbre (paiement intégral le 5 février 1912). La sculpture figure au Salon de 1911 (n°3559), puis à l’exposition des œuvres commandées par l’État et livrées en 1911. De fait, l’artiste y travaille dès avant la commande ferme ; d’autant plus que l’esquisse en terre cuite montre quelques tâtonnements dans l’élaboration du sujets : recherche de drapé (sein droit couvert), d’expression de la tête et du mascaron grotesque.



Henri Lombard, La Comédie, esquisse en terre cuite, 1910
Collection personnelle
Henri Lombard, La Comédie, statue en marbre, 1911
Opéra de Marseille, 1er arrondissement

La Tragédie et La Comédie ne semblent pas avoir décoré longtemps le conservatoire national de musique et retourner rapidement au dépôt des marbres. Finalement, le 3 avril 1928, le sénateur-maire de Marseille, Siméon Flaissières, réclame les deux œuvres pour compléter le décor du nouvel Opéra de Marseille, à la demande d’Henri Lombard.

lundi 7 avril 2008

La maison Achille Blanqui

Aujourd’hui, j’ai décidé de faire un petit hors-sujet. Avec Constant Roux, j’ai évoqué l’entreprise d’Achille Blanqui dans laquelle le sculpteur a été apprenti. Or, j’ai publié un article sur cette maison de meuble dans le Bulletin de l’Essor (n°5, mai 1999). Je vous en donne un extrait retraçant la vie de cette manufacture marseillaise qui a su s’entourer de prestigieux collaborateurs comme l’architecte Paul Sédille (1836-1900) et le sculpteur André Allar (1845-1926).

À juste raison, on croit bien souvent que la capitale centralise la majorité des industrie d’art. Il en va ainsi pour l’ébénisterie qui, depuis le XVIIIe siècle a fait du quartier Saint-Germain son principal fief. Pourtant sous le Second Empire, Marseille développe ses fabriques d’où sort une production abondante de meubles en séries (notamment des sièges). Peu à peu, certaines maisons se lancent dans la réalisation d’un mobilier artistique, original ou de style. Quelques-unes obtiennent une réputation méritée ; l’une d’elles – l’entreprise Achille Blanqui – soutient même la comparaison avec les plus grandes manufactures parisiennes.
Achille Blanqui – de son vrai nom Michel-Achille Blanchi, sans doute francisé pour une question de prononciation – est né le 12 septembre 1826 à Monaco où son père, Antoine, occupe le poste de garde-meuble du prince. On ignore, hélas ! le cursus scolaire du jeune homme : s’est-il formé auprès de son père ? A-t-il suivi des cours dans une école des Beaux-Arts ? Dans la petite principauté ?… Quoi qu’il en soit, on le retrouve dans la cité phocéenne le 21 mars 1854 lors de son mariage avec Rose-Anne Jouve. Il est alors tapissier en ameublement ; en outre, l’un de ses témoins, Jules Brunet, également tapissier, est très vraisemblablement son patron. De cette union naît, au moins, un fils (Louis-Albert, 22 novembre 1854).
Quelques années plus tard, en 1857, le Monégasque prend la succession de l’entreprise Brunet fils, installée au 32, rue Grignan. Tout au long des années 1860, il ne cesse d’agrandir ses locaux (1859- 28, rue Grignan ; 1863- 28, rue Grignan et 43, boulevard du Muy ; 1864- 6, boulevard de la Corderie ; 1867- 4, boulevard de la Corderie ; 1871- 8 rue Cherchell [actuelle rue Jules Moulet]). Par ailleurs, il diversifie ses activités : il fournit un ameublement complet comprenant les sculptures, les dorures, la miroiterie, les meubles de genre – spécialiste des meubles massifs –, les bronzes d’art et même les sonneries électriques de la maison Prud’homme de Paris, fournisseur de l’Empereur.
Toutefois, la manufacture prend son véritable essor dans les années 1870 après son installation rue Cherchell. Les ateliers de fabrication de meubles de style sont complétés d’un atelier de dorure sur bois. Le nombre des ouvriers s’accroît : 70 hommes et 10 femmes sont alors employés. Le chiffre d’affaire, à cette époque, avoisine les 400 000 francs, subdivisés de la façon suivante : Marseille 370 000 francs, Paris 10 000 francs, exportation 20 000 francs. Si le marché local reste le principal débouché, il ne faut pas croire la production qui lui est destinée de moindre qualité ou importance. Ainsi, Achille Blanqui obtient-il la commande intégrale des meubles et tentures de la nouvelle Bibliothèque – École des Beaux-Arts (délibération municipale du 10 janvier 1876).
L’industriel montre également ses plus belles pièces dans les nombreuses expositions nationales et internationales qui jalonnent la fin du XIXe siècle. Celles-ci sont régulièrement remarquées et primées. Une médaille d’argent récompense ses envois à l’Exposition universelle de 1878 ; un diplôme d’honneur lui est décerné au concours régional de Marseille en 1879 ; il reçoit une médaille d’or à l’exposition de l’Union centrale des arts décoratifs de 1882 ; il est lauréat de la Société des architectes français en 1888 ; enfin, il obtient une médaille d’or à l’Exposition universelle de 1889.


Paul Sédille et André Allar, Cabinet Renaissance, médaille d’or de la maison Blanqui à l’Exposition universelle de 1889
Dépôt des musées de Marseille au château Saint-Victor, résidence du gouverneur militaire de Marseille
Mais les goûts changent et, au début du XXe siècle, l’établissement vit sur sa gloire passée : les publicités publiées dans l’Indicateur marseillais, l’annuaire professionnel de la ville, en perpétuent le souvenir. En outre, Achille Blanqui, s’il est encore vivant – on ignore, pour l’instant, la date de son décès – est nonagénaire ; on peut légitimement supposer que son fils Louis-Albert (1854-1924) a pris la relève. En définitive, l’entreprise créée par Achille Blanqui qui conserve le nom de son fondateur durant toute son existence – presque 70 ans – disparaît en 1924-1925.

Addenda du 28 juillet 2013 : Depuis le mois de juin 2013, le Cabinet Renaissance qui illustre cet article est exposé au château Borély, le nouveau Musée de la faïence, des arts décoratifs et de la mode de Marseille.

dimanche 6 avril 2008

Constant Roux (2)

Sitôt à Rome, il se met au travail avec beaucoup de zèle. Pour son premier envoi, Maternité, il expédie un groupe au lieu du bas-relief attendu, ce que l’Académie lui reproche dans son rapport. L’an suivant, une statue en marbre – au lieu d’un plâtre – représentant L’Amour au guet témoigne encore de son ardeur et de son empressement à plaire. Présentée au Salon de 1898, l’œuvre est récompensée par une médaille de 3e classe. Enfin, son envoi de dernière année dénote une aspiration élevée et engagée mais, sans doute, également stratégique puisque le but en est l’achat de l’État. Pourquoi naître esclave ? répond parfaitement aux espérances de l’artistes : exposée au Salon de 1900, l’œuvre est acquise par l’État le 12 juin pour 5 000 francs.

Constant Roux, Pourquoi naître esclave ? dessin, vers 1898-1899
Cabinet des arts graphiques, musée du Louvre

Deux événement marquent le retour d’Italie de Constant Roux. Tout d’abord, à Marseille, l’industriel et homme politique Jules Charles-Roux qui avait déjà recommandé à l’État, en vain, l’achat du Maudit, organise une exposition monographique de l’artiste au Cercle artistique au printemps 1899. De fait, son Grand Prix, sa notoriété et son talent lui obtiennent bon nombre de commandes dans la cité phocéenne pour la décennie suivante : la statue de La République pour la Préfecture des Bouches-du-Rhône (1903), le Monument Marion (1903), les tympans et les archivoltes de la Caisse d’Épargne (1904), Massalia grecque pour l’Exposition coloniale (1906), les monuments à Louis Salvator (1907) et à Ernest Delibes (1909)… En second lieu, le jury de l’Exposition universelle de 1900 le récompense d’une médaille de bronze pour sa participation constituée d’un buste en marbre, Achille enfant, et du portrait en bronze de l’architecte Alfred Recoura.
Dès lors, il mène une carrière officielle de premier plan, obtenant des commandes de l’État et recevant des médailles au Salon. Ainsi, le 8 juin 1900, on lui demande pour la buvette de l’Assemblée nationale, au Palais Bourbon, deux panneaux décoratifs (L’Automne et L’Hiver) destiné à être traduits en grès cérame par la manufacture de Sèvres. Présentés au Salon de 1902, ces bas-reliefs de céramique sont salués par une médaille de 2e classe. Cette commande est complétée en 1903 par la réalisation de deux autres panneaux décoratifs en grès cérame figurant L’eau et Le Feu. Quelques années plus tard, l’État commandite successivement au sculpteur marseillais le modèle en plâtre et sa traduction en pierre d’une statue représentant le peintre Nicolas Poussin. Les deux sculptures sont exposées, la première en 1910 et la seconde en 1911 où elle obtient une médaille de 1ère classe.

Constant Roux, L’eau, bas-relief en grès cérame, 1905
Exemplaire n°2 conservé au musée La Piscine, Roubaix

Durant l’entre-deux-guerres, Constant Roux est sollicité pour la réalisation de plusieurs monuments aux morts, dont celui célébrant Le Souvenir des députés morts pour la France qui orne le Salon des Quatre Colonnes du Palais Bourbon. Par ailleurs, malgré un désaveu progressif de l’académisme hérité du XIXe siècle, il connaît encore quelques beaux succès au Salon qu’il fréquente régulièrement, et ce jusqu’en 1940, notamment en 1930 où sa version en marbre de La Colère d’Achille – Son Grand Prix de Rome ! – emporte une médaille d’honneur. L’esthétique de cette œuvre puissante conquiert les édiles parisiens qui l’acquièrent, à compte à demi avec l’État, pour 50 000 francs, le 13 août 1930. L’année suivante, le buste isolé de cette statue, édité en bronze par la maison Susse frères, séduit à son tour la municipalité marseillaise lors de son exhibition ; cette dernière l’achète, moyennant 10 000 francs, le 30 octobre 1931.

François Vizzavona, Constant Roux chez lui devant le marbre de La Colère d’Achille, photographie, vers 1930

Si le sculpteur participe toujours aux expositions parisiennes, il quitte toutefois la capitale en 1924 pour se réinstaller à Marseille. Le 19 février 1925, il est élu membre de l’Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Marseille au fauteuil n°37, laissé vacant par son ancien maître Émile Aldebert. Il y demeure jusqu’à son propre décès qui survient le 17 novembre 1942.

vendredi 4 avril 2008

Constant Roux (1)

Je me suis rendu compte que, dernièrement, j’ai parlé assez durement de Constant Roux (1865-1942). Or c’est un sculpteur pour lequel j’éprouve une affection toute particulière : d’abord parce que je l’ai étudié en thèse, ensuite parce que j’ai pu racheter plusieurs de ses œuvres à la vente de succession de sa nièce Juliette et enfin parce que l’Académie de Marseille m’a décerné le prix Constant et Juliette Roux pour mon livre sur Botinelly l’année dernière. En 2003, j’ai publié dans les Annales Monégasques (n°23, p.161-190) un article que je lui ai consacré : « Constant Roux, un sculpteur à la cour du prince Albert 1er de Monaco ». Je vous en donne un extrait, sa biographie.

Paul Gasq (1860-1944), Constant Roux, médaillon en plâtre, 1938
Collection personnelle

Constant Ambroise Roux naît à Marseille le 20 avril 1865. Ses parents possèdent une droguerie dans le quartier populaire de Notre-Dame-du-Mont (24, place Notre-Dame-du-Mont). Si ces derniers souhaitent que leur fils aîné reprenne leur affaire le moment venu, les aspirations du garçon sont toutes autres : il désire devenir maître artisan. Après quelques tergiversations, il obtient de son père d’être mis en apprentissage chez Achille Blanqui dont la manufacture de meubles est la plus importante de la cité phocéenne. La passion de l’adolescent croît encore ; ses parents l’inscrivent alors à l’École des Beaux-Arts pour l’année scolaire 1879-1880.
Il entre dans la classe de sculpture d’Émile Aldebert. Rapidement, il glane de nombreuses récompenses si bien qu’en 1884, il a tout appris de ses maîtres. Ses ambitions le conduisent désormais à Paris, hélas ! pour l’instant sans l’aide et les subsides de sa ville natale. Il fréquente, dans un premier temps, l’Académie Julian où il a pour professeur Henri Chapu. Celui-ci le recommande à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts : il intègre l’École le 28 février 1888 et l’atelier affilié de Jules Cavelier le 21 mars suivant. Pourtant le moment ne semble guère favorable au jeune homme. En effet, il est appelé à remplir ses obligations militaire dès 1887. Toutefois, grâce à l’influence du directeur de l’École, il obtient quelques libéralités pour poursuivre ses études et, finalement, son service est écourté.
Dès lors, il peut se consacrer pleinement à la sculpture et cela transparaît à travers son palmarès. En outre, en 1890, la Ville de Marseille l’autorise à participer au concours triennal dont le prix est une bourse. Son bas-relief, La belle Chryséis rendue à son père, l’emporte sur celui d’Auguste Carli, son principal rival. La pension municipale lui échoit donc pour quatre années. Désormais, tout paraît propice à Constant Roux pour tenter avec succès le Grand Prix de Rome… Malheureusement, un malencontreux incident lui attire les foudres de Jules Cavelier – il le soulève par inadvertance en l’aidant à remettre son manteau – qui, humilié et rancunier, bloque toutes ses tentatives pour monter en loge.
Le jeune homme s’éloigne sensiblement de l’atelier. Dans ces moments d’incertitudes, il se tourne vers le statuaire arlésien Jean Turcan qui l’honore de son amitié et qui, vraisemblablement, l’emploie comme praticien, voire comme collaborateur, à la réalisation pour Marseille du Monument aux Mobiles des Bouches-du-Rhône. Dans le même temps, et peut-être dans l’atelier de Turcan, Constant Roux modèle une importante statue, intitulée Maudit et reflétant sans doute son état d’âme, qu’il destine au Salon de 1892. L’œuvre y est remarquée et reçoit une mention honorable, un sérieux encouragement qui lui permet de gagner la confiance de l’État. Le 29 juillet 1893, la commande d’un buste en plâtre du Général de Lamoricière lui est passée moyennant 800 francs.
Petit à petit, le sculpteur marseillais approche de son trentième anniversaire. Or Jules Cavelier meurt au début de l’année 1894 et son successeur, Ernest Barrias, ne nourrit pas la même rancune à son encontre. Il s’agit alors de sa dernière occasion de tenter le Prix de Rome1. À l’issue des épreuves éliminatoires, il est nommé 6e logiste. Le sujet du concours est : Achille revêtant l’armure apportée par Thétis, sa mère, au moment où, animé par la colère, il s’apprête à venger Patrocle. Sa statue est remarquable et surpasse de loin les différents morceaux des autres concurrents. Enfin, outre le prix Maubert, décerné tous les cinq ans au meilleurs ouvrage de sculpture, qui lui sera ultérieurement attribué, les portes de la Villa Médicis lui désormais ouvertes.
[à suivre]

Constant Roux, La Colère d’Achille, édition en bronze de son prix de Rome
Académie de Marseille

1 Le concours du Prix de Rome était ouvert à tous les artistes français âgé de moins de trente ans.

mardi 1 avril 2008

La France armée (Jean Turcan sculpteur)

Je lis régulièrement que La France armée du Monument des Mobiles est l’œuvre de Constant Roux (1865-1942). Je reviens donc sur ce monument dont j’ai déjà parlé (29 février 2008) afin de clarifier ce point car c’est une ineptie colportée de publication en publication.
La statue est indiscutablement l’œuvre de Jean Turcan (1846-1895) qui l’expose sous son nom à de multiples reprises : le plâtre figure au Salon des artistes français de 1892 (n°3145) puis au Salon marseillais de 1893 (n°471) ; quant au bronze, il paraît au Salon des artistes français de 1893 (n°3427).
Toutefois, il est vrai que Constant Roux a joué un certain rôle. En proie au doute, le jeune sculpteur s’est éloigné de l’École des Beaux-Arts de Paris où il est élève et s'est réfugié dans l’atelier de Turcan. Or ce dernier souffre déjà des premiers symptômes de l’ataxie qui le terrassera le 3 janvier 1895. Roux devient donc très probablement son praticien, voire son collaborateur pour la réalisation de La France armée : sans doute est-ce nécessaire pour la bonne réalisation du monument. Je possède dans ma collection un photomontage de cette sculpture dédicacée de la sorte : « Bien cordialement à mon / ami Constant Roux / J. Turcan » On décèle dans l’écriture la difficulté de coordination des mouvements, conséquence de son mal.
Aussi, je le répète : la statue est bien l’œuvre de Jean Turcan, même si il a été secondé par Constant Roux.

Anonyme, photomontage de La France armée dédicacée par Jean Turcan à Constant Roux, vers 1892-1893
Collection personnelle