vendredi 19 décembre 2014

Le Moineau de Lesbie (François Truphème sculpteur)

François Truphème

J’ai trouvé sur internet un portrait gravé du sculpteur aixois François Truphème (1820-1888), vraisemblablement publié dans la presse au moment de sa mort.
Je profite donc de cette trouvaille pour exprimer un regret : la disparition des sculptures de l’école provençale des XIXe et XXe siècles des salles d’exposition du musée des Beaux-Arts, récemment rouvert.  Parmi les œuvres remisées en réserve se trouve Le Moineau de Lesbie de Truphème. Il s’agit d’une statue de marbre, datant de 1874 et réalisée d’après un plâtre ayant figuré au Salon des Champs-Élysées de 1870. Acquise par l’État, elle a été déposée à Marseille en 1875.

François Truphème, Le Moineau de Lesbie, marbre
Carte postale

Le sujet s’inspire d’une courte élégie du poète latin Catulle (87-54 avant J.-C.) : « Déploration du moineau de Lesbie » (Poèmes, III) qui raconte la tristesse d’une jeune femme, Lesbie, suite au trépas de son oiseau chéri. Pour sa part, Truphème choisit de représenter cet amour animalier du vivant du moineau.

mardi 9 décembre 2014

Bibliographie

Les livres consacrés à des sculpteurs marseillais sont très rares. Aussi la parution, cet automne, d’une monographie consacrée à Pierre Puget fait-elle l’événement. Elle est l’œuvre de Marie-Paule Vial et de Luc Georget qui avaient organisé, à la Vieille Charité, la grande exposition de 1994, à l’occasion du tricentenaire de la mort de l’artiste. D’un format quasi de poche et d’un petit prix (15 €), l’ouvrage présente de très belles illustrations… avec une majorité d’œuvres provenant de la riche collection du musée des Beaux-Arts de Marseille. Un ouvrage indispensable lorsqu’on s’intéresse à la sculpture phocéenne !

Pierre Puget sculpteur, peintre, architecte
Couverture & 4e de couverture

mercredi 3 décembre 2014

Blason des Messageries Maritimes (Félix Guis sculpteur)

La place Sadi Carnot – rebaptisée ainsi en souvenir de la visite du président de la République, les 16 et 17 avril 1890 – est inaugurée en 1868. Elle devient rapidement un haut lieu de spectacles. Elle accueille, entre autres, le cirque Cottrely (1872-1876) ou le théâtre de l’Alhambra (1895) qui brûle le 17 avril 1903. Sur ses ruines, l’architecte Jean Séguéla (1862-1910) édifie l’hôtel Régina en 1908. Ce palace de 250 chambres, reconnaissable à sa tour, est alors le seul établissement de luxe à proximité du Vieux-Port et des docks. Par la suite, la Compagnie des Messageries Maritimes rachète l’hôtel pour en faire son siège phocéen.

L’hôtel Régina, carte postale

En 1851, l’armateur marseillais Albert Rostand (1818-1891) s’associe à Ernest Simons, le directeur des Messageries Nationales, afin d’étendre l’activité de cette société sur les mers. La nouvelle compagnie des Messageries Nationales – devenue rapidement Messageries Impériales – prend son nom définitif en 1871. Sa fonction est double : d’abord, transporter des passagers et du fret ; ensuite, assurer le transport du courrier et des messageries.
Les Messageries Maritimes remodèlent la façade de l’ancien hôtel… vraisemblablement entre 1945 et 1960. La tour disparaît et, pour orner la fenêtre dhonneur, le sculpteur Félix Guis (1887-1972) recoit la commande dun grand médaillon ovale représentant leur blason : une tête de cheval, coiffée d’une couronne crénelée, sur une ancre. Une fois le modèle en plâtre accepté, l’artiste réalisa le motif dans un matériau pérenne (béton ?).

Félix Guis, blason des Messageries Maritimes
Médaillon plâtre, collection de l’Association French Lines

Félix Guis, blason des Messageries Maritimes
Place Sadi Carnot, 2e arrondissement

La Compagnie des Messageries Maritimes, absorbée par la Compagnie Générale Transatlantique pour devenir la Compagnie Générale Maritime, cesse d’exister le 23 février 1977. L’administration récupère alors son siège pour y héberger les services administratifs du Trésor Public.

mercredi 26 novembre 2014

Le sculpteur Arnaud

Samedi 29 novembre, à Marseille, l’hôtel des ventes Méditerranée propose aux enchères une sculpture animalière de Louis Arnaud (1914 - ?). Il s’agit d’un marbre, haut de 26 cm, signé sous la base et estimé 300 / 500 euros.

Louis Arnaud, sculpture animalière

Louis Arnaud est sans doute le sculpteur Arnaud qui a décoré un immeuble de la Grand Rue et auquel j’ai consacré une notice le 9 octobre dernier. L’un de mes lecteurs – Serge – m’avait alors fait part de ses souvenirs. Il a rencontré l’artiste lorsqu’il était apprenti staffeur, voici 48 ans. Avec son autorisation, je vous livre son témoignage :
« Si j’avais su à l’époque que j’aurais un jour à raconter des souvenirs sur M. Arnaud, je  crois que j’aurais pris des notes et des photos..... J’ai connu M. Arnaud rue Neuve Ste Catherine dans, je pense, le seul atelier de staff au monde situé à un 2ème étage. Mon plus grand regret (j’étais jeune à l’époque) ne pas avoir acheté un de ses beaux dessins, en particulier les ours aux forces arrondies qui l’inspiraient beaucoup. Mon patron de l’époque lui prêtait une des salles de l’atelier et nous nous rendions des services selon les besoins du travail. M. Arnaud travaillait l’argile de mains de maître sur des sculptures futures plus ou moins consolidées de l’intérieur avec fer et grillage. Toutes ses sculptures finissaient la plus part du temps en creux perdus et, sur des formes souvent épurées, il avait eu l’idée de poser dans la même forme de fines plaquettes de cuivre qu’il soudait entre elles. Par contre, le visage, les mains et les pieds étaient rajoutés, sculptés dans du tilleul de forme très classique et décolorés à l’eau oxygénée. Il peaufinait son ouvrage à la cire dure. Quand le creux perdu servait pour la sculpture de pierre ou de bois, il détruisait la plus part du temps le modèle en plâtre une fois le travail terminé. Avant mon départ de l’atelier (où nous avions vu défilé de temps en temps un modèle féminin jamais anorexique) M. Arnaud m’a offert un bas-relief dont l’original était en bois (113 cm sur 46 cm) ; il m’avait demandé de ne jamais le reproduire. Je me souviens aussi d’une statue représentant une tête d’Arlésienne et d’une tête de Cheval qui est peut-être de lui, à Ste Anne dans la rue principale devant une école. Sa plus grande statue, je pense, a été un Loup à poser sur un rocher qui a demandé un travail collectif pour la fabrication du moule et le coulage du béton. Ce travail a été exécuté pour la ville de Pra-Loup, dans les Alpes. En tout cas, pour moi, ces années où j’ai été apprenti staffeur et la plus part du temps en sa compagnie auront été professionnellement parlant les plus belles de ma vie. »

jeudi 6 novembre 2014

Triple actualité

Au cours des dix jours à venir, trois événements auxquels je suis intimement mêlé vont se succéder :
1- Aujourd’hui, 6 novembre, paraît en librairie 14-18 Marseille dans la Grande Guerre publié par l’éditeur Arnaud Bizalion (27€), ouvrage collectif auquel j’ai participé. J’y ai notamment abordé la question des monuments aux morts phocéens.

14-18 Marseille dans la Grande Guerre

2- À partir du vendredi 14 novembre, débute trois expositions sur la Grande Guerre. Le musée d’histoire traite du Front d’Orient 14-19, les soldats oubliés et l’Alcazar présente Les jouets font la guerre : André Hellé 14-18 ombre et lumière. Pour ma part, j’ai collaboré à l’exposition des archives municipales Marseillais fais ton devoir ! dont le livre susnommé peut être considéré comme le catalogue.
3- Enfin, le samedi 15 novembre, de 14h à 18h, je serai au Centre Bourse dans le cadre du 23e Carré des écrivains organisé par le Comité du Vieux-Marseille. J’y dédicacerai en compagnie d’Élisabeth Mognetti notre guide historique des Fontaines de Marseille.

Flyer du 23e Carré des écrivains

vendredi 31 octobre 2014

Le Commerce et l’Industrie (sculpteur inconnu)

Au XIXe siècle, plusieurs sièges de banque se sont installés autour de la Préfecture : la Société Marseillaise de Crédit (rue Paradis), la Banque de France et la Caisse d’Épargne (place Paradis, aujourd’hui Estrangin-Pastré). Un autre établissement – la Banque d’Italie – s’est établi au 75 de la rue Saint-Ferréol ; le bâtiment abritait jusqu’à très récemment le Virgin Megastore. À ma connaissance, il n’existe pas d’archives publiques permettant de retracer sa construction. Son architecte et le sculpteur qui a décoré sa façade sont donc pour l’instant anonymes.

Le Commerce et l’Industrie, bas-reliefs en marbre
75 rue Saint-Ferréol, 6e arrondissement

L’élégante entrée se fait par une serlienne, c’est-à-dire par une triple baie avec au centre un arc en plein cintre et sur les côtés des linteaux. Cette composition, citée pour la première fois par l’architecte italien Sebastiano Serlio (1475-1554), d’où son nom – dérive des antiques arcs de triomphe romains. Le décor sculpté se développe sur la clé de l’arc (tête de Mercure, dieu du commerce) et sur les écoinçons (allégories du Commerce et de l’Industrie).
La figure symbolisant le Commerce tient d’une part un caducée – attribut de Mercure – et une corne d’abondance. L’Industrie pose, quant à elle, un marteau sur l’enclume tandis qu’en arrière-plan apparaissent une roue crantée – attribut traditionnelle de cette allégorie – et des cheminées fumantes d’usines. La Banque d’Italie se présentait donc comme l’établissement bancaire des négociants et des industriels phocéens.

jeudi 23 octobre 2014

À la mémoire des évacués du Vieux-Port (Marius Muraour sculpteur)

Voici encore un sculpteur dont j’ignore quasiment tout : Marius Muraour. Je sais seulement qu’il est actif à Marseille dans les années 1960 et que l’on peut trouver quelques-unes de ses œuvres au cimetière Saint-Pierre. En 1962, à la demande du Groupement des évacués du Vieux-Port, il réalise un bas-relief commémorant un tragique épisode marseillais de la 2nde Guerre Mondiale…

Marius Muraour, À la mémoire de nos disparus, internés, /
déportés, morts dans les camps nazis, /
victimes de la tragique évacuation /
du quartier du Vieux-Port (23 janvier 1943)
Bas-relief, pierre, 1962
35 Grand Rue, 2e arrondissement

Les Nazis, qui occupent Marseille à partir du 11 novembre 1942, savent que d’importantes manifestations de la Résistance s’y sont déroulées le 14 juillet précédent. Un attentat commis le 3 janvier 1943 leur sert alors de prétexte : Hitler ordonne la destruction des quartiers nord du Vieux-Port et la déportation de ses habitants. Les autorités françaises plaident pour une réduction du périmètre condamné et la sauvegarde de quelques monuments (hôtel de ville, maison diamantée, hôtel de Cabre).
Dans la nuit du 23 janvier 1943, la police française encadrée par la Wehrmacht lourdement armée pénètre dans le quartier et visite chaque habitation ; dès le 24 janvier au matin, un train quitte la gare d’Arenc avec 1600 personnes dont la moitié de Juifs et, en parallèle, débute l’évacuation totale de la zone devant être rasée. Les dynamitages commencent le 1er février. C’est ce drame que commémore cette plaque au cœur même des quartiers détruits.

jeudi 9 octobre 2014

Décor animalier du sculpteur Arnaud

Par manque de temps, je me contente de poster aujourd’hui un amusant décor animalier composé de quatre bas-reliefs. Je ne sais rien de son auteur – un dénommé Arnaud – et suis preneur de toute information à son sujet. Les sculptures surplombent les entrées d’une barre d’immeuble des années 1950-1960 sise sur la Grand Rue : un ours polaire (n°29), un ongulé – peut-être une biche (n°31), un aigle (n°33) et deux oies (n°35)… iconographie pour le moins incongrue à Marseille !

Ours polaire, bas-relief, béton ?
29 Grand Rue, 2e arrondissement

Ongulé, bas-relief, béton ?
31 Grand Rue, 2e arrondissement

Aigle, bas-relief, béton ?
33 Grand Rue, 2e arrondissement 

Oies, bas-relief, béton ?
35 Grand Rue, 2e arrondissement

mercredi 24 septembre 2014

Yves Montand (Bruno Catalano sculpteur)

Autodidacte, le sculpteur marseillais Bruno Catalano (né en 1960) connaît actuellement un succès international avec ses sculptures en bronze polychrome de voyageurs évidés. Plusieurs de ces œuvres ont d’ailleurs été exposées sur la place Villeneuve-Bargemont lors de Marseille-Provence 2013 – capitale européenne de la culture.
Bruno Catalano est également l’auteur d’un petit monument, discret pour ne pas dire caché, à la mémoire d’Yves Montand (1921-1991) érigé à la Plaine. Le chanteur-comédien – qui vit son enfance dans la cité phocéenne et débute à l’Alcazar en 1938 – montre sa figure joviale dans le jardin d’enfants de la place Jean Jaurès depuis le 7 décembre 2003, date de son inauguration. L’artiste avoue avoir créé neuf versions du buste avant de parvenir à saisir pleinement la personnalité de Montand.

Bruno Catalano, Yves Montand, bronze, 2003
Place Jean Jaurès / Square Yves Montand, 5e arrondissement

mardi 2 septembre 2014

Opéra noir (Berdaguer & Péjus plasticiens)

Parmi les multiples œuvres qui ont surgi au moment de Marseille-Provence 2013, Il y en a une que je trouve particulièrement intéressante : l’Opéra noir de Berdaguer & Péjus.
Il s’agit d’une commande de l’association Marseille Centre – Fédération de Commerce du Centre-Ville. Cette dernière a sollicité le talent du binôme de plasticiens phocéens Christophe Berdaguer (né en 1968) et de Marie Péjus (née en 1969) pour agrémenter la place Lulli, sise derrière l’opéra municipal et réaménagée en 2010.
L’œuvre réalisée par les deux artistes est une micro-architecture jouant avec l’espace et les sens. Elle s’inspire du kiosque à musique de la Canebière… avec une touche à la Salvador Dali : les formes semblent molles, dansantes. On dirait une construction gonflable qui se dégonfle lentement ! Si l’on ose gravir les marches de l’escalier, on se trouve alors plonger au cœur de l’opéra voisin : des bribes de sons provenant de la scène (machinerie, voix, musique…) y sont retransmises en temps réel. L’Opéra noir apparaît de fait comme un écho, une ombre de l’opéra municipal.

 
Berdaguer & Péjus, Opéra noir, 2013
Place Lulli, 1er arrondissement

mercredi 20 août 2014

Edmond Rostand (Jacqueline Sarto sculptrice)

Le 5 janvier 2014, j’ai publié une notice sur le buste d’Edmond Rostand de Jacqueline Sarto (née en 1920). J’y reviens aujourd’hui car la placette Edmond Rostand, sise à l’intersection des rues Saint-Suffren et Rostand, a été réaménagée au printemps dernier. Or je trouve ce réaménagement discutable.
La placette a été débarrassée du monument en lui-même et de son imposant piédestal. La volonté était de toute évidence de libérer l’espace de son emprise au sol. Seule une fontaine Wallace – que je n’avais pas remarquée jusque-là, est-elle nouvelle ? – tire son épingle du jeu ! Le buste en bronze, pour sa part, a été posé de manière ridicule sur l’un des piliers qui scande le fond de la placette. On dirait la tête d’une quille ! Évidemment, toutes les informations liées au monument ont disparu : plus de nom du grand homme, plus de dates, plus d’accès à la signature de l’artiste !

Jacqueline Sarto, Edmond Rostand, buste, bronze
Placette Edmond Rostand, 6e arrondissement
Ancienne présentation

Jacqueline Sarto, Edmond Rostand, buste, bronze
Placette Edmond Rostand, 6e arrondissement
Nouvelle présentation

dimanche 10 août 2014

Missak Manouchian (sculpteur inconnu)

Le 20 février 2010, un square sis sur le boulevard Livon, à côté de l’hôtel Sofitel Vieux-Port, a été inauguré. Il commémore la mémoire de Missak Manouchian (1906-1944) et de ses compagnons résistants, exécutés par les Nazis au Mont Valérien le 21 février 1944.

 Missak Manouchian, buste, bronze, 2010
Square Manouchian, 7e arrondissement

 Né en Turquie, Missak Manouchian et son frère Karabet perdent leurs parents dans le génocide arménien en 1915. Sauvés par une famille kurde, ils passent leur adolescence au Liban. En 1925, ils débarquent à Marseille (ce qui justifie le présent hommage), avant de monter à Paris. Là, ils vivent de petits métiers tout en fréquentant en auditeurs libres les bancs de la Sorbonne. En 1934, ils adhèrent au parti communiste et au HOC (comité de secours pour l’Arménie).
Durant la 2nde guerre mondiale, à partir de 1941-1942, Missak Manouchian adhère au militantisme clandestin de la MOI (Main-d’œuvre Immigrée). En juillet et août 1943, il devient commissaire technique, puis militaire, des FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans – Main-d’œuvre Immigrée) de Paris. Il dirige alors une cinquantaine de résistants étrangers (Juifs, Arméniens, Polonais, Espagnols). Entre août et la mi-novembre 1943, le groupe de Manouchian réalise des actions armées et de sabotage ; on lui doit notamment l’exécution du général Julius Ritter, responsable du STO (Service du Travail Obligatoire) le 28 septembre 1943.
Manouchian est arrêté le 16 novembre 1943 ; vingt-trois de ses camarades sont pris dans les jours suivants. Les Nazis exploitent leur arrestation à des fins propagandistes avec l’aide de la presse collaborationniste : ils sont présentés comme « l’armée du crime » sur une Affiche rouge. Missak Manouchian y apparaît au centre avec la légende suivante : Arménien, chef de bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés. Le groupe est condamné à mort.
L’hommage se divise en deux éléments : d’une part le buste en bronze de Missak Manouchian (dont j’ignore l’auteur ; peut-être un sculpteur arménien), d’autre part une stèle avec le nom de ses camarades fusillés avec lui au Mont Valérien. L’initiative de cette commémoration marseillaise revient au JAF, la Jeunesse Arménienne de France). Elle me semble salutaire dans une ville qui possède un fort taux d’immigrés. Il est bon de rappeler ce que les étrangers ont pu donner pour la liberté de notre pays alors que le monument a été tagué d'une croix gammée le 27 juin dernier ! 

mardi 29 juillet 2014

Cerf/Frec (Luc Dubost sculpteur)

En règle générale, je ne suis pas très sensible à la sculpture animalière, sauf si elle se pare d’humour. Dans le cadre du Funny Zoo, le sculpteur Luc Dubost (né en 1968) a conçu une œuvre animalière – Cerf/Frec – d’une portée poétique qui dépasse de très loin la simple drôlerie des animaux en plastique coloré qui ont colonisé le jardin zoologique (cf. notice du 13 juin 2013).

Luc Dubost, Cerf/Frec, bronze, 2013
Parvis du Sofitel Vieux-Port
36 boulevard Charles Livon, 7e arrondissement

 Présenté en 2013 sur le Vieux-Port, Cerf/Frec appartient aujourd’hui à l’hôtel Sofitel qui l’a installé sur son parvis. Il s’agit d’un cervidé présenté à l’envers : il repose sur ses bois développés à l’infini, les pattes en l’air. Sa posture incongrue réinvente la vision d’un monde surprenant, déroutant… au point de se perdre dans les méandres de ses cornes. C’est une invitation à un voyage imaginaire, peut-être pour retrouver Alice au pays des merveilles.

vendredi 18 juillet 2014

Château Régis (Émile Aldebert sculpteur)

Au début du mois, j’ai eu l’occasion de visiter l’une de mes bastides préférées : le château Régis. Aujourd’hui gérée par l’œuvre Timon David, elle héberge l’école et le collège Notre-Dame de la Jeunesse.

Sixte Rey, Château Régis, 1860-1865
59 avenue de Saint-Menet, 11e arrondissement

À l’origine, elle fut bâtie sur les hauteurs dominant la vallée de l’Huveaune par l’architecte marseillais Sixte Rey (1826-1904) pour le négociant Louis Régis. Son architecture de style Renaissance est un pastiche miniature, très réussi, du château de Chenonceau. Depuis le 3 octobre 1996, le château, le donjon indépendant et le parc sont inscrits à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques.
La façade principale, visible depuis l’autoroute, est ornée de sculptures – médaillons, bas-reliefs et termes en haut-relief – exécutées en 1862 par Émile Aldebert (1828-1824). Les éléments principaux sont les termes qui habillent les trumeaux des fenêtres du rez-de-chaussée surélevé et du premier étage. Ils représentent les allégories du Commerce (caducée et bourse) et de la Navigation (gouvernail et boussole) ainsi que celles de l’Agriculture (faucille et corne d’abondance) et de la Musique ou de la Poésie (lyre).

Émile Aldebert, Le Commerce, 1862

Émile Aldebert, La Navigation, 1862
(ensemble et signature)

Émile Aldebert, L’Agriculture, 1862

Émile Aldebert, La Musique ou La Poésie, 1862

jeudi 5 juin 2014

L’Éducation du Christ (F. Cannac sculpteur)

Le 30 mai dernier, l’un de mes lecteurs – Michel Bricard – m’a posé une colle. Si quelqu’un possède des informations sur le décor suivant, je suis preneur.

F. Cannac, L’Éducation du Christ, bas-relief
Angle cours Gouffé / rue Mascaron, 6e arrondissement

Il s’agit du décor d’un immeuble, sis à l’angle du cours Gouffé et de la rue Mascaron, construit vers 1930-1940 à l’initiative des ébénistes marseillais David frères. Ce bas-relief, vraisemblablement moulé en béton, se situe sur la façade, entre les deux entrées du bâtiment. Il figure L’Éducation du Christ : tandis que la Vierge file la laine, Joseph apprend le métier de charpentier à Jésus. Ce travail du bois rappelle le métier des commanditaires, Joseph étant par ailleurs le saint patron des artisans.
F. Cannac, L’Éducation du Christ, bas-relief (signature)
Angle cours Gouffé / rue Mascaron, 6e arrondissement

Le bas-relief est signé F. Cannac. Je ne connais rien de ce sculpteur ; c’est la première fois que je le croise. Je réitère donc ma demande relative à toutes informations concernant cet artiste.


Addenda du 8 novembre 2017. Une de mes lectrices me suggère une piste… à creuser : « Mon arrière-grand-père, ébéniste, compagnon du tour de France se nommait François Auguste Cannac. D'après mon père, il était très doué de ses mains et aurait fait de réels chefs-d'œuvre notamment en marqueterie. Je sais que cela n'a rien à voir avec une sculpture en béton mais ce qui est troublant c'est que l'immeuble fut construit à l'initiative d'ébénistes comme lui qui, s'ils étaient aussi compagnons, devaient probablement le connaître. En 1930, il tenait un magasin de meubles 130 avenue du Maine à Paris. Peut-être est-il celui que vous cherchez étant donné que le patronyme Cannac est assez peu courant (contrairement à celui de Canac) ».

mercredi 28 mai 2014

Fontaines de Marseille : un article dans "La Marseillaise"

Je n’ai pas beaucoup de temps à consacrer à mon blog à l’heure actuelle. Aussi vais-je à la facilité : je vous communique l’article que le journaliste David Coquille a publié dans La Marseillaise, le 18 mai dernier, sur la publication du guide historique des Fontaines de Marseille.
 


vendredi 16 mai 2014

Les Italiens de Marseille pendant la guerre 14-18

Lorsque la guerre éclate à l’été 1914, l’Italie reste neutre dans un premier temps. Marseille qui compte de nombreux immigrés italiens dans sa population profite de leur présence pour remplacer les jeunes gens partis au front et faire tourner son économie. Les choses changent le 26 mai 1915 lorsque l’Italie entre en guerre aux côté de la France et de l’Angleterre. La main d’œuvre d’origine transalpine est à son tour mobilisée.

Anonyme, Martial Meniante, statue marbre, vers 1920
Cimetière de Saint-Louis, 15e arrondissement

C’est le cas de Martial Meniante. Ses parents – Gabriel et Marie – viennent de Biella, dans le Piémont ; ils sont tous deux journaliers quand Marie accouche le 2 juillet 1895, dans leur appartement du bd Saint-Raymond, dans le quartier des Crottes, du petit garçon. Martial incorpore les troupes du roi Victor-Emmanuel III et trouve la mort sur le champ de bataille en 1917. Il est inhumé dans le cimetière de Saint-Louis. Ses parents commandent alors une statue en pied du jeune héros : il se tient debout, dans son uniforme, devant le drapeau de son régiment.

Paul Gondard, Monument aux soldats italiens morts pour la France
Maquette, plâtre, 1923 (erreur de date sur la légende)
Archives municipales de Marseille, 95 ii 5

Après la guerre, un comité franco-italien se crée à Marseille pour l’érection d’un monument glorifiant les soldats italiens morts pour la France. La maquette est réalisée par le sculpteur Paul Gondard (1884-1953). Une souscription est lancée au mois de mai 1923 ; le projet avorte cependant, faute de moyens suffisants à son exécution.

jeudi 24 avril 2014

Le cimetière de Mazargues

Marseille compte de nombreux cimetières. Si Saint-Pierre est le plus vaste et le plus riche, les autres nécropoles municipales possèdent tout de même quelques sculptures intéressantes, voire remarquables. Le cimetière de Mazargues – à ne pas confondre avec le cimetière militaire voisin, crée en 1918 pour accueillir les dépouilles des soldats de l’empire britannique morts à Marseille – se trouve dans ce cas : deux œuvres contemporaines l’une de l’autre se démarquent.
 
Modèle du Monument aux morts de Mazargues
dans l’atelier du sculpteur
Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 3 O 58/68

Eugène Sénès, Monument aux morts de Mazargues
élévation & coupe (détail), juillet 1926
Archives municipales de Marseille, 1017 W 41

Monument aux morts de Mazargues
Cimetière de Mazargues, 9e arrondissement

Le Comité des intérêts du quartier de Mazargues sollicite une subvention municipale pour l’érection de son monument aux morts le 28 mars 1922. Il projette de l’accoler au piédestal de l’obélisque qui orne le rond-point. Le Conseil municipal alloue 10 000 francs à ce projet alors qu’il donne aux autres quartiers 500 francs en moyenne pour des projets similaires. Finalement, c’est dans l’enceinte du cimetière que le monument est érigé en 1926, sur les plans de l’architecte en chef de la ville de Marseille Eugène Sénès (1875-1960). Les reliefs de bronze, parfois attribuée à Ary Bitter (1883-1973), se détachent sur un pylône maçonné ; ils figurent un poilu tenant fièrement le drapeau national tandis qu’une Renommée ailée le couronne de laurier sous les yeux de la veuve et de l’orphelin.

Anonyme, Georges Janin, statue en pierre
Cimetière de Mazargues, 9e arrondissement

Non loin de là se situe la tombe du brigadier Georges Janin (1891-1914). Ce jeune homme, mécanicien-électricien, effectue son service militaire à Nîmes depuis le 8 octobre 1912 lorsque la guerre éclate. Il part aussitôt pour le front avec le 19e régiment d’artillerie de campagne. Il meurt à Verdun le 25 septembre 1914. Sa famille lui élève une statue pour surplomber sa sépulture : le poilu se dresse bravement au milieu des décombres du champ de bataille, la roue accidentée d’une charrette et les obus à ses pieds en témoignent.

mardi 8 avril 2014

Charles Delanglade (Hippolyte Lefebvre sculpteur)

Anonyme, Charles Delanglade, photographie, 1901
Collection personnelle

Parallèlement à des études de droit – il obtient sa licence le 5 novembre 1892 – à Aix-en-Provence, Charles Delanglade (1870-1952) prend des cours de sculpture, le dimanche, dans l’atelier privé d’Émile Aldebert (1828-1924). Puis, le 1er décembre 1893, il intègre l’atelier de Jules Cavelier (1814-1894) à l’École des Beaux-Arts de Paris. Grand bourgeois, il sculpte par passion et non pour gagner sa vie. En 1896, après deux années aux Beaux-Arts, il décide de se rendre à Rome par ses propres moyens. Il est hébergé à la Villa Médicis, parmi les prix de Rome dont son concitoyen Constant Roux (1865-1942).

Hippolyte Lefebvre, Charles Delanglade, plaquette bronze, 1896
Collection personnelle

Il y rencontre également Hippolyte Lefebvre (1863-1935), grand prix de sculpture de 1892. Ce dernier réalise alors son portrait en bas-relief. Il le représente de profil droit, assis dans un fauteuil, drapé d’un plaid et fumant le cigare lors d’une soirée à la Villa Médicis. Plus tard, Lefebvre en tire une plaquette, éditée en bronze par maison d'édition de médailles et insignes Janvier-Berchot,  installée 22 rue de Montmorency à Paris. Le sculpteur expose très certainement ladite plaquette, avec d’autres, dans la section gravure en médaille du Salon des artistes français de 1898 (n°3989 – un cadre de médailles). Un autre exemplaire de cette œuvre est conservé au Musée de la Monnaie à Paris (MED 073478).
Charles Delanglade semble tirer un grand profit de cette rencontre. C’est sans doute auprès de Lefebvre qu’il se forme à la gravure en médaille, activité qu’il exerce assidument entre 1906 et 1918. Par ailleurs, c’est chez Janvier-Berchot qu’il édite plusieurs de ses pièces, notamment la plaquette commémorative de son frère Édouard (cf. notice du 24 octobre 2009).

samedi 8 mars 2014

Fontaines de Marseille. Guide historique

Mardi prochain, le guide des fontaines de Marseille que j’ai coécrit avec Élisabeth Mognetti, Frédérique Bertrand et Éléonore Marantz sera commercialisé. Les éditions Gaussen qui le publient ont fixé le prix de vente à 18 €.


L’histoire des fontaines publiques de Marseille se confond avec celle d’une ville en perpétuelle métamorphose, à la recherche du bien-être et de l’embellissement urbain. La fontaine est un monument porteur d’ambitions qui se rêve sans toujours se réaliser, qui se déplace et se transforme, qui se conçoit quelquefois comme un spectacle éphémère ou qui devient parfois éphémère au nom d’une utilité publique – l’impératif des circulations – alors qu’une autre l’avait fait naître.
Ce guide propose, en suivant un découpage chronologique, deux axes de lecture : il s’attache d’une part au contexte général de la création des fontaines au fil du temps, il retrace d’autre part l’histoire de chaque fontaine en tenant compte des projets ainsi que des déplacements, modifications, réemplois, apparitions et disparitions. Il permettra ainsi au promeneur de découvrir quelque soixante-dix fontaines connues ou secrètes, du XVIe siècle à nos jours.

dimanche 16 février 2014

Fontaine de Villeneuve (Pierre Cantini sculpteur)

Au début des années 1830, la démolition d’un pâté de maisons proche de l’hôtel de ville permet la création d’une place nouvelle qui reçoit le nom du préfet Christophe de Villeneuve-Bargemon (1771-1829), mort en exercice. En 1833, on y érige une fontaine à sa mémoire. Dessinée par Michel-Robert Penchaud (1772-1833), elle est ornée d’un cippe portant le buste du préfet à l’antique, souligné d’une guirlande de fleurs. Le portrait est l’œuvre de Pierre Cantini (1808-1850), fils de maçon italien immigré. Mort jeune, le sculpteur est aujourd’hui bien moins connu que son frère cadet, Jules Cantini (1826-1916), qui se forme dans son atelier avant de lui succéder et de transformer l’entreprise familiale en la plus grande marbrerie de Marseille.

Marseille, place et statue de Villeneuve, carte postale, vers 1906-1910
Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 6 Fi 10846

Asséchée depuis longtemps, la fontaine est démontée à la fin du XXe siècle. Il est dommage qu’elle n’ait pas été réintégrée lors du réaménagement de l’espace Villeneuve-Bargemon. Remisée dans quelque entrepôt de la Ville, elle n’est donc plus visible aujourd’hui.

samedi 1 février 2014

La fontaine d’Homère (Étienne Dantoine sculpteur)

Demain, 2 février, l’hôtel des ventes d’Albi vendra une aquarelle du peintre Émile Henry (1853-1920) représentant La Place d’Aubagne à la fin du XIXe siècle. C’est l’occasion de revenir sur l’histoire de la fontaine d’Homère qui, longtemps, a animé cette placette. C’est l’occasion aussi de présenter en avant-première un extrait de mon prochain livre – Fontaines de Marseille. Guide historique, éditions Gaussen, parution en mars 2014 – co-écrit avec Élisabeth Mognetti, Frédérique Bertrand et Éléonore Marantz.

Émile Henry, La Place d’Aubagne, aquarelle, fin XIXe
Vendue à l’hôtel des ventes d’Albi le 2 février 2014

A. Karl, Marseille, La fontaine d’Homère, gravure, fin XIXe
Musée d’Histoire de Marseille, MHM 81_2_14

Fontaine d’Homère

1803
Dédiée par « les descendants des Phocéens à Homère » selon la volonté du préfet Delacroix, cette fontaine vient s’ajouter en 1803 à l’angle des rues d’Aubagne et Moustier à un lavoir préexistant. Sa colonne, provenant de Saint-Victor, est surmontée d’un chapiteau ionique et d’un buste en hermès d’Homère que Delacroix voulait « d’après l’antique », œuvre d’Étienne Dantoine (1737-1809). L’inscription au revers du piédestal, à la gloire des consuls et du préfet, a été retirée en 1814.
Il s’agit de l’une des rares fontaines du Consulat qui se trouve à sa place originelle. Toutefois, le lavoir provoque des nuisances. Le 18 juin 1858, un riverain écrit au maire pour se plaindre :« […] cette petite place ornée du buste d’Homère, ombragée par un beau platane, serait charmante sans ce réservoir source de propos sales et dégouttants quotidiens lorsqu’ils ne sont pas suivis de disputes entre les mégères qui fréquentent ce lavoir. » Peu à peu, la fontaine s’assèche : elle perd d’abord son lavoir en 1898, puis son bassin rond en 1920.
Située dans un quartier populaire, elle a inspiré un roman à Albert Perrin : La Fontaine d’Homère (1944).


 
Étienne Dantoine,Homère, 1803 (colonne & buste)
Angle des rues d’Aubagne et Moustier, 1er arrondissement

mercredi 22 janvier 2014

Vincent Scotto (André Arbus sculpteur)

André Arbus (Toulouse, 1903 – Paris, 1969) appartient à une vieille famille d’ébénistes toulousains. C’est dans l’atelier paternel qu’il débute après trois ans passé à l’école des Beaux-Arts de sa ville natale. C’est donc en tant que décorateur qu’il s’illustre dans l’entre-deux-guerres. Après la guerre, avec son associé Crillon, il s’engage dans la construction au large de Marseille du phare de Planier (1947-1959, monument historique depuis le 13 septembre 2012) ; ce chantier coûteux (576 millions de francs de l’époque), financé sur les crédits du plan Marshall, restera inachevé. Parallèlement, il s’adonne à la sculpture qu’il expose aux Salons des Tuileries et d’Automne à partir de 1950.

André Arbus, Vincent Scotto, buste bronze, 1965
Place aux Huiles, 1er arrondissement

C’est vraisemblablement au cours de la construction du phare de Planier, qu’Arbus va tisser des liens qui préluderont à la commande du buste de Vincent Scotto (1874-1952), compositeur marseillais, auteur de quelque 4000 chansons, 50 opérettes et 200 musiques de films. L’œuvre achevée, qui se résume à une tête, est inaugurée le 13 décembre 1965 et, depuis 1989, trône sur un haut piédestal devant la place aux Huiles.

dimanche 5 janvier 2014

Edmond Rostand (Jacqueline Sarto sculptrice)

Jacqueline Sarto est le pseudonyme d’artiste de Jacqueline Sartorio (née en 1920), fille du sculpteur Antoine Sartorio (1885-1988). Elle produit peu et rarement des sculptures publiques. Toutefois, durant la dernière décennie du XXe siècle, elle reçoit la commande d’un buste en bronze représentant le poète et dramaturge marseillais Edmond Rostand.
 
Jacqueline Sarto, Edmond Rostand, buste en bronze, 1993
Ensemble et signature (J. SARTO)
Angle des rues Saint-Suffren et Edmond Rostand,
6e arrondissement

La commande est une initiative du CIQ Préfecture-Castellane. Le buste, pour sa part, est offert par le Conseil général des Bouches-du-Rhône. Il est inauguré le 12 mars 1993 dans les locaux de Marseille Accueil avant d’être érigé sur une placette à l’angle des rues Saint-Suffren et Edmond Rostand.