mardi 16 octobre 2012

Les fontaines du Second Empire et de la Troisième République 3

Étonnamment, ces fabriques adaptées aux parcs arborés, qu’ils soient publics ou privés, tendent rapidement à investir l’espace urbain. L’exemple le plus significatif reste sans conteste la création en 1864 de l’escalier-square du boulevard Gazzino (auj. André-Aune). Reliant Notre-Dame de la Garde au centre-ville, ce programme mixte intègre en son sein une petite chute sans autre nécessité que le plaisir d’entendre l’eau vive bruire sur les rochers.
Esprit Latour, Abords de la chapelle ND de la Garde. Construction d’un escalier pour mettre en communication le Bd Gazzino avec le chemin du sanctuaire (élévation générale), dessin aquarellé entoilé, 16 février 1864
Archives dépépartementales des Bouches-du-Rhône, 7 O 20 59/6
Le dessin montre également le premier emplacement de la colonne de l’Immaculée Conception (Henry Espérandieu architecte, Eugène Guillaume sculpteur)

Non loin de là, la municipalité remanie fortement le jardin de la colline qui focalise bien des attentions sous le Second Empire. Il s’agit alors de magnifier l’axe du cours Bonaparte (auj. Puget) par la création d’une grande cascade et de son bassin de réception, voire d’un imposant décor figuré. Pour ce faire, la Ville sollicite, en juin 1857, l’ingénieur Étienne Delestrac (1817-?) et le statuaire Auguste Ottin (1811-1890) avant renoncer à ces travaux fastueux le 11 septembre 1862.

L’eau monumentale
L’eau naturelle n’efface donc pas les velléités de fontaines sculptées. Toutefois, peu de réalisations aboutissent à l’instar de la colline Bonaparte où le Conseil municipal débourse finalement 5000 francs pour dédommager Ottin et enterrer son projet. Pourtant de nombreux artistes proposent leurs services : le sculpteur Joseph Félon (1818-1896) imagine en 1859 un vaste bassin où la Navigation apporte à toutes les parties du monde les lumières de la civilisation ; l’architecte Delacour envisage en 1862 de flanquer l’obélisque de la place Castellane de quatre allégories (la Navigation, l’Industrie, les Arts et le Commerce) ; Auguste Bartholdi (1834-1904) conçoit en 1860 un Saint Michel terrassant le démon pour surmonter la rocaille de la place Saint-Michel (auj. Jean-Jaurès), emplacement jadis occupé par d’éphémères sculptures de circonstance, la Liberté de François-Marius Cailhol (1810-1853) pour l’avènement de la Deuxième République en 1848 et un autre Saint Michel de Marius Ramus (1805-1888) pour la visite du prince-président Louis-Napoléon Bonaparte en 1852. En vain ! Les fonds communaux semblent principalement conservés, puis alloués, pour le Palais Longchamp, prestigieuse vitrine du Canal de Marseille.

Joseph Félon, Fontaine de la Navigation, dessin sur calque, 1859
Archives municipales de Marseille, 32 M 28

Auguste Bartholdi, Fontaine Saint Michel, ébauche en terre cuite, 1859
© Musée Bartholdi (Colmar), SB 18

dimanche 7 octobre 2012

Les fontaines du Second Empire et de la Troisième République 2

L’eau naturelle
Au milieu du XIXe siècle, toute l’Europe succombe à la mode des parcs à l’anglaise. Il s’agit alors d’imiter la nature dans sa conception irrégulière. Dans la capitale française, le paysagiste Jean-Pierre Barillet-Deschamps (1824-1873), jardinier en chef du Service des Promenades et Plantations de la Ville de Paris, impose un type de jardin caractérisé par des pelouses vallonnées ainsi que les formes sinueuses des allées, rivières et lacs artificiels. Dans ce contexte, la cascade de rocailles se substitue de façon pittoresque à la fontaine traditionnelle et devient une pièce maîtresse du décor.

Anonyme, La cascade (Jardin zoologique), estampe, vers 1852-1857
Archives municipales de Marseille, 79 Fi 9

Marseille ne découvre pas le jardin anglais à cette époque – la colline Bonaparte (auj. Puget) est en effet paysagée dès le Premier Empire – mais suit l’engouement général. La Ville crée d’abord, dans les années 1850, le jardin zoologique puis, en 1862-1864, le majestueux parc Borély. On trouve d’ailleurs pour ce dernier aménagement des maîtres d’œuvre du Paris haussmannien : l’ingénieur Jean-Charles Alphand (1817-1891) et Barillet-Deschamps. Ici, une grotte à la voûte constellée de stalactites, dissimulée par une chute d’eau, ajoute un élément de surprise à un motif désormais attendu. L’ensemble, réalisé par le rocailleur André Chaix, coûte la somme exorbitante de 50000 francs.

Jean-Pierre Barillet-Deschamps, Parc Borély, projet de cascade, plan, 1863
Archives municipales de Marseille 49 Fi 28

Adolphe Terris, Grand travaux, cascade du parc Borély, photographie, 1864
Archives départementales des Bouches-du-Rhône 13 Fi 12~1

Dans la foulée, de fortunés particuliers importent dans leurs bastides le goût en vogue. Le château du roi René aux Aygalades ou encore la villa André à La Rose se dotent à leur tour d’une cascade de rocailles. Il en va de même pour de vastes propriétés intra muros comme la villa La Lyria au Roucas Blanc. Quant au jardin de la Préfecture, malgré un espace restreint, il adopte un agencement à l’anglaise avec tous les éléments caractéristiques du genre… en miniature, et notamment une cascatelle.

Auguste Gassend, Jardin de la préfecture, profil en long suivant l’axe de la cascade et du lac (détail), 1865
Archives départementales des Bouches-du-Rhône 4 N 299