vendredi 18 décembre 2015

Patrick Chaland

Le sculpteur marseillais Patrick Chaland (né à Boulogne en 1955) expose jusqu’à dimanche au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts qui se tient à Paris, au Carrousel du Louvre. Il y présente deux œuvres : Soleil noir, une sculpture abstraite en cristal noir, et Darwin, un superbe saumon plongeant dans le cristal limpide.

Patrick Chaland, Soleil noir et Darwin
Patrick Chaland, Soleil noir
Patrick Chaland, Darwin

Cette exposition conclut pour l’artiste une année riche : en effet, à l’automne dernier, lors d’une exposition à Monte-Carlo, il a obtenu le Grand Prix de Monaco pour une autre sculpture en cristal intitulée Janus

jeudi 10 décembre 2015

Fernand Mariaud

Jean-Pierre Cassely, le chantre de la Provence insolite, a poursuivi des recherches sur le sculpteur Fernand Mariaud (cf. notice du 2 février 2012). Il est récemment entré en contact avec sa veuve et ses enfants… l’occasion d’étoffer nos connaissances sur sa vie et son œuvre.
Fernand Mariaud (29 mai 1913 - 11 juin 2002), remarqué par son instituteur, fréquente très jeune – dès ses 12 ans – l’école des Beaux-Arts d’Aix-en-Provence. Adulte, il se tourne vers le métier de carrier et de tailleur de pierres. Il installe successivement son atelier à Lambesc (durant 16 ans) et à Saint-Cannat (durant 25 ans) ; parallèlement, il travaille à la carrière Cornot, à Rognes, où une corbeille de fruits, deux dauphins et deux lions dus à son ciseau décorent toujours le bâtiment principal. Il réalise ainsi dans le département de nombreux décors modestes comme le Blason de Saint-Cannat pour la façade de la Caisse d’épargne (rue Jules Guesde, Saint-Cannat) ou un bas-relief pour une ancienne boulangerie (devenue auto-école, rue Lisse des Cordeliers, Aix). Il est également l’auteur de la Marianne de la mairie de Vernègues

Fernand Mariaud, bas-relief
93 bd de la Libération, 1er arrondissement
Fernand Mariaud, bas-relief
2-4 rue Léon Bourgeois, 1er arrondissement

Quant aux reliefs décorant l’immeuble marseillais à cheval sur le boulevard de la Libération et la rue Léon Bourgeois, ils auraient été commandés par Noël Guiol, le promoteur de l’immeuble, avec l’accord de l’architecte Gilbert Pacconi.

lundi 30 novembre 2015

Le rond-point de Mazargues avant l’Obélisque

Jean-Marc Nardini, l’un de mes lecteurs amoureux de Mazargues, a relevé quelques incohérences dans mon blog. Le 1er mai 2013, j’avais reproduit un projet de fontaine pour le rond-point de Mazargues que je datais du Second Empire. Or le boulevard Michelet et ledit rond-point datent des années 1890. Il est possible que des projets aient été imaginés vers 1860 mais celui-ci est sans doute plus tardif.

Projet de fontaine pour le rond-point de Mazargues
Plan et élévation
Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 7 O 17-3

Le projet prévoyait une colonne, inspirée de celle de la fontaine Saint-victor qui se trouve aujourd’hui au parc Borély ; pour des raisons d’économie, elle n’a sans doute jamais été réalisée… ce que semble prouver une carte postale que Jean-Marc Nardini m’a communiquée.

Fontaine du rond-point de Mazargues
Carte postale, vers 1905-1910

Cette fontaine a disparu vers 1910-1911, lorsque l’obélisque qui se dressait sur la place Castellane a été transféré à Mazargues pour céder sa place à la fontaine Cantini. Il n’en subsiste guère que les masques de lion qui ornent à présent le piédestal de l’obélisque mais qui ont perdu leur fonction première : cracher de l’eau.

Piédestal de l’obélisque
Rond-point de Mazargues, 9e arrondissement
© Xavier de Jauréguiberry

samedi 14 novembre 2015

Jean Bouin (Constant Roux sculpteur)

Je pensais avoir tout dit sur le Jean Bouin de Constant Roux (1865-1942) ; je me trompais. Pourtant, j’avais retracé l’histoire du monument qui jusqu’à peu encore ornait le parvis du stade Vélodrome (notice du 6 février 2011) et présenté le buste qui surmonte le cénotaphe du champion mort pour la patrie au cimetière Saint-Pierre (notice du 9 février 2011).
Or, il se trouve que la réduction de la statue a servi de trophée sportif. C’est ce que je souhaite évoquer aujourd’hui : l’éditeur de ladite réduction – la fonderie Susse Frères – crée en effet, en 1935, un challenge dont le prix est la statuette de Jean Bouin ; elle récompense chaque année le meilleur coureur de demi-fond français avant d’être remise en jeu. Seul un athlète remportant cinq fois le titre pouvait prétendre à la garder définitivement, ce que parvint à faire Marcel Hansenne.

Constant Roux, Jean Bouin, réduction bronze
Exemplaire du Musée national du Sport, Paris

Toutefois, avant même que la statuette devint un trophée, Constant Roux semble avoir réalisé un bas-relief dans ce but. Effectivement, ce week-end, la salle de ventes aux enchères de Villeneuve-sur-Saône vend une plaque de bronze à patine noire figurant Jean Bouin courant, dans la même attitude de nu héroïque que dans la statue ; à l’arrière-plan, une barrière sur laquelle le sculpteur a signé symbolise la limite de la piste. Cette œuvre de 47 cm par 42 cm est fixée à un panneau en chêne ; une plaque la dédie Marcel Reliat, spécialiste du 400 m, champion de France en 1930 à Lyon. Mais, peut-être, le relief avait-il déjà servi de trophée avant cette date si l’on considère la partie qui semble grattée – comme si on avait effacé une inscription – sous le pied droit de l’athlète.

Constant Roux, Jean Bouin, bas-relief bronze
Salle des ventes de Villeneuve-sur-Saône

mercredi 21 octobre 2015

L’Abbé Allemand (François Carli sculpteur)

À 18 ans, le Marseillais Jean-Joseph Allemand (1772-1836) exprime son désir de devenir prêtre contre l’avis de ses parents. Il est vrai que la Révolution vient d’éclater et que, bientôt, une vocation ecclésiastique pourrait conduire à l’échafaud ! À 20 ans, il entame donc sa formation en cachette, auprès de l’abbé Reimonet qui l’accueille sous son toit. En 1797, le traité de Tolentino signe la paix entre la République française et les États pontificaux ; de fait, l’évêque de Grasse, Mgr Prunières, peut désormais venir à Marseille et ordonner le jeune homme le 19 juillet 1798.
Cet apaisement, renforcé par le concordat de 1801, permet au nouveau prêtre d’organiser des activités pour les jeunes dès 1799. Ce sont les prémices de l’Œuvre de Jeunesse, devenue avec le temps l’Œuvre Allemand. Malgré des tensions politiques – l’Œuvre est fermée entre 1809 et 1814 mais poursuit ses activités de façon clandestine – et de multiples déménagements, l’institution grandit sous le regard bienveillant de son fondateur. Enfin, en 1820, elle s’installe dans une grande ferme – transformée par la suite en bastide – aux abords de la rue Saint-Savournin, site qu’elle occupe toujours.

François Carli, L’Abbé Allemand, statue, marbre, 1899
Œuvre Allemand, 41 rue St-Savournin, 5e arrondissement

À l’occasion du centenaire de l’Œuvre en 1899, une statue en marbre du prêtre fondateur est commandée au sculpteur catholique François Carli (1872-1957). Le littérateur Elzéard Rougier (1857-1926) la décrit de la sorte dans Le Petit Marseillais du 9 mai 1899 : « Le saint prêtre est représenté grandeur nature, assis au bord de son pauvre fauteuil, le buste penché, la figure illuminée par la pensée intérieure, dans la pose qui lui fut habituelle. Sous la soutane, on distingue la maigre anatomie de son corps usé par les veilles et les privations. Ses mains sont longues et minces, d’un modèle admirable. De l’ensemble de l’œuvre, il se dégage une harmonie sincèrement religieuse, une vérité d'expression extraordinaire. C’est bien l'abbé Allemand ascétique et détaché de toutes les choses d’ici-bas. » La bénédiction et l’inauguration officielle se déroulent le lendemain 10 mai.

François Carli, L’Abbé Allemand, esquisse, terre cuite, vers 1899
Œuvre Allemand, 41 rue St-Savournin, 5e arrondissement

Comme à son habitude, François Carli – qui est également mouleur – moule la maquette en terre cuite de statue. Ces modèles réduits, en plâtre et d’une trentaine de centimètres de hauteur, sont vendus 10 francs. S’il s’agit de souvenirs pour les acquéreurs, c’est sans doute également un moyen de financer la taille du marbre.
Au sortir de la 1ère Guerre mondiale, alors que de nombreux enfants se retrouvent orphelins, le l’Œuvre de jeunesse de Jean-Joseph Allemand prend sans doute une importance inégalée jusqu’alors. Cela explique vraisemblablement pourquoi le sculpteur décide de l’exposer à Paris, au Salon de la Société des artistes français, en 1920. La sculpture y est remarquée et le jury lui accorde une médaille de bronze. Une inscription sous le dossier de la chaise rappelle cet épisode… mais avec une erreur de date pour l’exposition !

François Carli, L’Abbé Allemand, statue, marbre, 1899
Inscription
Œuvre Allemand, 41 rue St-Savournin, 5e arrondissement

dimanche 11 octobre 2015

Berthe Girardet

J’ai récemment acheté un numéro de la revue hebdomadaire illustrée pour la jeunesse féminine Le Noël ; moi aussi, j’ai été surpris de découvrir qu’une revue intitulée Le Noël paraissait toute l’année, et ce depuis 1894 ! Dans le numéro 1887 du 20 août 1931, une certaine Magdeleine Popelin publie un article de quatre pages consacré à la sculptrice marseillaise Berthe Girardet (1861-1948).
Cet article me paraît intéressant à plus d’un titre. Il reproduit d’abord Sérénité, un grand bas-relief en pierre réalisé pour la cité phocéenne. Il cite ensuite des œuvres monumentales comme la fontaine commémorative de Chaulmes (Somme) qui m’étaient inconnues. Enfin et surtout, il donne des informations rares et précieuses sur la vocation et la formation de l’artiste à Marseille.

Magdeleine Poupelin, « Artistes d’aujourd’hui – Berthe Girardet »
Le Noël, 20 août 1931, p.260-263

mercredi 30 septembre 2015

Groupes Louis XIV (Charles Delanglade sculpteur)

En 1911, le banquier marseillais Joseph Bonnasse (1877-1936) restructure le parc de sa bastide de sa bastide du Cabot, le château de La Rouvière. Outre la plantation de conifères et le réaménagement des parterres à la françaises, il commande à son beau-frère par alliance, le sculpteur Charles Delanglade (1870-1952), un ensemble de trois groupes dans le goût du XVIIe siècle pour décorer le grand bassin.
Il s’agit-là de la commande monumentale la plus importante de l’artiste. Il commence par le motif central composé d’une jeune femme jouant avec trois enfants. L’œuvre mesure 3,5 m de long sur 1,30 m de profondeur ; quant à la hauteur, elle avoisine les 1,5 m. Le modèle en plâtre est confié à la Société du Val d’Osne pour y être fondu en bronze, au début de l’année 1912, moyennant 6060 francs.

Charles Delanglade, Groupe Louis XIV – Femme et enfants
Modèle plâtre, archives de la Société du Val d’Osne

Charles Delanglade, Groupe Louis XIV – Femme et enfants
Bronze, 83 boulevard du Redon, 9e arrondissement

Les deux groupes complémentaires, de moindre ampleur, sont modelés en 1913. Il figure chacun un enfant et un dauphin. Un premier putto chevauche son poisson, représentation traditionnelle du dauphin dans l’iconographie classique ; le second l’étreint de son bras droit. Les deux groupes mesurent 1,55 m de long pour 0,90 m de hauteur. La Société du Val d’Osne les fond en bronze en janvier 1914 pour 1800 francs.

Charles Delanglade, Groupe Louis XIV – Enfants et dauphins
Modèles plâtre, archives de la Société du Val d’Osne

Charles Delanglade, Groupe Louis XIV – Enfant et dauphin n°1
Bronze, 83 boulevard du Redon, 9e arrondissement

Charles Delanglade, Groupe Louis XIV – Enfant et dauphin n°2
Bronze, 83 boulevard du Redon, 9e arrondissement

Aujourd’hui, le château de La Rouvière a disparu et cédé la place à des barres d’immeubles. Seuls le bassin et ses sculptures gardent encore le souvenir de cette bastide. On sent que ce patrimoine est considéré, mais sa mise en valeur laisse malheureusement à désirer : les spots posés directement sur les bronzes et les tuyaux d’arrosage les transformant en fontaine ne sont pas du meilleur goût et bien trop visibles ! 

jeudi 24 septembre 2015

François Bouché. Courbes & Espaces

Les musées, en général, consacrent peu d’expositions monographiques à des sculpteurs. À Marseille, si je ne me trompe pas, la dernière datait de 1994 pour le tricentenaire de la mort de Pierre Puget (1620-1694). C’est donc un événement que l’exposition François Bouché. Courbes & Espaces organisée au musée Regards de Provence de septembre 2015 à mars 2016. Elle marque le dixième anniversaire de la disparition de l’artiste (1924-2005).
Cette exposition n’aborde pas les œuvres publiques du sculpteur mais propose un ensemble de petites sculptures en bronze, intimes, appartenant pour la plupart à ses héritiers. Pourtant, ce ne sont pas ces bronzes qui m’ont le plus touché : on y sent parfois trop l’influence des maîtres qui l’inspiraient tels Brancusi, Laurens, Giacometti ou Moore. À mon goût, il y a surtout quelques marbres sensuels (dont l’un m’évoque Picasso), quelques grands bronzes émouvants et quelques dessins monumentaux d’une grande force. Quoi qu’il en soit, c’est une exposition à ne pas manquer !

François Bouché, Le Lait, marbre

François Bouché, Femme à la Fenêtre, marbre

François Bouché, Le Silence, dessin

François Bouché, Le Silence, bronze

samedi 29 août 2015

Académiciens dans la ville

Parallèlement à l’exposition Entrez à l’Académie, Élisabeth Mognetti – académicienne, commissaire de ladite exposition et présidente de l’association Essor – a souhaité prolonger la visite par une promenade urbaine. Ainsi est née l’idée d’un plan-guide des Académiciens dans la ville. Ce dépliant, disponible gratuitement à l’Alcazar ou à l’office du tourisme, recense les rues marseillaises ainsi que quelques lieux, œuvres et monuments illustrant l’activité des membres de l’Académie des Sciences, Lettres et Arts de Marseille. Dans ce projet, j’ai rédigé, pour ma part, les notices biographiques succinctes des académiciens concernés.

Académiciens dans la ville
Plan-guide

mardi 18 août 2015

Entrez à l’Académie

Entrez à l’Académie
Bibliothèque de l’Alcazar, 1er arrondissement

L’Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Marseille expose à l’Alcazar, du 11 juillet au 17 octobre 2015, une partie de ses riches collections, dons de ses membres ou de leurs familles habituellement conservés dans ses locaux de la rue Thiers. Fondée en 1726, cette noble institution a compté en son sein nombre de sculpteurs depuis Barthélemy Chardigny (1757-1813) jusqu’à François Bouché (1924-2005) – sur lequel je reviendrai prochainement, le musée Regards de Provence lui consacrant une exposition monographique à l’automne – sans parler des statuaires qui furent membres associés (André Allar, 1845-1926) ou membres correspondants (Jean-Joseph Foucou, 1739-1821). On y trouve donc un riche ensemble de sculptures.


Barthélemy Chardigny, Claude-François Achard
Buste, terre cuite, vers 1800-1810
Bibliothèque de l’Alcazar, 1er arrondissement 

Salles d'exposition
Bibliothèque de l’Alcazar, 1er arrondissement

J’ai consacré de nombreuses notices à tous les sculpteurs provençaux liés à l’Académie de Marseille. Aussi ai-je décidé aujourd’hui de mettre l’accent sur un artiste de renommée mondiale qui devint membre associé le 7 mars 1913 : Antonio Canova (Possagno, 1er novembre 1757 – Venise, 13 octobre 1822). Celui-ci rencontra dans son atelier romain le secrétaire de l’Académie auquel il exprima son désir de devenir membre associé. Peu avant son élection, ledit secrétaire demanda à Canova un exemplaire en plâtre de son autoportrait colossal sur lequel il l’avait vu travailler. Selon l’académicien, le buste « décorerait avec orgueil le lieu [de leurs] séances » (correspondance du 7 mars 1813). C’est ainsi que l’Académie entra en possession d’un chef-d’œuvre du néoclassicisme !

Antonio Canova, Autoportrait
Buste, plâtre patiné terre cuite, 1813
Bibliothèque de l’Alcazar, 1er arrondissement

Cette exposition est riche, instructive et même ludique. Elle est surtout gratuite ! Je la recommande vivement à tous les Marseillais et à tous les touristes de passage.

jeudi 30 juillet 2015

Adolphe Thiers (Claude Vignon sculptrice)

Ce matin, La Marseillaise a consacré une double page à une sculpture dont la trace avait été perdue. Cette redécouverte, due au journaliste David Coquille, est intéressante à plus d’un titre.

La Marseillaise
Une du 30 juillet 2015

D’abord, il s’agit de l’œuvre d’une femme au destin romanesque : Claude Vignon, pseudonyme de Marie-Noémi Cadiot (Paris, 1828 – Saint-Jean-Cap-Ferrat, 1888). En 1843, la jeune fille s’amourache d’Alphonse-Louis Constant, dit Éliphas Lévi, diacre défroqué, écrivain libre-penseur et artiste ; son père oblige l’amant à l’épouser le 13 juillet 1846 sous menace d’une accusation de détournement de mineure. Mais leur mariage ne survit pas au décès de leur fille en 1854. Elle le quitte pour le marquis de Montferrier. Parallèlement, elle apprend la sculpture auprès de James Pradier et expose au Salon, fréquente un club féministe et écrit des feuilletons littéraires sous le pseudonyme de Claude Vignon. Figure du Paris impérial, elle épouse le 3 septembre 1872 le député républicain de Marseille Maurice Rouvier (1842-1911).

Claude Vignon, Adolphe Thiers premier président de la République
Buste, marbre, 78 cm x 55 cm, 1879
Lycée Thiers, 1er arrondissement
© David Coquille

Intéressant ensuite par le destin de ce buste. La sculptrice l’expose au Salon des Champs-Élysées de 1879 (n°5412) où il est acquis par l’État. Adolphe Thiers (1797-1877) étant marseillais, l’œuvre est déposée dans la foulée au musée des beaux-arts de Marseille. Toutefois, si elle est exposée dans la galerie des sculptures, ce n’est que pour peu de temps. En effet, en janvier 1881, le radical Jean-Baptiste Brochier remporte les élections municipales et le siège de maire : celui-ci s’oppose aussitôt à l’érection d’un monument public en l’honneur de l’homme qui a brisé la Commune (cf. notices des 12 mars 2008 et 26 septembre 2011) ; il est probable que le buste soit alors remisé dans les réserves du musée.
Le portrait de Thiers sort vraisemblablement de son purgatoire en 1930 au moment où le Grand Lycée prend le nom de Lycée Thiers… contre l’avis de la municipalité de gauche qui aurait préféré le nom moins polémique d’Edmond Rostand ! C’est sans doute à cette époque où on l’érige dans la cour d’honneur dudit lycée… où il ne reste guère ! On le déplace dans un couloir, puis finalement, en 1990, un employé le déménage dans les réserves d’une extension moderne de l’établissement.
Aujourd’hui, l’œuvre de Claude Vignon pourrait peut-être retrouver une place d’honneur… si la haine passionnée qui accable Adolphe Thiers s’est enfin éteinte. Ce n’était pas le cas lors des événements de mai 1968 lorsque les lycéens avaient rebaptisé leur école lycée de la Commune de Paris ! Peut-être serait-il simplement temps de se rappeler que le premier président de la République était marseillais !

mardi 21 juillet 2015

François Bouché

Voici une notice enrichie tirée de mon Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence, Alpes, Côte-d’Azur :

Bouché François (Sermiers, Marne, 17 juillet 1924 – Marseille, 18 avril 2005), sculpteur.

François Bouché, Messidora, statue, marbre, 1994
Square des frères Ambrogiani, 8e arrondissement
© Xavier de Jauréguiberry
(J’aime bien cette allégorie de l’été et du farniente, 
tout à fait de saison !)

Élève de Germaine Richier, Constantin Brancusi, Ossip Zadkine et Henry Laurens, il est tour à tour logiste au concours de Rome, lauréat de l’Institut de France et grand prix de l’Académie de Provence. À partir de 1951, il enseigne le dessin et la sculpture à l’école des Beaux-Arts de Marseille. Par ailleurs, il reçoit de nombreuses commandes publiques monumentales comme les hauts-reliefs de la crypte du Mémorial de la Résistance au Mont Valérien. Toutefois, il est surtout actif dans les Bouches-du-Rhône : un grand Crucifix en acier et argent, le baptistère et le fronton de l’église Saint-Georges des Catalans (Marseille, 1959-1962), Nostradamus (Salon-de-Provence, 1964 ; remplacé en 1978 par une seconde version plus imposante), La Méditerranée en grès pour le Port autonome de Marseille (gare maritime de la Joliette, 1978)... Le 2 juin 1983, il est élu membre de l’Académie de Marseille.

mercredi 17 juin 2015

Projet de monument à Gustave Ganay (sculpteur inconnu)

Le samedi 27 juin prochain, la maison de ventes Coutau-Bégarie vendra aux enchères à l’hôtel Drouot, à Paris, un projet en plâtre de monument au coureur cycliste Gustave Ganay (1892-1926), mort des suites d’une chute à vélo consécutive à l’éclatement de son pneu, au Parc des Princes, le 23 août 1926. C’est du coup l’occasion de compléter une notice que j’ai rédigée le 18 janvier 2011 à ce propos.

Anonyme, Projet de monument à Gustave Ganay, 1938
Maquette plâtre, H. 65cm – L. 80 cm
Estimation : 2 000 € / 2 500 €

Cette superbe maquette qui montre le cycliste dans l’action de façon très stylisée, mélange de futurisme et d’art déco, est l’un des projets qui participe au concours organisé en 1938 par le quotidien Le Petit Marseillais. À l’issue dudit concours, la réalisation du monument échoit au grand prix de Rome marseillais Élie-Jean Vézien (1890-1982)… Hasard des calendriers, la maquette de Vézien pour ce monument sera elle-même montrée au public, cet été, à la bibliothèque de l’Alcazar, dans l’exposition que l’Académie de Marseille consacre à son patrimoine. Espérons que ce sera également l’occasion pour la ville de Marseille de replacer le monument réalisé sur le parvis du Stade Vélodrome dont les travaux sont achevés.

Élie-Jean Vézien, Gustave Ganay
Maquette plâtre avec clous de mise au point, 1938
Académie de Marseille, 1er arrondissement

Élie-Jean Vézien, Monument à Gustave Ganay, 1938
Parvis du Stade Vélodrome (avant son enlèvement pour travaux), 8e arrondissement

lundi 8 juin 2015

Henri Lombard (Daniel Bérard peintre)

Hier, j’ai acheté un superbe portrait peint représentant le sculpteur Henri Lombard (1855-1929). J’avais déjà croisé la route de ce tableau, en 1994 : il appartenait alors à la fille de l’artiste que j’avais rencontrée au cours de mes recherches de thèse. Deux décennies plus tard, je suis tombé dessus en farfouillant sur Ebay.

Daniel Bérard, Henri Lombard, h/t, vers 1878-1880
Collection personnelle

C’est une huile sur toile de qualité, mais ni signée ni datée. D’après l’âge du modèle, je situe son exécution autour de 1880. Or, il se trouve que le peintre brésilien Daniel Bérard (1848-1910) a exposé au Cercle artistique de Marseille, en avril 1880, un portrait du statuaire. Le Petit Marseillais du 20 avril 1880 en parlait de la sorte : « M. Daniel Bérard (peintre) a campé et reproduit dans une charmante allure le sculpteur M. Lombard » (L. Sifferman, « Exposition de peinture au Cercle artistique de Marseille »). Ce même portrait est peut-être également le Portrait de M. H. L… exposé au Salon des Champs-Élysées de 1878.
Henri Lombard a vraisemblablement convaincu l’artiste brésilien d’effectuer un séjour à Marseille et d’exposer au Cercle artistique où lui-même présente un médaillon en bronze, Mme A. R… Ce médaillon, dont le modèle en plâtre figure au Salon des Champs-Élysées de 1879 (n°5191), lui obtient d’ailleurs le prix de sculpture (500 francs), ex æquo avec Émile Aldebert (1828-1924).
Quoi qu’il en soit, il est fort probable que mon acquisition soit le portrait peint par Daniel Bérard.

Addenda du 13 mars 2016 : J’ai trouvé une autre critique de ce tableau dans La Provence artiste du 15 mai 1880. Louis d’Outremer le présente ainsi : « Daniel Béraud [sic]. Le n°15 est le Portrait d’un jeune homme ; c’est bien campé, peint largement. Nous désirerions cependant plus d’air entre le fond et le personnage. »  

Addenda du 28 juillet 2016 : Le peintre brésilien et le sculpteur marseillais se connaissent depuis plus longtemps que je ne le supposais. En effet, Daniel Bérard (de Rio de Janeiro) se forme à l’école des Beaux-Arts de Marseille au début des années 1870. Ainsi, Lombard et Bérard sont-ils tous deux primés au concours d’académie d’après la bosse au cours de l’année scolaire 1872-1873 : le premier obtient le 2e 2nd prix et le second une médaille d’encouragement.

Henri Lombard, Le Faune au chevreau, dessin, 1873
Archives municipales de Marseille

Daniel Bérard, Le Faune au chevreau, dessin, 1873
Archives municipales de Marseille

vendredi 5 juin 2015

Fontaine aux oiseaux (Jean-Michel Folon sculpteur)

Le mercredi 27 mai 2015, le peintre et sculpteur belge Jean-Michel Folon (1934-2005) a obtenu une enchère à 275 440 € frais compris – record mondial pour cet artiste – pour une sculpture en bronze à patine verte intitulée Fontaine aux oiseaux. Cette œuvre grandeur nature (178 x 180 x 130 cm), datée de 1994, a été tirée en huit exemplaires par le fondeur Romain et Fils. Or il se trouve que la statue a été conçue pour orner le bassin de la cascade du parc Borély. Depuis 1995, les Marseillais profitent donc gratuitement d’un double de ce chef-d’œuvre hors de prix !

Jean-Michel Folon, Fontaine aux oiseaux, bronze, 1994
 statue et dédicace © Xavier de Jauréguiberry
Parc Borély, 8e arrondissement

L’iconographie présente un homme en pardessus et chapeauté tendant le bras et la main comme pour inviter les oiseaux de plume ou d’airain à s’y poser et à picorer une nourriture imaginaire. On reconnaît bien là la poésie de cet artiste célèbre pour son générique d’Antenne 2 dans les années 1970.

vendredi 29 mai 2015

Henri Raybaud

L’Académie de Marseille prépare une exposition - qui se tiendra cet été à l’Alcazar - sur son histoire et ses membres… ce qui m’a donné accès à des informations biographiques qui m’échappaient jusqu’alors. C’est le cas notamment pour la date de décès du sculpteur Henri Raybaud (Marseille, 4 juin 1879 – Marseille, 16 août 1942) qui a été élu membre de l’Académie, titulaire du fauteuil 34, le 18 mai 1933.
Je profite de cette information pour publier aujourd’hui quelques tombes du cimetière Saint-Pierre sculptées par Henri Raybaud :

H. Raybaud, La Douleur, statue marbre, 1913
 Tombe Léon Paul, cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

H. Raybaud, Maria Perrimet, médaillon marbre, vers 1915-1920
Tombe Perrimet, cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement

H. Raybaud, La Douleur consolée par un ange, statue pierre, 1924
Tombe Antonin Lains, cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement