jeudi 29 janvier 2009

Jean Turcan

Voici une nouvelle notice de mon Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Jean Turcan, photographie anonyme

Turcan Jean (Arles, 13 septembre 1846 – Paris, 3 janvier 1895), sculpteur.
L’indigence de sa famille le contraint, dès avant 1864, à gagner sa vie sur divers chantiers marseillais du Second Empire en tant qu’équarrisseur. Plus tard, alors qu’il est l’élève d’Antoine Bontoux à l’École des Beaux-Arts, ses études sont interrompues par la guerre de 1870. De fait, muni d’une bourse, il n’entre qu’en 1871 dans l’atelier de Jules Cavelier à l’École des Beaux-Arts de Paris. Là, enfin, il décroche un 2nd Prix de Rome avec Jason enlevant la Toison d’Or (1876). De 1878 à 1893, il fréquente assidûment le Salon où ses œuvres sont primées : Ganymède (1878, médaille de 2e classe, musée des Beaux-Arts de Marseille), L’Aveugle et le Paralytique (1883, groupe plâtre, médaille de 1ère classe ; 1888, groupe marbre, médaille d’Honneur, entrée de la bibliothèque d’Arles). Cependant, malgré ses nombreuses commandes publiques, son grand prix à l’Exposition Universelle de 1889 et sa nomination dans la Légion d’honneur, le sculpteur connaît de nombreuses difficultés financières qui le poussent à entrer comme praticien chez Auguste Rodin ; pour ce dernier, il taille l’une des versions en marbre du célèbre Baiser. Dans le même temps, le 4e bataillon de la Garde Mobile des Bouches-du-Rhône lui commande, en collaboration avec l’architecte Gaudensi Allar, un monument commémoratif de la guerre de 1870 pour Marseille. L’inauguration du monument, le 26 mars 1894, consacre une dernière fois son talent ; en effet, peu de temps après, une ataxie le terrasse.

Achats de l’État au Salon de 1878
Jean Turcan, Ganymède, groupe plâtre, 1878
(2e sculpture en partant de la droite)

Jean Turcan, L’Aveugle et le Paralytique, groupe bronze
Anciennement sur l’esplanade de la Bibliothèque (actuelle place Carli), 1er arrondissement
Commandé par la Ville en 1892, installé en 1901, le groupe est fondu sous l’Occupation.

mardi 27 janvier 2009

Aux morts de la guerre (Constant Roux sculpteur)

La petite ville de Nanton, en Saône-et-Loire, prépare pour l’automne 2009 une manifestation autour de son monument aux morts, sculpté par Constant Roux. Cette manifestation devrait intéresser Marseille car elle touche un ensemble d’au moins cinq monuments commémoratifs identiques du sculpteur marseillais dont voici les grandes lignes :

Constant Roux, Aux morts de la guerre, statue pierre
Carte postale du Salon de 1920

Constant Roux expose au Salon des Artistes Français de 1920, sous le n°3414, un monument aux morts destiné à la petite commune de Trelly, dans la Manche. Il s’agit d’un jeune poilu, expirant au pied d’une croix et serrant contre son cœur le drapeau tricolore.
La même année, il réalise pour Saint-Martin-de-Crau, en Provence, une réplique du monument à une variante près : la suppression de la croix. Ce nouveau motif connaît alors un développement surprenant puisque en 1921 un second exemplaire est conçu pour le quartier marseillais de Saint-Loup. Et, dans les années qui suivent, deux autres sont réalisés pour Nanton et Privas… Peut-être en existe-t-il davantage.

Constant Roux, Aux morts de la guerre, statue pierre
Monument aux morts de Saint-Loup, 10e arrondissement

Au passage, notons que la commande du monument de Nanton émane de son amitié pour une personnalité locale : le peintre Adolphe Déchenaud, condisciple romain (tous deux sont prix de Rome en 1894) et son beau-frère depuis 1909 (Constant Roux épouse en seconde noce la sœur du peintre).

lundi 19 janvier 2009

Ary Bitter

Il est des sculpteurs qui m’intéressent moins pour des raisons arbitraires. Peut-être parce qu’ils ont été étudiés par d’autres que moi. C’est le cas d’Antoine Sartorio qui, d’après mes sources, devrait faire l’objet d’une exposition cette année aux archives départementales des Bouches-du-Rhône. C’est également le cas d’Ary Bitter qui possède son site Internet (ary.bitter.free.fr). Je vous fournis toutefois aujourd’hui la notice que je lui ai consacré dans le Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Ary Bitter, Lion et enfant, groupe marbre, 1926
Escalier de la gare Saint-Charles, 1er arrondissement

Bitter Ary Jean Léon (Marseille, 29 mai 1883 – Paris, 14 juin 1973), sculpteur
Élève d’Aldebert, il obtient une bourse en 1902 pour poursuivre ses études à Paris. Là, il fréquente les ateliers de Barrias, Coutan et Peter. Il expose au Salon des Artistes Français de 1910 à 1939 où il remporte de nombreuses récompenses : mention honorable en 1910 (Enfant au chevreau, groupe plâtre), médailles de bronze en 1913 (Chant, cantate, groupe plâtre, et Fontaine, marbre), d’argent en 1921 (Bacchus, statue, et Pastorale, fillette et cabris, groupe) et d’or en 1924 (Diane, statue pierre). Par ailleurs, il obtient une médaille d’or à l’Exposition Internationale de Paris en 1937. Durant l’Entre-deux-guerres, il réalise plusieurs monuments au morts : ceux de Saint-Jérôme et Saint-Louis à Marseille ainsi que celui de Sanary-sur-Mer. Il collabore en outre au décor de l’escalier monumental de la gare Saint-Charles à Marseille (deux groupes de Lion et Enfant). Il décore également de nombreux bâtiments éphémères : Pavillon de l’Alimentation (Exposition Nationale Suisse de Berne, 1914) ; La Verrerie pour le Palais de la Céramique et Héraklès pour le Palais du Métal (Exposition Internationale de Paris, 1937). Mais il travaille surtout pour l’édition, notamment les bronziers Susse frères (29 œuvres éditées) et la Manufacture Nationale de Sèvres (Diane, éditée en 1926 en biscuit, en grès et en terre cuite). Après la seconde Guerre mondiale, il se fait plus discret, ne sculptant guère que le Monument à Edmond Rostand de Cambo-les-Bains (1949-1952). Toutefois, il est promu membre de la Société d’Encouragement à l’Art et à l’Industrie (1949) ; d’autre part, il chevalier de la Légion d’honneur depuis 1932. On trouve ses œuvres dans quelques musées : à La Côte-Saint-André (10 terres cuites illustrant les opéras de Berlioz, 1938), à Marseille (Bacchus enfant, statue pierre ; Mme Nathan, buste bronze), à Roubaix (Diane, plâtre ; Surtout de table, terre cuite émaillée), à Paris (La Verrerie, terre cuite – Musée National d’Art Moderne).

mardi 13 janvier 2009

Jules Cantini

Hier, en parlant de la fontaine Cantini, je me suis promis de vous communiquer la notice que j’ai consacrée à Jules Cantini dans le Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur. Dans ma notice, je ne me suis intéressé qu’aux aspects de sa personnalité liées aux arts :

Cantini Jules (Marseille, 4 février 1826 – Marseille, 2 février 1916), marbrier, mécène et sculpteur.
Fils d’un maçon italien immigré, il suit les cours d’Augustin Aubert à l’École gratuite de dessin de Marseille au début des années 1840. Parallèlement, il se forme dans l’atelier de sculpture de Pierre Cantini, son frère aîné, auteur d’une Fontaine dédiée au préfet Villeneuve-Bargemon en 1831, avant de lui succéder en 1851. Dès lors, il s’agrandit et acquiert des carrières tout autour de la Méditerranée. Il entreprend alors de promouvoir ses marbres et ses onyx par le biais de l’art : au Salon marseillais de 1855, il présente deux plateaux de tables en mosaïques de pierres dures. Plus tard, il s’adjoint les services de sculpteurs lauréats du prix de Rome pour la réalisation de grandes statues polychromes (Hélène par Henri Lombard, musée des Beaux-Arts de Marseille, 1885 ; La Nature se dévoilant devant la Science par Barrias, musée d’Orsay, 1899) avant de se lancer seul (Le Bon Accueil, musée des Beaux-Arts de Marseille, 1906). Par ailleurs, il sculpte avec Ingénu Frétigny le piédestal en marbre du Monument à Henry Espérandieu (cour du Conservatoire de musique, 1882). Il est également l’auteur d’un buste en marbre de l’architecte Léon Vaudoyer (cathédrale de Marseille). De manière très exceptionnelle, il donne des modèles pour la fonte : porte du caveau d’Étienne Zafiropulo au cimetière Saint-Pierre (1895) ou buste du Monument au marquis de Villeneuve-Trans à Roquefort-la-Bedoule. Enfin, en tant que mécène, il offre à sa ville natale plusieurs œuvres importantes : la monumentale Fontaine Cantini, sculptée par André Allar (1911), une copie du David de Michel-Ange (1913) et une seconde du Milon de Crotone de Puget (1916).

Ernest Barrias, La Nature se dévoilant devant la Science, marbres polychromes, onyx et lapis-lazuli, 1899 – Musée d’Orsay
(dans le fond, on aperçoit une œuvre d’un sculpteur marseillais : Œdipe à Colone de Jean Hugues, groupe marbre, 1885)

Jules Cantini, porte du caveau d’Étienne Zafiropulo, bronze, 1895
Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

Ateliers de Jules Cantini, Milon de Crotone d’après Pierre Puget, groupe marbre, 1916
Cours Jean Ballard, 1er arrondissement

lundi 12 janvier 2009

La Fontaine Cantini (André Allar sculpteur)

Aujourd’hui, je vous communique une notice de mon livre Vie et œuvre du sculpteur André Allar (1845-1926) :

Par lettre en date du 22 avril 1908, le marbrier Jules Cantini informe la Ville de son désir d’élever à ses frais une fontaine monumentale. Le 2 octobre 1908, après avoir examiné la maquette du projet, le Conseil municipal accepte l’offre généreuse. Le site retenu par l’industriel est la place Castellane, alors occupée par un obélisque érigé sous le Premier Empire. Celui-ci est transféré au rond-point de Mazargues en 1909, libérant ainsi l’espace convoité.

Chantier de la fontaine Cantini en 1911 – carte postale

L’ensemble des travaux s’effectue à Carrare, chez deux entreprises de praticiens. Tandis que la maison Nicoli entreprend la pratique des parties décoratives (groupes, statues…) d’après les modèles d’André Allar, les ateliers Beretta réalisent le bassin et la structure architectonique. Sous la direction de Renato Beretta, un ingénieux mécanisme de vidange des gros monolithes qui constitue le cœur de la fontaine est créé. Puis les blocs de marbre taillés sont acheminés par voie maritime jusqu’a Marseille – sans exonération des taxes portuaires, promise par la municipalité mais refusée par l’État – et sont mis en place en 1910-1911. Au terme des travaux, le 12 novembre 1911, le député maire Bernard Cadenat inaugure le monument ; le 7 décembre 1911, le sculpteur André Allar est élu correspondant de l’Académie de Marseille, en remerciement de sa somptueuse fontaine.
Jules Cantini a conçu lui-même le programme iconographique qu’Allar transcrit dans le marbre. Les allégories glorifient la Ville et la Région : au sommet de la colonne trône Marseille, sur les quatre faces du monument, les groupes symbolisent la Source ou l’Huveaune, le Torrent ou la Durance, le Fleuve ou le Rhône et la Mer ou Amphitrite ; sur le fut de la colonne, deux reliefs représentent la Pêche et la Chasse. De fait, l’activité du mécène n’apparaît pas dans cette splendide fontaine si ce n’est par la profusion du marbre (1 616 tonnes de marbre de Carrare).

André Allar, Fontaine Cantini – carte postale
Place Castellane, 6e arrondissement

Dans cet ouvrage néo-baroque, le statuaire retrace une histoire de la sculpture. Le Rhône, par exemple, s’avance comme l’Océan de la Fontaine de Trevi (1732-1762). Le Torrent possède, lui, toute l’énergie du David (1623) du Bernin ; à sa gauche, se tient la réplique fidèle du Jeune pêcheur napolitain jouant avec une tortue (1833) de François Rude. La Source évoque la grâce des figures féminines de Jean-Baptiste Carpeaux. La Mer, enfin, reprend la pose de la Sève (Salon de 1909) du sculpteur Art nouveau Raoul Larche.

La place Castellane sous la neige, le 6 janvier 2009

dimanche 4 janvier 2009

Paul Gonzalès

Voici une nouvelle notice du Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Auguste Carli, Le Maître vénitien (portrait de Paul Gonzalès), statuette bronze, vers 1912
Collection personnelle

Gonzalès Paul (Marseille, 10 janvier 1856 – Marseille, 21 avril 1938), sculpteur
Fils d’un industriel ayant fait fortune en Tunisie, il se forme tardivement à la sculpture auprès d’Auguste Carli, de Chapuis et d’Allouard. Il expose au Salon des Artistes Français de 1900 à 1914. Il produit des bas-reliefs influencés par la Renaissance florentine (Un Condottiere, marbre, 1903, musée Granet) et d’inspiration religieuse (Sainte Cécile, marbre, 1901, musée Calvet ; Saint-Georges, marbre, 1906, musée des Beaux-Arts de Marseille) ou provençale (Arlésienne, bronze, 1914). Il participe aux expositions de Vierge que François Carli organise dans son atelier entre 1902 et 1914 ; on le croise aussi en Provence dans diverses manifestations artistiques (Avignon, 1903 ; Toulon, 1903 – 3e médaille – et 1905 – 1ère médaille). Il finance également des voyages culturels pour les élèves de son ami. Lors de l’Exposition Coloniale de 1922, il est le président de la section de l’art religieux.

Paul Gonzalès, La Vierge au capuchon, bas-relief plâtre, 1902
Proposé sur ebay le 4 décembre 2008

Paul Gonzalès, Le Christ pacificateur, bas-relief plâtre, 1907
Collection personnelle

jeudi 1 janvier 2009

Félix Guis

Durant les vacances de Noël, j’ai rencontré deux petites-filles du peintre et sculpteur Félix Guis (Tunis, 1887 – Marseille, 1972). Je le connaissais à peine ; aujourd’hui, je découvre un artiste très intéressant par la multiplicité de ses talents : peintre, caricaturiste, designer art déco, excellent animalier, céramiste, santonnier et sculpteur monumental. Je pense que j’y reviendrai plus longuement à l’occasion.

Félix Guis, Le chauffage au mazout, dessin vers 1910-1920
Collection particulière

Félix Guis, brûle-parfums, dessin vers 1930
Collection particulière

Félix Guis, études pour l’ensemble HLM Saint-Charles (cf. 21 août 2008), dessins vers 1951-1952
Collection particulière

Félix Guis, tympan de l’église Notre-Dame du Sacré-Cœur, 1964
Saint-Mitre, 13e arrondissement