mardi 24 février 2009

La Flamme et L'Eau (Stanislas Clastrier sculpteur)

Léonce Muller (1859-1935), architecte en chef de la ville de Marseille au début du XXe siècle, utilise peu la sculpture dans les édifices qu’il érige. Sans doute est-ce là le trait de caractère d’un helvète protestant. Lorsqu’il y recourt, la sculpture reste discrète… mais pas inintéressante. C’est la cas du décor de la caserne des marins-pompiers du boulevard de Strasbourg construite de 1908 à 1912.
Pour ce bâtiment, comme pour le décor de la compagnie Fraissinet sur la place de la Bourse (aujourd’hui Général-de-Gaulle), il fait appel au sculpteur Stanislas Clastrier (1857-1925). Celui-ci élabore pour les clés des arcs des deux entrées principales des masques allégoriques, l’un figurant La Flamme et l’autre L’Eau. Preuve de l’intérêt que le sculpteur accorde à ces motifs décoratifs mineurs, il en expose les modèles au Salon de l’Association des artistes marseillais de 1914 (n°390 et 391).


Stanislas Clastrier, La Flamme et L’Eau, masques en pierre, 1912
Boulevard de Strasbourg, 3e arrondissement

mercredi 18 février 2009

La Vieille (Berthe Girardet sculpteur)

J’ai décidé de rendre compte régulièrement de l’actualité des ventes sur E-bay concernant les sculpteurs marseillais et de faire des historiques d’œuvres. Aujourd’hui, Berthe Girardet (1861-1948) est à l’honneur avec un buste en terre cuite polychrome qui sera vendu le 24 février prochain :

Berthe Girardet, La Vieille, terre cuite (grès de Charenton ?), H. 40 cm – L. 45 cm

Berthe Girardet, La Vieille (signature au dos)

Berthe Girardet présente le plâtre de cette œuvre à l’Exposition universelle de 1900 (n°9) ; avec ses deux autres bustes Le Toréador (n°8) et La Vierge (n°10), elle obtient une médaille d’or dans la section helvète des Beaux-Arts, étant née à Marseille d’un père suisse.
En février 1902, le musée de Neufchâtel en Suisse entre en possession d’une version en bronze de l’œuvre ; celle-ci figurera à l’exposition Berthe Girardet organisée en février 1925 à la galerie Jean Charpentier, 76 faubourg Saint-Honoré à Paris.
Le sujet représente le portrait d'une vieille femme de l'Oberland bernois.
Addenda du 25 février : Le buste a été vendu pour 251 euros.

mardi 17 février 2009

Élie-Jean Vézien

Vézien Élie-Jean (Marseille, 18 juillet 1890 – Marseille, 7 septembre 1982), sculpteur et médailleur
En 1904, il entre en apprentissage chez un maître graveur et orfèvre qui le recommande à François Carli et l’inscrit à l’École des Beaux-Arts de Marseille. Talentueux, il reçoit très tôt sa première commande, un Saint Michel terrassant le dragon (bas-relief marbre, 1906), pour une façade, à l’angle des rues Tilsit et des Trois Frères Barthélemy. En 1911, il obtient une bourse pour poursuivre ses études à Paris mais il est rattrapé par ses obligations militaires. Son service est néanmoins écourté grâce aux relations d’Auguste Carli. Il peut donc enfin présenter le concours d’entrée de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts en mai 1914 : il est reçu premier. Il entre dans l’atelier de Coutan. Hélas, la guerre éclate et il est mobilisé dès le 2 août. Le 21 mars 1916, il est blessé et fait prisonnier à Verdun. Libéré en octobre 1919, il reprend avec fougue ses études : en 1921, il remporte le 1er grand prix de Rome avec Les Fiançailles (bas-relief plâtre, ENSB-A). Cette même année, il débute au Salon des Artistes Français qu’il fréquente jusqu’en 1937. Il y glane plusieurs récompenses : mention honorable en 1921 (Le Printemps, bas-relief plâtre devant décorer une fontaine), médaille d’argent en 1924 (L’Éveil, haut-relief décoratif) et médaille d’or en 1931. Il obtient une autre médaille d’or lors de l’Exposition Internationale de Paris en 1937. Par ailleurs, il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1935. Sa carrière connaît alors un formidable essor, tant en France (décor de la chapelle de l’Ossuaire de Douaumont à Verdun ; La Peinture, bas-relief pour le Palais de Chaillot ; statues de Pierre Antoine Berryer et de Gustave Ganay pour Marseille ; statue du Bailly de Suffren pour Saint-Cannat…) qu’à l’étranger (statues du Cardinal Lavigerie pour Tunis et Alger ; buste de Champlain pour Port-Champlain au Canada ; chemin de croix pour l’École des Frères d’Alexandrie en Égypte ; chemin de croix pour l’Institut Catholique de Rome ; décor d’une piscine à Los Angeles…). S’il maîtrise l’art le plus monumental comme pour La Source, une figure de 8m de hauteur décorant la façade du pavillon de la France à l’Exposition Internationale de Liège en 1939, il se révèle également excellent médailleur. Pendant la seconde Guerre mondiale, il remporte le concours national des nouvelles monnaies de l’État (pièces de 10 et 20 francs). On lui doit en outre de nombreuses médailles telles que les professeurs Cornil, Tian, Roger, Le Débarquement des Alliés à Saint-Tropez, La Provence ou encore la médaille d’honneur de la Ville de Marseille Gyptis et Protis. Enfin, il se consacre à l’enseignement : professeur de sculpture à l’École des Beaux-Arts de Marseille, il exerce les fonctions de directeur de 1942 à 1961, puis, à partir de 1962, de directeur honoraire. Depuis 1943, il occupe le siège laissé vacant par Constant Roux à l’Académie de Marseille. Il est également membre correspondant de l’Institut ainsi que président d’honneur de l’Union des Artistes de Provence et vice-président de la revue Arts et Livres de Provence.

Élie-Jean Vézien, Gyptis et Protis, médaille
Collection particulière

Bibl. : Chamant (Francis J.-P.), « Élie-Jean Vézien (1890-1982) », Marseille, n°130-131, 1982.

vendredi 13 février 2009

Gaston Cadenat

Voici une nouvelle notice du Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Cadenat Gaston Jules Louis (Marseille, 26 juin 1905 – Paris, 14 juin 1966), sculpteur
Élève d’Auguste Carli, Coutan, Landowski et Gaumont, il obtient le 2e 2nd Prix de Rome en 1930 avec une statue, Le Lanceur de javelot. Par ailleurs, il expose au Salon des Artistes Français entre 1930 et 1935 : il y obtient des médailles de bronze en 1930 (Réveil, statue plâtre) et d’argent en 1935 (Débardeurs, bas-relief). En outre, la Ville de Marseille y acquiert en 1933 sa statuette en bronze, Archer. Il reçoit également plusieurs commandes : un Athlète en pierre pour le stade de Puteaux (Hauts-de-Seine, 1946), une Sirène en terre cuite pour Fréjus (1949-1951), un bas-relief figurant deux Sirènes pour Marseille (50, rue de Rome, 1954).


Gaston Cadenat, Jeu de Sirènes, bas-relief pierre, 1954
50, rue de Rome, 6e arrondissement

mercredi 11 février 2009

Jean-Barnabé Amy

Voici une nouvelle notice du Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Anonyme, Jean-Barnabé Amy dans son atelier, vers 1900-1907
Collection particulière

Amy Jean-Barnabé (Tarascon, 11 juin 1839 – Paris, 24 mars 1907), sculpteur
Élève de l’École des Beaux-Arts de Marseille (1859) puis de Dumont et Bonnassieux à Paris, il débute au Salon de 1868 (La Muse de Ponsard – mairie de Tarascon – et Le Châtiment) et lui reste fidèle jusqu’à sa mort en 1907 (Dévéria, buste plâtre, exposition posthume). En 1873, il connaît un grand succès en remportant le concours pour une statue de Figaro sur l’initiative du journal du même nom ; l’œuvre décore l’hôtel du Figaro. Proche des membres du Félibrige qu’il portraiture à de nombreuses reprises (Mistral, médaillon marbre, Salon de 1872 ; Mistral, Roumanille et Aubanel, bas-relief marbre, Salon de 1875 – musée Calvet à Avignon …), il est cofondateur de La Cigale en 1876. Il réalise quelques ouvrages monumentaux : fronton du château d’eau de Tarascon (1869, détruit), Monument à l’abbé Saboly poète provençal (1876, Monteux), statue de l’historien Thou pour la façade de l’hôtel de ville de Paris (1881) statue du peintre Vien pour la façade du musée Fabre à Montpellier (1882), Monument à l’explorateur Paul Soleillet (1888, Nîmes), Monument au Tambour d’Arcole (1894, Cadenet), Monument au député Bancel (1897, Valence). Toutefois, son œuvre se compose essentiellement de masques littéraires (Don Quichotte, Mireille, Tartarin de Tarascon…), allégoriques (L’Agriculture, La Tentation, La Rose et le Papillon…) ou grotesques (La Servitude, L’Intempérance, Lou Ramaniau, La Tarasque…). Un panneau de masque le représente à l’Exposition Universelle de 1900 où il reçoit une mention honorable. Cependant, il connaît des difficultés financières croissantes. Après sa mort, en 1909, son fils Marius donne à la Ville de Marseille plus d’une centaine d’œuvres. Outre au musée des Beaux-Arts de Marseille, on trouve ses œuvres à Aix-en-Provence (Frédéric Mistral, bas-relief bronze, 1881 – musée du Vieil Aix) et à Avignon (Joseph Roumanille, bas-relief plâtre, 1872 ; Marc Bonnefoy, buste bronze, 1890 – musée Calvet).

Jean-Barnabé Amy, Frédéric Mistral, bas-relief bronze, 1881
Musée du Vieil-Aix, Aix-en-Provence

Bibl. : Solari (Émile), « Le sculpteur J.-B. Amy », Le Figaro, 27 mars 1907 ; Jean-Barnabé Amy 1839-1907. Masques et profils, catalogue d’exposition, Marseille, 1992.

jeudi 5 février 2009

Philippe Poitevin

Voici une nouvelle notice du Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Philippe Poitevin, Sésostris et Léon X, bustes en marbre, 1869
Palais des Arts, 1er arrondissement

Poitevin Philippe (Saint-Maximin, Var, 21 janvier 1831 – Marseille, 15 septembre 1907), sculpteur
Élève d’Armand Toussaint et de Marius Ramus, il fait ses débuts à l’exposition artistique marseillaise de 1851 : Briséis quittant la tente d’Achille (statuette), une main en marbre ; M. R. B… (buste). Il figure à l’Exposition Universelle de 1855 avec un Joueur de billes, statue marbre qui reparaît en bronze au Salon de 1859. Il expose à Paris jusqu’en 1872 et fréquente dans le même temps les expositions à Marseille (1858, 1859, 1860, 1861, 1864). Il y présente beaucoup de portraits, mais aussi un projet de Monument à Charles II d’Anjou, comte de Provence pour Saint-Maximin (1858). Dans la cité phocéenne, il décore le Palais Longchamp (Aristote, Cuvier, Puget, Poussin – médaillons bronze, 1867 ; Le Génie d’André Bardon et de Finsonius – groupe pierre, 1867 ; Consolat – buste marbre, 1870) et l’École des Beaux-Arts-Bibliothèque (Sésostris et Léon X – bustes marbre, 1869). Le musée des Beaux-Arts de Marseille conserve, entre autres, une Jeune fille à l’aiguille (statue marbre) et un Portrait de la femme de l’artiste (buste marbre).

Philippe Poitevin, Lévrier, torchère en bronze
Vendu en Grande-Bretagne le 1er novembre 1991

J’ai trouvé récemment de nouveaux renseignements sur ce sculpteur dans La Commune de Paris, révolution sans images : « [p.191] Quelques artistes proscrits se lancèrent même dans les activités manufacturières ou commerciales : à Londres, le caricaturiste Georges Pilotell fut imprimeur sur étoffes et le sculpteur Philippe Poitevin – qui avait [p.192] commencé une carrière prometteuse, ainsi qu’en témoignent notamment la réalisation de nombreuses décorations sculptées des Tuileries et du Louvre, une distinction au Salon de 1859, un achat de l’État et la participation à la décoration des façades du musée de Marseille1 – créa une compagnie d’importation de fleurs artificielles et d’articles de Paris2. »
Par ailleurs, il poursuit ses activités de sculpteur durant son exil comme le prouve une statuette en plâtre d’un gentleman aux courses en redingote et haut-de-forme dit Le Dandy (1882). De cette époque date certainement aussi cette torchère en forme de Lévrier.

1 Archives nationales F/21/484 et F/21/1757.
2 Archives de la Préfecture de police, dossier Ba/428.

lundi 2 février 2009

Le Monument à Pierre Puget (Henri Lombard sculpteur) - 2

2- L’érection
Désormais un délai de deux ans lui est accordé pour sculpter son œuvre dans un matériau noble. Hélas ! il apparaît rapidement que les fonds initialement prévus ne peuvent être réunis. Si la Ville et le Conseil général s’engagent pour 50000 et 20000 francs, les souscriptions ouvertes aux particuliers n’atteignent pas 14000 francs. Dès lors, tous les travaux sont ajournés. Afin de relancer l’intérêt et les dons, le comité dresse une silhouette de la future sculpture sur la place de la Bourse le 12 juin 1899. La presse laisse même entendre que le président de la République pourrait poser la première pierre à l’occasion des fêtes célébrant le 25e centenaire de la fondation de Marseille. En vain ! Alors, Henri Lombard intervient en personne, proposant de réduire le coût de 35000 francs.

Henri Lombard, projet de piédestal, calque, 1896-1905
Collection personnelle

Henri et/ou Frédéric Lombard, fondation pour le piédestal, photomontage, 1900-1906
Archives nationales F/21/4783

En premier lieu, il diminue les frais en confiant la taille du piédestal à des ouvriers spécialisés italiens : alors que la marbrerie marseillaise Derville estime l’ouvrage entre 55 et 60000 francs, la maison Nicoli, installée à Carrare, en demande seulement 38000. Cette économie substantielle est violemment dénoncée par le syndicat des entrepreneurs de monuments funéraires qui agite le spectre du chômage et dénonce l’emploi de travailleurs transalpins bon marché. En effet, au début du XXe siècle, de plus en plus d’artistes envoient directement leurs plâtres dans les carrières toscanes, entraînant une concurrence déloyale avec les entreprises phocéennes. Toutefois le statuaire riposte aussitôt : « Je ne me suis pas adressé il est vrai aux entrepreneurs des monuments funéraires de Marseille, j’avoue n’y avoir pas pensé. Et c’est probablement ce qui a blessé les membres de ce syndicat. Je crois que tout le monde aurait été étonné, sauf eux, si je m’étais adressé à l’un des membres de ce syndicat car j’ai pu m’assurer après l’envoi de leur lettre de protestation de l’importance des ressources artistiques de leurs ateliers. J’affirme qu’il leur aurait été impossible avec leurs seuls moyens de se charger d’un travail de cette importance, n’ayant aucun praticien sculpteur, mais seulement des marbriers et des tailleurs de pierres, en n’étant ni installés ni outillés pour cela. Mais ce qui m’a surpris bien davantage, c’est d’apprendre que la plupart de ces entrepreneurs et marbriers de Marseille emploient presque exclusivement la main d’œuvre italienne. »[2]
Dans un second temps, Lombard sacrifie son salaire, acceptant de voir près de trois années de labeur non rétribuées. Grâce à cette libéralité, la commande est relancée. Au printemps 1905, la partie supérieure du monument – Pierre Puget sculptant le ‘Milon de Crotone’ – figure au Salon (n°3367). Courant 1906, le piédestal et la statue sont érigés sur la place de la Bourse avec le concours de son frère architecte Frédéric Lombard.[3] Enfin, le 16 septembre 1906, soit dix ans après l’ouverture du concours, le président de la République Armand Fallières, de passage dans la cité phocéenne pour visiter l’Exposition coloniale, inaugure solennellement le monument tant espéré.

Henri Lombard, Monument à Pierre Puget, marbre, 1906
Place de la Bourse (carte postale)

Henri Lombard, Pierre Puget sculptant le ‘Milon de Crotone’, statue marbre, 1905
Cours Puget, 7e arrondissement

À une date indéterminée, le monument a été démonté ; la statue trône désormais au sommet du cours Puget, les deux figures du piédestal ont été déposées dans les quartiers Nord (jardin de l’Espérance), le reste a disparu.

[2] A.N. F/21/4783, op. cit. : lettre d’Henri Lombard au sous-secrétaire d’Etat des Beaux-Arts du 16 mai 1906.
[3] À la mort de Frédéric Lombard (1850-1906) qui survient peu après, il fait appel à un ancien camarade de la Villa Médicis : Henri Deglane (1855-1931).

dimanche 1 février 2009

Le Monument à Pierre Puget (Henri Lombard sculpteur) - 1

À partir d’aujourd’hui, je vous livre un extrait d’une conférence que j’ai donnée au colloque « Le monument public de 1870 à nos jour » (Toulouse, janvier 2006). J’ai choisi de vous raconté en deux temps la genèse du monument Puget d’Henri Lombard :

1- Le concours.
Personne, toutefois, n’est plus honoré à Marseille que Pierre Puget ! Le grand homme possède sa colline ainsi que son cours et plusieurs effigies sculptées. Un buste par Étienne Dantoine (1801) domine une fontaine tandis qu’un autre, dû au ciseau Jean-Joseph Foucou (1816), trône au sommet d’une colonne ; un médaillon de Philippe Poitevin (1867) orne la façade du Palais Longchamp. Ces modestes témoignages d’admiration sont complétés par deux statues en pied : malheureusement la première, de Jean-Esprit Marcellin (1864), demeure cachée dans la cour d’honneur de la Préfecture et la seconde, par Marius Ramus (1855), a été exilée au parc Borély pour cause de brocards et de lazzi (on la comparait notamment à un bourreau exhibant la tête d’un supplicié). De fait, aucune de ces représentations ne paraît digne du célèbre artiste baroque. C’est pour y remédier qu’en novembre 1893 Horace Bertin, le président du syndicat de la presse marseillaise, rassemble le microcosme local des arts dans un comité.

Étienne Dantoine, Pierre Puget, buste en marbre, 1801
Angle des rues de Rome et de La Palud, 1er arrondissement

Marius Ramus, Pierre Puget, statue en marbre, 1855
Parc Borély, 8e arrondissement

Le budget prévisionnel affecté à l’opération s’élève à 125000 francs ; une œuvre aussi onéreuse réclame de fait un emplacement prestigieux, à savoir la place de la Bourse. Quant au choix de l’artiste, il fait l’objet d’un concours national en 1896. Un jury s’élabore, comportant quatre sculpteurs, quatre architectes, le directeur de l’École des Beaux-Arts, le conservateur du musée, l’adjoint aux Beaux-Arts, deux délégués du ministère tutélaire et deux membres du comité dont le président. En tout, quinze membres, six Parisiens et neuf Marseillais sous la houlette du statuaire toulousain Antonin Mercié, garantissent le sérieux et la probité de la compétition. Enfin, d’importantes primes, promises aux concurrents classés aux cinq premiers rangs[1], suscitent une large participation. Le 30 novembre 1896, à la clôture de la première phase du concours, trente-huit maquettes d’ensemble à l’échelle d’un dixième rivalisent les unes contre les autres. Après un minutieux examen, le jury en élimine neuf pour dépassement du budget et vingt-quatre autres pour une mauvaise adéquation au volume de l’emplacement arrêté. Il retient cinq sculpteurs sans ordre de classement : Jean-Baptiste Belloc, Paul Ducuing, Jean-Baptiste Hugues, Jean-Antoine Injalbert et Henri Lombard. La seconde épreuve comprend la réalisation d’une figure, en plâtre et au tiers des proportions définitives, que chaque finaliste peut choisir à son gré dans l’ensemble de son projet ainsi que le détail du morceau d’architecture attenant, au dixième d’exécution. Les esquisses sont exposées au grand public, au début du mois d’août 1897, dans la salle des Antiques à l’École des Beaux-Arts. Puis, le 21 août, le jury délibère à bulletin secret : au 9e tour de scrutin, la commande échoit à Henri Lombard.

[1] 4 000 francs, à valoir sur la somme totale de 125 000 francs, sont promis au lauréat. Des indemnités de 3 000, 2 500, 2 000 et 1 500 francs sont respectivement promises aux auteurs des projets classés 2e, 3e, 4e et 5e.