jeudi 12 octobre 2017

Le peintre Georges Chauvier de Léon (Émile Aldebert sculpteur)

Samedi 14 octobre, le commissaire-priseur marseillais Damien Leclère vend aux enchères un petit buste en bronze, haut de 37 cm, représentant le peintre Georges Chauvier de Léon (Paris, 1835 – Sanary-sur-Mer, 1907). Cet artiste parisien effectue ses études artistiques à Marseille - il habite au n°39  de la rue Saint-Jacques - sous la férule d’Émile Loubon (1809-1863) et se fait une spécialité des paysages camarguais qu’il expose dans la capitale au Salon des artistes français. Il fréquente également les expositions régionales de Montpellier, Nîmes, Toulon et bien sûr Marseille.

Georges Chauvier de Léon, Paysage en Camargue
Vente Leclère, lot 28

Georges Chauvier de Léon, Les-Saintes-Maries-de-la-Mer
Vente Leclère, lot 33

Le sculpteur Émile Aldebert (Millau, 1827 – Marseille, 1924), autre élève de Loubon, réalise son portrait en 1879. L’activité du modèle est rappelée par la palette et les pinceaux sis sur le piédouche. Le petit format du buste montre qu’il s’agit d’une œuvre intime et non une commande officielle, ce que corrobore la dédicace gravée sur le côté : à mon ami / Chauvier de Léon / E. Aldebert / 1879. L’estimation de ce beau portrait est de 500/700 €.
Émile Aldebert, Georges Chauvier de Léon, bronze, 1879
Vente Leclère, lot 31

mardi 3 octobre 2017

La Mer et l’Océan (Armand Toussaint sculpteur)

Pascal Coste, Palais de la Bourse, façade principale
9 La Canebière, 1er arrondissement

Le 11 août 1857, la Chambre de Commerce de Marseille accepte les sculpteurs proposés par l’architecte Pascal Coste (1787-1879) pour décorer le palais de la Bourse alors en chantier. Le sculpteur parisien Armand Toussaint (1806-1862) obtient la réalisation d’un long bas-relief pour la loggia à colonnade et du couronnement de l’attique moyennant 38 000 francs.
L’artiste, élève de Pierre-Jean David d’Angers (1788-1856), obtient un Second Grand Prix de Rome en 1832. Cela lui ouvre les portes des grands chantiers de la capitale (Notre-Dame de Paris, Palais de Justice, Sainte-Clotilde, Louvre). Parallèlement, il exerce comme professeur de sculpture à l’École des beaux-arts de Paris et, en 1852, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur. C’est donc un artiste très officiel qui reçoit la principale commande décorative de la façade.

Armand Toussaint, La Mer et L’Océan, 1859
Couronnement de l’attique du palais de La Bourse

Pour le couronnement de l’attique, l’iconographie figure La Mer (Méditerranée) et l’Océan encadrant le blason de la ville de Marseille couronné de rameaux de chêne (Force) et d’olivier (Paix). Les deux allégories reprennent la tradition des divinités marines de l’antiquité, armées d’un trident. Toussaint sculpte son modèle dans son atelier parisien. Puis, à partir de mai 1859, ses praticiens descendent à Marseille pour dégrossir la pierre et reproduire la maquette à l’échelle. Le sculpteur, pour sa part, n’arrive que le 5 septembre suivant pour achever la taille ainsi que signer et dater son œuvre en bas à droite. La tâche est terminée le 9 septembre 1859.

lundi 25 septembre 2017

Le général Alfred Fetter (Antoine Sartorio sculpteur)

Les sculptures d’Antoine Sartorio (1885-1988) sont rares sur le marché de l’art. D’abord parce que son œuvre se compose principalement d’art monumental ; ensuite, parce que la famille est parvenue à conserver le fonds d’atelier de l’artiste, à Jouques (Bouches-du-Rhône). Aussi ce fut une surprise pour moi de tomber ce week-end, à la foire aux antiquités de Chatou (Yvelines), sur un buste en marbre – jusqu’alors inconnu – signé par Sartorio.

Antoine Sartorio, Le général Alfred Fetter, marbre, 1919
H. 60 cm – L. 45 cm – P. 25 cm
Ensemble et signature

Le buste représente un général alsacien, Alfred Fetter (1860-1929). Né français, il devient Allemand lorsque la province est conquise en 1871. Il quitte l’Alsace et est réintégré français par décret du 24 décembre 1881. Après des études à Polytechnique, il fait carrière dans l’armée. En 1916, en pleine guerre mondiale, il est élevé au grade de général de brigade.
Antoine Sartorio qui combat au front jusqu’en juillet 1916, date à laquelle il intègre l’unité de camouflage, l’a peut-être croisé à cette époque. Il le portraiture à la sortie du conflit, en 1919, au moment où le traité de Versailles rend l’Alsace et la Lorraine à la France. La mention Strasbourg, sous la signature, évoque sans doute ce fait cher au cœur du militaire.

vendredi 8 septembre 2017

Agrandissement du port de Marseille (Antoine Bovy médailleur)

Dans les années 1830-1840, l’agrandissement du port de Marseille devient un enjeu majeur pour le négoce phocéen. La forte croissance de la fréquentation et du tonnage des navires nécessite davantage d’espace, davantage de profondeur. En 1837, les ingénieurs des Ponts et Chaussées pensent améliorer le port par son approfondissement et son élargissement en gagnant sur la vieille ville : on envisage alors la destruction de 600 maisons entre la Consigne et la place Vivaux pour gagner 4 à 5 hectares. Le coût des expropriations semble ruineux, mais l’État juge nécessaire l’amélioration des infrastructures portuaires de Marseille. De fait, la loi du 9 août 1839 alloue à ce projet 7,2 millions. La Chambre de Commerce y ajoute 800 000 francs mais la manne étatique aiguise ses ambitions : elle demande une nouvelle étude pour un port auxiliaire, destiné au cabotage des vapeurs, de « la plus grande étendue possible »[1]. Cette étude aboutit à la fin de l’année 1842 au projet du port de la Joliette, validé par la loi du 5 août 1844.

Antoine Bovy, Agrandissement du port de Marseille, 1844
Médaille en bronze, collection particulière
Avers et revers

Le sculpteur et médailleur français d’origine suisse Antoine Bovy (1795-1877) réalise une médaille commémorant cette décision. L’avers présente le profil gauche du roi Louis-Philippe coiffé d’une couronne de chêne, symbole de force ; le revers offre une vue maritime de Marseille avec son Vieux-Port et le nouveau port de la Joliette.



[1] Archives de la Chambre de Commerce de Marseille, délibération du 27 août 1839.

mardi 8 août 2017

Monseigneur Louis Robert (Antoine Bontoux sculpteur)

Ce soir, sur Ebay, est vendu un buste d’Antoine Bontoux (1805-1892) représentant Mgr Louis Robert (1819-1900), évêque de Marseille de 1878 à 1900.

Antoine Bontoux, Mgr Louis Robert
Buste en plâtre patiné, 1887

Le 25 août 1887, le clergé marseillais offre à son évêque un buste en bronze à son effigie. Pour cela, il s’adresse au vieil Antoine Bontoux, professeur de sculpture à la retraite. Le prélat porte la calotte et la croix épiscopale ; quant au piédouche, il exhibe son monogramme « LR » et la signature de l’artiste.
Dans le même temps, Antoine Bontoux réalise une ou plusieurs réductions en plâtre patiné terre cuite ou médaille. Ces versions, hautes de 45 cm, sont vraisemblablement destinées au commanditaire ou aux souscripteurs les plus importants. Le buste actuellement en vente est affiché au prix de 250 euros.

mardi 1 août 2017

Paul Verlaine (André Verdilhan sculpteur)

En 1906, le sculpteur André Verdilhan (1881-1963) effectue ses premiers pas sur la scène artistique parisienne en exposant au 22e Salon des Indépendants, haut lieu de l’avant-garde. Il y présente six œuvres dont un buste en plâtre de Paul Verlaine (1844-1896 – n°5526). L’année suivante, se tient à Marseille le Salon de Provence, première manifestation d’art moderne de la cité phocéenne où un « symbolisme quelque peu énigmatique » côtoie un « révolutionnarisme intempestif » selon le critique Ferdinand Servian (1861-1934)[1]. L’exposition se déroule du 15 février au 15 mars 1907, dans l’ancien hôtel de la Caisse d’épargne sis au 11, rue Nicolas (aujourd’hui Édouard Delanglade), sous le patronage – entre autres – du sculpteur Auguste Rodin (1840-1917) et du fondateur du Salon d’Automne Frantz Jourdain (1847-1935). André Verdilhan y montre trois sculptures, notamment son Paul Verlaine (n°36).

André Verdilhan, Paul Verlaine, buste en plâtre, 1906
Collection particulière

Dans son article, Ferdinand Servian loue ses qualités : « Deux jeunes sculpteurs se signalent particulièrement l’un par l’acuité de son analyse, l’autre [Marius Malan, 1872-1940] par l’équilibre, la santé de sa technique où l’imagination et le pouvoir d’expression manuelle se maintiennent dans un état de parfaite tranquillité. Le premier, M. André Verdilhan, nous offre Coup de Grisou [n°38], d’une anatomie un peu confuse mais michelangélesque ; La Morte [n°37], masque impressionnant animé par le souffle de l’art, et Paul Verlaine, au front dominateur, au visage d’ascète laïque [sic]. Le jeune artiste nous est apparu là comme un Carrière de la sculpture, tant il semble avoir transporté dans son propre domaine la conception picturale de l’auteur du poème social. »[2] La référence au peintre symboliste francilien Eugène Carrière (1849-1906) est d’autant plus pertinente qu’il est lui-même l’auteur d’un portrait de Paul Verlaine.

Eugène Carrière, Paul Verlaine, huile/toile, 1880
Musée d’Orsay, Paris

Suite à cette exposition, se forme un comité composé d’écrivains, de musiciens, de peintres et d’amateurs d’art pour ériger un monument à la mémoire de Paul Verlaine ; on y trouve Frantz Jourdain, le poète François Coppée (1842-1908), le ministre dreyfusard Henri Bresson (1835-1912), le député Edmond Lepelletier (1846-1913) apparenté à Verlaine ou encore les peintres marseillais Louis-Mathieu Verdilhan (1875-1928) et Louis Audibert (1880-1983). Ce dernier, propriétaire de la campagne Carlevan sur la commune d’Allauch où doit être élevé ledit monument, coordonne les efforts du groupe qui prend le nom d’Académie d’Allauch. Par une lettre datée du 18 mars 1908, le comité sollicite le conseil municipal qui lui accorde, le 29 mars suivant, un emplacement sur l’esplanade des Écoles, une subvention de 100 francs et la concession d’un bloc statuaire. Le monument se composera du buste en marbre de Paul Verlaine d’André Verdilhan dressé sur une stèle de trois mètres avec une Muse pensive devant. Dans la foulée, le 31 décembre 1908, un arrêté ministériel accorde une allocation de 400 francs à cette œuvre.
Pourtant partie sous de bons auspices, l’érection du monument n’aboutit pas. Le 18 avril 1912, le ministère des Beaux-Arts s’inquiète de l’inauguration. Le préfet des Bouches-du-Rhône, après enquête, lui apprend que l’œuvre reste inachevée et le comité dissous. La municipalité d’Allauch qui conserve la pierre allouée, à peine ébauchée, est prête à la restituer ; quant à la subvention de l’État, elle est annulée le 6 juin 1912.



[1] Ferdinand Servian, « Beaux-Arts. Le Salon de Provence », Le Sémaphore de Marseille, 7 mars 1907.
[2] Idem.

lundi 24 juillet 2017

Le Bateau (Stéphane Hanrot architecte)

Voilà longtemps que je n’avais vu la place du Général-de-Gaulle aussi attrayante. L’aménagement actuel met en valeur la fontaine de l’architecte Stéphane Hanrot (né en 1956).

Stéphane Hanrot, Fontaine, 1995
Place du Général-de-Gaulle, 1er arrondissement

Celle-ci est érigée en 1995, à la faveur de la construction du parking souterrain et du réagencement de la place. Son concepteur lui confère une monumentalité contrastant avec le minimalisme des miroirs d’eau qui se sont multipliés dans la dernière décennie du XXe siècle. En effet, Stéphane Hanrot, en tant qu’architecte et enseignant-chercheur à l’ENSA de Marseille, est aussi attaché à l’architecture qu’au paysage urbain : son credo consiste à mieux connaître les qualités d’un environnement pour contrecarrer les processus de « médiocrisation » du cadre de vie.
La fontaine joue sur un contraste de courbes opposées entre une base massive en pierre et un bassin métallique traité tout en légèreté. Suspendu au-dessus du sol par une quille, le bassin évoque la coque d’un voilier glissant sur les flots… d’où son surnom de « bateau ». L’eau, par un système de débordement, tombe de la partie supérieure en rideau sur la base où est gravée la devise de la cité phocéenne : « Actibus immensis urbs fulget Massiliensis » (La Ville de Marseille resplendit par ses hauts faits).

samedi 15 juillet 2017

Déménagement du Chevalier Roze

Il arrive – plus fréquemment qu’on se l’imagine – que les sculptures monumentales déménagent. Souvent, l’on convoite leur emplacement pour un nouvel aménagement. Plus rarement, une statue retrouve son site d’origine. C’est ce qui est arrivé récemment au buste du Chevalier Roze (1675-1733), réalisé en 1880 par le sculpteur marseillais Jean Hugues (1849-1930).
Je ne reviendrai pas sur son histoire ; il suffira de se reporter à la notice que je lui ai consacrée le 11 mars 2008. L’œuvre, érigée en 1886 sur une architecture murale à la Tourette, reste en place au moins jusqu’en 1952.
                             
Karl, Monument du Chevalier Roze à la Tourette,
Gravure, vers 1886-1890

Baron, Monument du Chevalier Roze à la Tourette,
Photographie du 5 février 1952

Le buste en bronze est déménagé alors au square Fontaine Rouvière, où il demeure jusqu’à cette année. Un élu a sans doute eu l’idée pertinente de rapprocher le héros de la peste de 1720 du lieu de ses hauts faits. Du coup, la sculpture a été rapatriée à la Tourette et placée – dans une mise en scène minimaliste – contre l’église Saint-Laurent.

Jean Hugues, Le Chevalier Roze, bronze, 1880
Esplanade de la Tourette, 2e arrondissement

vendredi 16 juin 2017

Actualité des ventes marseillaises

Juin est toujours un gros mois pour les ventes aux enchères, avant la trêve estivale. J’ai donc décidé de mettre l’accent sur quelques œuvres intéressantes qui passent prochainement sur le marché marseillais.

Louis Patriarche, Exposition coloniale de Marseille, 1906
Plaquette en bronze argenté, 5,5 x 8,5 cm
Avers & revers

Aujourd’hui, vendredi 16 juin, l’Étude de Provence propose à la vente une belle médaille de forme rectangulaire dont l’avers reprend l’affiche de l’Exposition coloniale de 1906 peinte par David Dellepiane (1866-1932, cf. notice du 1er décembre 2016) : les habitants des colonies françaises arrivant à Marseille en bateau. Cette plaquette est l’œuvre du sculpteur-médailleur corse Louis Patriarche (Bastia, 1872 – Nîmes, 1955). L’estimation est de 350 / 450 €.

Gaston Cadenat, Débardeurs, 1935
Bas-relief en plâtre patiné, 28 x 62 cm

Vendredi 30 juin, l’étude d’Hervé Tabutin présente un sculpteur rare aux enchères : Gaston Cadenat (1905-1966). L’œuvre est une épreuve en plâtre patiné du bas-relief qui lui vaut une médaille d’argent  au Salon de la Société des artistes français de 1935 : Débardeurs. L’estimation est de 200 / 260 €.

Manufacture de la veuve Perrin, Fontaine Fossati, 1789
Surtout de table en faïence polychrome, H. 50,5 cm – L. 21 cm
Ensemble et détail

La pièce la plus intéressante est cependant proposée par l’étude de Damien Leclère, ce même vendredi 30 juin. Il s’agit d’une céramique reproduisant la Fontaine Fossati, érigée en 1778 sur la place La Tour (aujourd’hui place du Général de Gaulle) puis transférée place des Capucines (cf. notice du 8 avril 2013). Elle porte une inscription en latin : fons Marsillia Civittati Facta Fuit Anno M.DCCLXXXIX. D’autres exemplaires existent, avec des variations de couleurs, notamment musée Borelly ; pour les curieux, Marina Lafon leur a consacré un article dans la revue Marseille d’avril 2017 (n°254, Marseille en miniature, « La Fontaine Fossati, ses tribulations et ses représentations en faïences au XVIIIe siècle », p.65-71). Cette pièce rare est estimée entre 3000 et 5000 €.

lundi 5 juin 2017

Le poilu à l’assaut (Félix Guis sculpteur)

Aujourd’hui, j’ai décidé de publié un extrait de mon article « Esquisses, maquettes, modèles et autres réductions : sculpter en miniature pour rêver Marseille en monumental » paru dans la revue Marseille (n°254, avril 2017, p.86-93).

Félix Guis, Projet de monument aux morts
Maquette en plâtre, vers 1920-1925, collection particulière

Conséquence de 14-18, l’Entre-deux-guerres connaît une effervescence sculpturale sans précédent. La loi du 25 octobre 1919 encourage en effet l’érection de monuments aux morts pour la Patrie[1]. En ce qui la concerne, la cité phocéenne abandonne cette prérogative à ses quartiers qui aussitôt – soit individuellement, soit en se regroupant – forment des comités pour élever un mémorial. Ceux-ci demandent aux sculpteurs et entrepreneurs locaux, par le biais d’un marché de gré à gré ou d’un concours, des projets de monument. Les maquettes soumises symbolisent la Douleur, la Victoire ou Gallia, image de la France éternelle. Toutefois, le motif emblématique reste la figure du poilu, montant la garde ou mourant ; le poilu combattant, trop réaliste ou agressif, n’est jamais retenu. La maquette de Félix Guis en fait les frais : son soldat hurlant, un masque à gaz sur la poitrine, qui s’élance à l’assaut, prêt à jeter une grenade, ne trouve pas preneur[2]. Seule l’Union des volontaires français et alliés ose ce parti-pris pour son monument, œuvre de l’Italien Luigi Betti, érigé en 1925 au cimetière Saint-Pierre (cf. notice du 21 octobre 2013).

Luigi Betti, Monument aux Volontaires français et alliés
Statue en bronze, 1925, Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement


[1] « Des subventions seront accordées par l’État aux communes en proportion de l’effort et des sacrifices qu’elles feront en vue de glorifier les héros morts pour la Patrie. » (article 5).
[2] Guis puise son réalisme dans son expérience : mobilisé du 1er juillet 1915 au 1er août 1919, il combat au front, dans l’aviation.

vendredi 19 mai 2017

Le pavillon Rivoire & Carret (François Carli sculpteur)

Les cousins Claudius Rivoire (1835-1895) et Jean-Marie Carret (1829-1913) fondent en 1860, à Lyon, une entreprise de pâtes alimentaires. Toutefois, afin de se rapprocher de leurs matières premières provenant principalement du Maghreb, ils s’installent en 1890 à Marseille, dans le quartier Saint-Marcel (11e arrondissement). Par la suite, dans les années 1930, leur usine – dont les bâtiments labélisés patrimoine XXe ont été rachetés par la ville en 2003 – déménage à la Valbarelle (11e arrondissement).

Gabriel Héraud (architecte) et François Carli (sculpteur)
Pavillon Rivoire & Carret, 1906
Carte postale

Aujourd’hui, ce n’est pas l’usine qui m’intéresse, mais le petit pavillon Rivoire & Carret construit pour l’Exposition coloniale de Marseille de 1906. Le pavillon de style nouille – jamais style n’a été autant d’à-propos ! – est l’œuvre des Marseillais Gabriel Héraud (1866-1941) et François Carli (1872-1957). Il est érigé à l’intérieur du Grand Palais et en est un des principaux attraits. Un littérateur déclare que « l’on admire notamment les panneaux décoratifs célébrant l’apothéose des pâtes alimentaires. Certes, le sujet était plutôt ardu. Mais Carli l’a poétisé, et rien n’est joli et fin comme cette pluie de boites tombant du ciel sur un champ d’épis dorés de soleil. Les anges posés au sommet du dôme de l’édifice sont également d’exquises choses et contribuent à donner un grand cachet artistique à ce pavillon dont il est superflu de souligner l’immense succès »[1].
A propos desdits anges, ils semblent se souvenir des motifs qu’Auguste Carli (1868-1930) a créés pour le Grand Palais de l’Exposition universelle de 1900 et qu’il a repris pour signaler l’atelier-musée des frères Carli au n°6 de la rue Neuve (cf. notice du 26 février 2008).

Auguste Carli, Enfant et masque grotesque, 1899
Maquette vendue aux enchères à Drouot le 18 Mai 2016



[1] S., « L’art à l’exposition. Carli », La Vedette, 18 août 1906, p.409

mercredi 3 mai 2017

Actualité des ventes aux enchères

Samedi 20 mai 2017, une vente aux enchères monégasque dispersera une collection numismatique centrée sur le Second Empire. Parmi les médailles à vendre, deux commémorent l’inauguration de bâtiments marseillais emblématiques.

Lot 85 - Eugène-André Oudiné (Paris, 1810 – Paris, 1887)
Inauguration de palais de la Bourse, médaille en argent, 1860

L’avers représente du palais de la Bourse (Chambre de commerce), œuvre de l’architecte Pascal Coste (1787-1879), avec la date de l’inauguration le 10 septembre 1860 tandis qu’au revers, dans un cartouche posé sur l’aigle impérial, figurent les noms des membres de la chambre de commerce. L’estimation de cette médaille est de 2000 €.

Lot 143 - Louis Merley (Saint-Étienne, 1815 – Paris, 1883)
Inauguration du palais Longchamp, médaille en argent, 1869

L’avers représente le palais Longchamp, œuvre d’Henry Espérandieu (1829-1874) inaugurée le 14 août 1869, qui abrite le muséum d’histoire naturelle et le musée des beaux-arts. Sur le revers, un cartouche soutenu par les différents attributs de la mer contient une inscription de neuf lignes. L’estimation de cette médaille est de 3 000 €.

vendredi 21 avril 2017

Joseph Letz (Philippe Poitevin sculpteur)

En décembre dernier, j’ai acquis deux médaillons en plâtre, d’un diamètre de 40 cm, sculptés par Philippe Poitevin (1831-1907). L’un des deux était accidenté, mais c’est lui qui a décidé mon achat : en effet, il représente l’architecte marseillais Joseph Letz (1837-1890).

Philippe Poitevin, Joseph Letz, médaillon en plâtre
Annoté, signé et daté Mon ami J. Letz / PPoitevin / 1869
Collection personnelle (avant et après restauration)

Joseph Letz est l’élève de Pascal Coste (1787-1879) et le collaborateur d’Henry Espérandieu (1829-1874) sur le chantier du Palais Longchamp. C’est sans doute à cette occasion que Letz s’est rapproché de Philippe Poitevin, le sculpteur étant chargé de l’exécution de quatre médaillons en bronze (cf. notice du 19 octobre 2010) et d’un groupe en pierre (1867). En 1868, il est nommé architecte en chef du département des Bouches-du-Rhône. C’est peu après que Poitevin le portraiture.
Par la suite, il devient l’architecte de la ville de Marseille, à la mort d’Espérandieu. Dans la cité phocéenne, il est l’architecte de la banque de France, du théâtre des Variétés (cf. notice du 16 avril 2008), de la façade en ciment de l’église Saint-Ferréol-les-Augustins (cf. notice du 21 mars 2011), du monument à Espérandieu (cf. notice du 16 avril 2008), de la fontaine Estrangin (cf. notice du 23 novembre 2012)… En 1880, il est élu à l’Académie de Marseille et fait chevalier de la Légion d’honneur, en 1883.

Joseph Letz, vers 1883-1890

samedi 1 avril 2017

Décor sculpté du café Riche (Adolphe Royan sculpteur)

Sous le Second Empire, Marseille est célèbre pour ses somptueux cafés, notamment celui des Mille Colonnes, celui de France et celui des Deux Mondes. C’est cependant à la Belle Époque qu’ouvre le plus luxueux d’entre eux comme son nom l’indique : le café Riche.

Joseph Ganio, Le café Riche, carte postale, vers 1902

L’histoire débute lorsque, en 1900, le cafetier Mollaret commande à Paul Mouren (1864-1931) l’aménagement d’un nouvel établissement à l’angle de la Cannebière (n°1 de l’époque) et du cours Saint-Louis[1]. L’architecte conçoit alors un décor exubérant, de style art nouveau. Le marbrier Jules Cantini (1826-1916) fournit les marbres et les onyx des colonnes et des parements muraux. L’éclairage luxuriant de l’entreprise Roussel & Rébufat forme des grappes de fleurs lumineuses envahissant les stucs et les marbres. Le peintre Pierre Poujol (1858-?) réalise, pour le plafond, une allégorie symbolisant L’Aurore du XXe siècle. Quant au décor sculpté, il est exécuté par l’entreprise familiale A. Royan et Cie.
Le sculpteur-ornemaniste Adolphe Royan (1869-1925) dirige alors l’entreprise fondée par son père Auguste (1837-1908). Paul Mouren connaît bien les Royan : il a déjà collaboré avec eux pour la décoration de l’immeuble de la veuve Corraze sis 37, cours du Chapitre. Pour le café Riche, Adolphe Royan produit un décor stuqué d’inspiration rocaille (coquilles, enroulements de courbes et contre-courbes, guirlandes de fleurs…) dans lequel émerge des masques grotesques et bustes féminins. Enfin, deux plantureuses Sirènes, émergeant des roseaux, soutiennent un balconnet au-dessus de la caisse. C’est sur les roseaux à droite que le sculpteur a signé son œuvre.

Adolphe Royan, Sirène et signature
Détail d’une photo de Joseph Ganio

En 1902, Joseph Ganio – qui tient un magasin de fourniture pour la photographie au 38, quai du Canal – prend une série de cliché du café Riche qui a ouvert au printemps 1901 et en tire des cartes postales. Les originaux signés de ces photos sont, quant à eux, conservés aux archives municipales (16 Fi 717 à 16 Fi 720).


[1] L’emplacement est actuellement celui du Monoprix.

lundi 20 mars 2017

Actualités : de la concordance des faits

Ce mois-ci trois actualités se télescopent :
1-    1-  Paraît ce mois de mars le numéro 254 de revue Marseille dans lequel je publie un article intitulé « Esquisses, maquettes, modèles et autres réductions : sculpter en miniature pour rêver Marseille en monumental » (p.86-93). J’aborde, à travers une quinzaine d’exemples de 1860 à 1940, les différents rôles de la maquette : outil de conception, outil administratif ou outil promotionnel.


Marseille, n°254

2-    2-  Comme un écho à mon article, je viens de trouver sur Ebay une carte postale de la maquette du Monument Edmond Rostand sculptée par Paul Gondard (1884-1953). C’est un document intéressant à deux titres : d’abord, il montre une variation entre le projet et l’œuvre définitive (disparition des Musardines, allégories féminines nues évoquant un recueil de poésies de Rostand) ; ensuite, la carte est également un bon de souscription qui dévoile une part de son mode de financement.

Paul Gondard, Monument Rostand, maquette plâtre, 1923
Carte postale (recto et verso)

1 3- Enfin, à propos du dramaturge marseillais, sachez que Les Amis du Musée Cyrano de Bergerac, présidés par Thomas Sertillanges, ont entrepris la restauration de la tombe des Rostand au cimetière Saint-Pierre. Les travaux de réhabilitation sont achevés et une cérémonie aura lieu sur place le samedi 1er avril 2017, à 11h30, en présence de comédiens de la compagnie de Philippe Car –  L'Agence de Voyages Imaginaires – qui déclameront trois célèbres tirades d’Edmond Rostand. N’hésitez pas à aller assister à cet événement !


Tombe de la famille Eugène et Alexis Rostand restaurée
(face et dos)
Cimetière Saint-Pierre - 10e arrondissement

vendredi 3 mars 2017

La Curée (Andrea Bertozzi sculpteur)

Il y a aujourd’hui à Marseille une sculpture en grand danger. Et peut-être est-il déjà trop tard tant son délabrement est grand ! Pourtant elle se situe dans un cadre privilégié, le jardin d’enfants du parc zoologique, derrière le palais Longchamp. Hélas, son emplacement discret la rend invisible aux yeux du grand public qui, de fait, ne peut s’émouvoir de l’état de cette œuvre méconnue, sinon inconnue.
Cette sculpture en marbre – La Curée – est un groupe animalier figurant un sanglier mis à mort par des chiens de chasse. Il s’agit d’une œuvre originale de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe due au ciseau du sculpteur italien Andrea Bertozzi. Elle a été acquise par le marbrier et mécène Jules Cantini (1826-1916). Comme si  l’art pouvait contrer les horreurs de la première guerre mondiale, Cantini l’offre à la municipalité, l’année de son décès, en même temps qu’une copie du Milon de Crotone (1682) de Pierre Puget qui, depuis 2004, embellit le cours Jean Ballard.

Andrea Bertozzi, La Curée, groupe marbre
Jardin d’enfants du parc zoologique, 4e arrondissement
Ensemble et inscriptions

J’avais photographié ce groupe en 2012 alors qu’il était déjà très dégradé. Je l’ai revu récemment et malheureusement son état a fortement empiré !

mercredi 15 février 2017

Musée subaquatique (Jason deCaires Taylor sculpteur)

Jason deCaires Taylor (né le 12 août 1974) est un sculpteur figuratif britannique, spécialisé dans les sculptures sous-marines. En 2006, il crée le premier musée sous-marin de sculptures à Molinere Bay, dans l’île de la Grenade, aux Antilles. Il récidive en 2010 avec son musée subaquatique d’art situé dans les eaux turquoises de Cancún, au Mexique. Il semble que Marseille ambitionne d’accueillir à son tour un parc aquatique de sculptures et de s’inscrire ainsi dans un circuit international de musées sous-marins.
La Provence, 15 février 2017