vendredi 29 août 2008

François Mourgues

Voici une nouvelle notice biographique issue du Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Mourgues François (Marseille, 21 septembre 1884 – ?, 1954), sculpteur
Boursier de la ville de Marseille en 1905, il entre dans l’atelier de Jules Coutan. En 1907, il participe au concours du Monument à Louis Salvator, remporté par Constant Roux. Il expose au Salon des Artistes Français à partir de 1913. Il y obtient des médailles en 1920 (Ch. Méré, auteur de la Captive, buste plâtre, et 11 novembre 1918, fin d’Empire) et en 1926 (Sur les ruines, statue pierre). Il est l’auteur de monuments aux morts : Crouy-sur-Ourcq (Seine-et-Marne, 1922), Vertus (Marne, 1923) et de sculptures funéraires (tombe C. Ruffier des Aimes, cimetière Saint-Pierre, Marseille, 1927). Le musée des Arts Africains et Océaniens de Paris possèdent plusieurs œuvres de lui : Le Maréchal Joffre (statuette plâtre, 1916), Tanit Zerda (statue plâtre, 1920) et deux bustes du Général Leclerc (plâtre, 1947).

François Mourgues, Vers l’Infini, statue marbre, 1927
Tombe C. Ruffier des Aimes, cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

dimanche 24 août 2008

Alexis Pigalio

Voilà longtemps que je ne vous ai pas livré de notice de mon Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Alexis Pigalio, Mireille aux champs, statuette plâtre, 1889

Pigalio Alexis Baptistin (Marseille, 6 octobre 1860 – Marseille, 12 octobre 1895), sculpteur
Élève de Jouffroy, Hiolle et Falguière, il expose pour la première fois au Salon des Arts Décoratif de 1883 : François Boucher, bas-relief en terre cuite. Il fréquente par la suite le Salon des Artistes Français, de 1885 à 1894, année où il obtient une mention honorable (Au nom du père, bas-relief plâtre, musée des Beaux-Arts de Marseille). Il est l’auteur des sculptures religieuses (La Vierge et l’Enfant Jésus, 1892, bas-relief en faïence ; statues du clocher de l’église Saint-Barnabé à Marseille, 1895 ; chaire de l’église des Réformés, 1895) ou régionalistes (Mireille, 1889, statuette plâtre, maison Frédéric Mistral à Maillane). Il publie une autobiographie en langue provençale, Lei Memori d’un paste mortié, dans le journal Sartan. Il meurt des suites d’une longue maladie.


Alexis Pigalio, Thérèse Lacroix, statue marbre, 1893
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

jeudi 21 août 2008

La Paix, La Famille, La Mer (Félix Guis sculpteur)

Nouvelle notice extraite de l’exposition Tête à tête, lors des journées du patrimoine 2007 :

À la fin de la seconde Guerre mondiale, la reconstruction des logements devient l’une des priorités avec le ravitaillement et le rétablissement des infrastructures (routes, chemin de fer, usines…). Pour ce faire, l’État crée le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme. Dès 1945-1946, le M.R.U. initie et supervise directement trois grands chantiers marseillais : l’Unité d’habitation de Marseille construite par Le Corbusier (1887-1965), le quartier du Vieux-Port et un ensemble de logements à Saint-Just. Parallèlement, il subventionne une opération immobilière engagée par la Ville : le groupe d'habitations à bon marché Saint-Charles (ancêtres des H.L.M.). Sa construction est confiée à l’ingénieur-architecte Ange Ito Marcuccini : quatre grands immeubles identiques sont reliés, côté rue, par des bâtiments bas sur une longue galerie ; un cinquième, situé orthogonalement et traité en barre, complète l'ensemble.




F. Guis, La Paix, La Famille et La Mer, bas-reliefs, 1952
Groupe HLM Saint-Charles, dit Racati, 3e arrondissement

À l'image des grandes réalisations, le groupe Saint-Charles bénéficie d'une architecture soignée : disposition du plan masse, qualité des matériaux, étagement des volumes et façades monumentales. En effet, la travée des portes d'entrée est traitée comme un avant-corps, dans une couleur différente, de lames blanches montantes formant claustras ; cet avant-corps se termine par une sorte de fronton rectangulaire adossé à une pergola et comportant un grand motif décoratif. On en trouve quatre différents, dont trois figurés : le premier où une colombe tenant une branche d’olivier dans son bec surplombe le profil renversé en arrière de Marianne – le rameau d’olivier enroulé sur le voile qui couvre sa chevelure évoque la cocarde d’un bonnet phrygien – proclame la Paix retrouvée sur le sol français. Le deuxième – une mère et ses deux enfants (une fillette et un garçonnet ?) rassemblés dans les plis d'une longue écharpe – représente la Famille : la France doit maintenant se repeupler ! Le dernier symbolise la Mer – et par-delà la prospérité qui en découle – à travers un profil masculin hiératique, à la chevelure ondoyante coiffée d'algues, et accompagné d'un rouget grondin, poisson emblématique de la Méditerranée. Ces figures, très stylisées, se détachent sur un fond cannelé ; voile, écharpe mouvante et queue du poisson forment une sorte de clé pour le linteau des claustras ; conçues en béton ou en ciment moulés, elles sont rapportées sur la façade comme le montrent les corbeaux et les tirants métalliques.
Au demeurant, le sculpteur Félix Guis est également l'auteur des deux grandes compositions, un peu naïves, à la gloire de l'automobile pétaradante (façade du garage Devoulx, 21 rue Terrusse).

jeudi 14 août 2008

La sculpture décorative du second Après-guerre

Je vous livre aujourd'hui l'introduction de la partie "Après-guerre" de l'exposition photographique Tête à tête, portraits de façades marseillaises qui s'est tenue à la préfecture des Bouches-du-Rhône lors des Journées du Patrimoine 2007 :

À Marseille, la destruction des quartiers de la rive nord du Vieux-Port en 1943 et les bombardements alliés l’année suivante imposent, dès la fin du conflit mondial, une politique immobilière de grande ampleur sous l’égide du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU). Les besoins étant immenses, l’immédiat après-guerre innove en créant d’imposants ensembles d’habitations à bon marché. Pour autant, l’esthétique n’est pas négligée et les architectes les plus renommés (Auguste Perret, 1874-1954 ; Le Corbusier, 1887-1965) côtoient les meilleurs bâtisseurs locaux (Gaston Castel, 1886-1971).
Dans ce contexte privilégiant un habitat de masse, la sculpture tend à devenir marginale. Elle investit par exemple quelques immeubles de Castel en bordure de la mairie, célébrant les origines grecques de la ville. Une œuvre – une empreinte plutôt qu’un relief – se démarque cependant et acquiert une notoriété internationale : le Modulor, figure masculine dont le rapport taille/hauteur du nombril équivaut au nombre d’or. Mis au point par Le Corbusier en 1943 et expérimenté pour la première fois à la Cité radieuse, il s’agit d’un système basé sur les proportions du corps humain, déterminant ainsi les dimensions de tout espace destiné à l’homme.

Le Corbusier, Le Modulor, Cité Radieuse, 1952, 8e arrondissement

À propos d’échelle, celle des nouvelles unités d’habitations s’avère sans commune mesure avec les immeubles de la IIIe République. De fait, le petit motif de la tête décorative disparaît : d’une part, son format ne convient pas à la monumentalité de l’architecture ; d’autre part, la présence d’un portrait de propriétaire n’a plus lieu d’être. Une exception confirme la règle : le sculpteur Guis réalise en série des têtes colossales pour le groupe HLM Saint-Charles.
La tête décorative ou commémorative apparaît alors comme une survivance des époques précédentes. Mais bientôt les figures monumentales vont elles aussi s’éclipser définitivement des façades : en effet, à partir des années 1960 débute le rapatriement des Français d’Algérie ; dès lors, les barres d’habitations – à la Madrague et à Montredon pour commencer – s’élèvent dans l’urgence. La sculpture ornementale n’est donc plus à l’ordre du jour.