mercredi 16 juin 2010

Monument à Jules Charles-Roux (Denys Puech et Auguste Carli sculpteurs)

La dernière fois, je me suis intéressé à la savonnerie de Jules Charles-Roux ; aujourd’hui, j’aborderai le petit monument commémoratif qui lui a été offert de son vivant, en 1907, en vous livrant une notice de ma thèse de doctorat :

Denys Puech et Auguste Carli, Monument à Jules Charles-Roux
Photographie ancienne, vers 1907

Jules-Charles Roux (1841-1918) – en plus de ses activités de savonnier – mène une carrière de député des Bouches-du-Rhône (1889-1898) et d’administrateur (Compagnie du Canal de Suez, Banque de France et Compagnie Transatlantique dont il fut le président). Il est également l’initiateur de l’Exposition coloniale de Marseille (1906) dont il fut le commissaire général.
À la suite de l’Exposition coloniale qui se solde par un franc succès, un comité se crée afin d’élever par souscription un monument à Jules Charles-Roux témoignant de la gratitude des Marseillais. Ledit monument se compose d’un buste sur un piédestal ouvragé, le tout en marbre. La commande du portrait échoie au sculpteur Denys Puech (1854-1942), grand prix de Rome en 1884 ; c’est le propre fils du modèle, François Charles-Roux, qui choisit l’artiste. Le plâtre du buste est achevé pour mai 1907, date à laquelle il figure au Salon des artistes français (n°3280). La réalisation du piédestal est confiée à Auguste Carli (1868-1930) ; il se compose de deux figures (l’allégorie de Marseille et un Tireur arabe) ainsi que de la gravure du corps central du Grand palais de l’Exposition coloniale. Enfin, le monument porte la légende suivante : « J. Charles-Roux / Commissaire général / Exposition coloniale de 1906 ». L’œuvre achevée est remise officiellement à Jules Charles-Roux le 24 novembre 1907
Lors de l’Exposition coloniale de 1922, le monument est érigé dans le parc Chanot ; l’inauguration s’effectue en présence du maréchal Lyautey. Plus tard, il intégra les réserves du musée du Vieux-Marseille, avant de retourner dans le parc ; il se trouve aujourd’hui dans le hall du pavillon de Marseille et de la Provence, élevé en 1922.

Denys Puech et Auguste Carli, Monument à Jules Charles-Roux
Pavillon de Marseille et de la Provence, parc Chanot, 8e arrondissement

Auguste Carli, Marseille et Tirailleur arabe
État actuel
Pavillon de Marseille et de la Provence, parc Chanot, 8e arrondissement

dimanche 13 juin 2010

Publicité monumentale

J’ai trouvé hier une carte postale publicitaire amusante qui me sert de prétexte pour parler des savonniers de Marseille.

Au / savon la Girafe / de / renommée universelle / Marseille reconnaissante
Carte postale, éditée vraisemblablement pour l’Exposition coloniale de 1906

Jean-Baptiste Charles Roux fonde sa savonnerie, en 1828, rue Sainte qui est alors le quartier des savonniers à deux pas du port. Son épouse, Marie-Louis Antoinette Arnavon appartient au même milieu : son père, Louis Arnavon, est l’un des premiers industriels de le domaine et son frère, Honoré Arnavon, poursuit dans cette voie. Leur fils Jules Charles Roux fils – dit Jules Charles-Roux – resserre les liens familiaux dans cette branche en épousant Edmonde Canaple, nièce du savonnier et député d’Empire Edmond Canaple et sœur du savonnier Charles Canaple.
Jules Charles-Roux est associé très jeune – il a moins de 25 ans – à l’entreprise familiale en 1866. En 1870, au décès de son père, il en reprend les rênes seul, puis en association avec son beau-frère Charles Canape à partir de 1876. Sous sa direction, la gamme des produits se diversifie sous différents noms dont La Girafe : savons marbrés bleu pâle et bleu vif traditionnels, savons blancs de ménage, savons blancs de teinture pour l’industrie. Les distinctions ne manquent pas : médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris en 1867, médaille du centenaire à l’Exposition internationale de Philadelphie en 1876, médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris en 1878 et hors concours à celle de 1889 ; cette année-là, Jules Charles-Roux est nommé membre du jury et désigné rapporteur pour la savonnerie.


En-tête de lettre (1904) portant les marques de fabrique
de la savonnerie Charles Roux fils – Charles Canape

Élu député de Marseille en 1889 et séjournant très régulièrement à Paris, Jules Charles-Roux confie la direction de ses usines à son beau-frère. L’association perdure jusqu’à la crise qui frappe la savonnerie marseillaise dans les années 1910 ; l’entreprise est alors vendue au groupe anglais Lever à l’orée de la première Guerre mondiale.

Bibliographie : Jules Charles-Roux, le grand Marseillais de Paris, Marines éditions, 2004

vendredi 11 juin 2010

Eugène Gosselin

Voilà longtemps que je n’avais pas donné ici une notice biographique issue de mon Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte d’Azur :

Gosselin Eugène (Marseille, 10 février 1884 – ?), sculpteur
Alors qu’il est élève de Jules Coutan à l’École nationale des Beaux-Arts, il réalise pour le compte de l’État des copies en marbre : tête de Néron enfant d’après l’antique en 1911 et tête de Saint Georges d’après Donatello en 1913 (musée de Carpentras). Après la première Guerre mondiale, il revient à Marseille où il sculpte le Monument aux morts de Château-Gombert (remplacé en 1957 par celui de Louis Botinelly). En 1922, il participe à la fondation de l’Association Professionnelle Arts et Lettres de Provence ; il est membre et délégué de la commission de sculpture. Il intervient également en tant qu’ornemaniste sur le chantier de l’escalier monumental de la gare Saint-Charles.

Eugène Gosselin, Monument aux morts de Château-Gombert
Photographie, 1932

mardi 8 juin 2010

Persée terrassant Méduse (sculpteur inconnu)

Il reste aujourd’hui à Marseille peu de traces de l’arsenal des galères ; quant aux vestiges de l’atelier de sculpture chargé d’ornementer les navires, ils sont encore plus rares. En fait, il faut se rendre à Paris, au musée de la Marine, pour voir ce type de décors. Le musée conserve la décoration spectaculaire d’une galère réale construite à Marseille au XVIIe siècle.
Cependant, c’est une autre sculpture qui m’a particulièrement plu : je vous livre simplement sa photo accompagnée de la notice du musée.

Atelier de sculpture de l’arsenal de Marseille
Persée terrassant Méduse, haut-relief en noyer doré, fin XVIIe siècle
Décor de poupe de galère extraordinaire non identifiée

Ce tableau arrière traité en haut-relief s’inscrit dans un faisceau de trophées. Persée est au centre de la composition – je n’avais jamais croisé de héros grec moustachu tel un Turc du XVIIe siècle ! j’adore ! – ; il vient de terrasser Méduse et brandit son glaive pour lui trancher la tête. Non seulement Louis XIV figure de façon emblématique sur son égide mais l’effigie du roi, ainsi que celle du Dauphin, sont visibles dans deux petits médaillons qui surmontent les lances.

vendredi 4 juin 2010

Les Joueuses d'osselets (Charles Delanglade sculpteur)

Le samedi 26 juin prochain, l’hôtel des ventes de Montpellier propose aux enchères une œuvre de Charles Delanglade (1870-1952) : Les Joueuses d’osselets, terre cuite (grès ?), H. 35,5 cm – L. 49 cm – P. 40 cm (estimation : 400-500 euros).

Charles Delanglade, Les Joueuses d’osselets, terre cuite, vers 1910-1919

Cette œuvre représente trois femmes vêtues à l’antique, jouant aux abords d’un édifice à peine esquissé. Elle a été éditée en grès par Delanglade lui-même dans ses fours des Aygalades, actifs à partir de 1898 et durant la première décennie du XXe siècle. Le choix du matériau relève du goût de la Belle Époque comme il le révèle dans son essai Sur les céramiques marseillaises : « J’essayais les fabrications les plus diverses, et particulièrement celle du grès, alors très à la mode. » Un exemplaire figure au Salon de l’Association des artistes marseillais de 1919 (n°314). Par la suite, il édite également cette pièce en bronze.

Charles Delanglade, Massilia, groupe bronze, vers 1922
H. 50 cm- L. 105 cm – P. 60 cm, fondeur Jabœuf & Rouard
Collection privée

Plus tard, il insère ses Joueuses d’osselets dans un ensemble plus vaste intitulé Massilia et présenté à l’Exposition coloniale de Marseille de 1922 (n°205). Le titre renvoie aux origines grecques de la cité phocéenne. L’œuvre se compose de différents petits groupes de femmes. En cela, elle se réfère incontestablement au chef-d’œuvre de Pierre Puvis de Chavannes (1824-1896) conçu pour l’escalier du Palais Longchamp : Marseille colonie grecque (1869). Les Joueuses d’osselets – mais aussi la jeune Massaliote qui se tient derrière, tendant le bras vers le temple – évoquent les figures féminines qui inspectent une étoffe sur la droite du tableau.

Pierre Puvis de Chavannes, Marseille colonie grecque, 1869
Escalier du Palais Longchamp, aile du musée des beaux-arts
4e arrondissement