lundi 29 août 2016

Jules Cantini (Raymond Servian sculpteur)

Cette année correspond au centenaire de la mort du marbrier et mécène marseillais Jules Cantini (1826-1916). Apparemment, cet anniversaire n’a guère ému la cité phocéenne ; seul le Comité du Vieux-Marseille s’en est souvenu et lui a consacré une conférence. Heureusement, Céline Laforest, historienne d’art spécialiste de l’exploitation du marbre, a décidé de lui consacrer une monographie et m’a demandé de la cosigner ; la publication est prévue pour l’année prochaine.

Raymond Servian, Jules Cantini, buste, modèle plâtre, vers 1936
Réserves du musée des beaux-arts de Marseille

Raymond Servian, Jules Cantini, buste, marbre, 1936
Ensemble et signature
Hall du musée Cantini, 6e arrondissement

C’est l’occasion pour moi de présenter aujourd’hui un portrait de Jules Cantini. La commande émane de la municipalité qui souhaite installer l’effigie du bienfaiteur dans le hall du musée Cantini pour l’inauguration dudit musée, le 10 avril 1936. La commande échoit au sculpteur Raymond Servian (1903-1954), fils du critique d’art et académicien marseillais Ferdinand Servian (1861-1934). L’artiste conçoit un buste en hermès, donnant à l’œuvre une allure un peu massive. Jules Cantini porte un costume agrémenté d’une lavallière et de la rosette de la Légion d’honneur (il est nommé chevalier en 1887 et officier en 1908). 

vendredi 19 août 2016

Jean-Joseph Foucou

Cet été, le Palais Longchamp propose une très belle exposition : Marseille au XVIIIe siècle. Les années de l’Académie de peinture et de sculpture, 1753-1793. Parmi les quelques sculpteurs figurant dans l’exposition se trouve un statuaire néoclassique que j’aime particulièrement : Jean-Joseph Foucou (1739-1821). Or je me rends compte que je n’ai jamais publié la notice qui lui est consacrée dans le Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence Alpes Côte-d’Azur :

FOUCOU Jean-Joseph (Riez, 7 juin 1739 – Paris, 16 février 1821), sculpteur
Fils d’un menuisier, il montre très tôt des dispositions étonnantes en taillant du matin au soir les bouts de bois que délaisse son père. Il se forme d’abord à Marseille, à l’Académie de peinture et sculpture, puis à Paris auprès de Jean-Jacques Caffiéri. En 1769, il remporte le grand prix de Rome avec son Mucius Scaevola bravant Porsenna et part pour l’Italie : en 1774, il y sculpte un Faune en marbre (musée des beaux-arts de Marseille). Il est agréé à l’Académie royale de peinture et de sculpture le 23 août 1777 et reçu académicien le 3 juillet 1785 avec Un fleuve (marbre – musée du Louvre).

Jean-Joseph Foucou,
Bacchante portant un satyre, marbre, 1777
Faune au chevreau, marbre, 1774
Musée des beaux-arts de Marseille

Jean-Joseph Foucou, Un Fleuve, marbre, 1785
Musée du Louvre

Il expose au Salon de 1777 à 1812 : Bacchante portant un satyre (marbre, 1777 – musée des beaux-arts de Marseille), buste de Regnard-Dancourt (1779 – foyer de la Comédie française), buste de Lycurgue (1789 – jardin du Luxembourg), buste marbre de Jean Goujon (1812 – musée de Digne)… Il reçoit en outre diverses commandes comme une statue de Charles le Chauve pour l’église de Saint-Denis, une statue de Du Guesclin ainsi que les bustes du général Auguste Picot, marquis de Dampierre et du poète comique Florent Dumont pour Versailles. En Provence, il réalise quatre bas-reliefs sur la Vie de Saint Louis pour la chapelle du château Borély à son retour de Rome. Par ailleurs, les consuls de Salon lui commanditent un buste en marbre du Bailli de Suffren en 1884 dont le plâtre est exposé à Paris en 1785. En 1787, il soumissionne pour la réalisation d’une fontaine à Marseille en l’honneur du gouverneur de Provence, prince de Beauvau ; Alexandre-Charles Renaud lui est préféré mais le projet avorte. L’une de ses dernières œuvres est un buste en marbre de Pierre Puget (1816) qui orne aujourd’hui la colonne de la colline Puget à Marseille. Plusieurs musées conservent ses œuvres : à Marseille (Vénus sortant du bain, statue marbre, 1781 ; Monument à Puget, maquette terre cuite ; Saint Louis se rendant à Saint-Denis, dessin ; Saint Louis allant recevoir la couronne d’épines, dessin ; Derniers moments de Saint Louis, dessin), à Paris (Bacchante portant un satyre, réplique agrandie de la statue du Salon de 1777 – musée du Louvre), à Troyes (Auguste Picot, marquis de Dampierre, buste plâtre).

Alicia Adamczak, Jean-Joseph Foucou (à paraître fin 2016)

C’est également l’occasion pour moi d’annoncer la prochaine parution de la monographie d’Alicia Adamczak – Jean-Joseph Foucou (1739-1821). Catalogue raisonné – aux éditions Mare & Martin.

lundi 8 août 2016

La Madone de l’Unité (Ghiorgo Zafiropulo sculpteur)

Le 28 septembre 2015, l’association « Madone de l’Unité » a offert à la ville de Marseille une statue en bronze. Celle-ci a été érigée sur le parvis de l’église des Accoules où elle a été bénie par le vicaire général, le père Brunet, et inaugurée par le sénateur-maire Jean-Claude Gaudin.

Ghiorgo Zafiropulo assis dans son atelier
près du plâtre de La Madone de l’Unité
Photographie, 1979, archives Zafiropulo

Le sculpteur Ghiorgo – né Georges – Zafiropulo (Marseille, 7 juin 1909 – Pâlis, Aube, 18 août 1993) est issu de l’élite de la communauté grecque de Marseille. Sa position sociale s’ennoblit le 19 mai 1937 lorsqu’il épouse à Vienne, en Autriche, la princesse Isabella von Schönburg-Hartenstein (1901-1987). Le couple mène alors une vie cosmopolite parfois contrainte par les événements historiques (Autriche, France, Suisse, Irlande, Afrique du Sud).
Malgré un goût prononcé pour l’art sans doute hérité de son père Polybe Zafiropulo (1868-1951, grand collectionneur de faïences marseillaises du XVIIIe siècle), Ghiorgo Zafiropulo s’adonne à la sculpture tardivement, de retour du Transvaal (1947-1955) où il avait créé sans grand succès une exploitation agricole délevage. Dans les années 1960, il modèle des statuettes animalières (chevaux, taureaux) et des danseurs. À la fin des années 1970, épris de spiritualité mêlant catholicisme et bouddhisme, il se consacre à une œuvre monumentale, La Madone de l’Unité.

Ghiorgo Zafiropulo, La Madone de l’Unité, bronze, 1979/2015
Parvis de l’église des Accoules, 2e arrondissement
Ensemble et monogramme GZ du sculpteur

La Madone de l’Unité est une Vierge à l’Enfant. Les visages des deux personnages puisent leur inspiration dans le suaire de Turin, leur conférant une expression douloureuse et résignée. Le groupe repose sur un dodécaèdre de douze pentagones réguliers s’inscrivant dans une sphère, symbole platonicien de perfection : le socle évoque simultanément le nombre d’or, le ciel et la terre, et par extension la présence divine.
Le monument (Madonna dell’Unita), d’une hauteur totale de 2,10 m, est fondu en 1979 et installé dans la communauté des Focalari, à Mariapoli Loppiano, en Toscane, dans laquelle l’artiste a vécu plusieurs mois. En 1981, il fait fondre une seconde version, prenant ici le vocable de Notre-Dame de la Très Sainte Espérance, pour Saint-Étienne-de-Tinée, dans les Alpes-Maritimes.
En 2015, l’association « Madone de l’Unité » a donc commandé à la fonderie florentine Il Cesello, avec laquelle Ghiorgo Zafiropulo a travaillé, une nouvelle fonte destinée à la ville natale du sculpteur. Désormais, la statue participe à la vie spirituelle de l’église des Accoules : un jour de fête lui est même consacré, coïncidant avec celui du « Saint Nom de Marie ». Cette cérémonie avec une messe sera célébrée le samedi 17 septembre prochain, à 18 heures.

Pour en savoir plus sur Ghiorgo Zafiropulo, je vous renvoie au site de Marina Lafon, petite-nièce du sculpteur et présidente de l’association « Madone de l’Unité » : www.zafiropuloghiorgo.com