vendredi 15 décembre 2017

César au Centre Pompidou

Le sculpteur marseillais César Baldaccini, dit simplement César (1921-1998) a les honneurs d’une rétrospective à Paris, au Centre Pompidou. L’exposition durera du 13 décembre 2017 au 26 mars 2018, célébrant le vingtième anniversaire de la mort de l’artiste.

Affiche de la rétrospective César

Bernard Blistène, directeur du musée et commissaire de l’exposition, connaît bien César auquel il avait déjà rendu hommage, de son vivant. En effet, en 1993, il avait organisé à la Vieille Charité, en tant que directeur des Musées de Marseille (1990-1996), une grande expo intitulée César, une rétrospective. Plus récemment, du 14 septembre 2013 au 5 janvier 2014, le musée Cantini a exhibé une trentaine d’œuvres offertes par l’artiste à sa ville natale en 1998 dont son célèbre Pouce. Tout ça, pour dire mon regret du retentissant échec du projet de musée César à Marseille dans la dernière décennie du XXe siècle ! Voilà ce qu’écrivait Brigitte Chaillol à ce sujet, dans Les Échos du 9 octobre 1997 :
« Malgré 50 millions de francs déjà investis dans ce projet de musée, la ville a décidé de réaliser à sa place la nouvelle salle du conseil municipal.
Après vingt-quatre mois de fouilles et déjà près de 50 millions de francs investis, Marseille ne construira finalement pas de musée dédié à César. Le célèbre sculpteur avait légué à sa ville natale 186 œuvres, dont 60 compressions, d’une valeur estimée à 183 millions de francs, à condition qu’un musée spécifique soit construit au plus tard pour fin 1997. Ce projet avait été retenu par la municipalité de Robert Vigouroux, et 130 millions de francs prévus pour la réalisation d'un bâtiment enterré, derrière la mairie, avec un financement réparti entre l'Etat, la région et, surtout, la ville. Mais dans ce secteur, cœur de l’antique phocéenne, les probabilités de trouvailles archéologiques sont très élevées et les fouilles préliminaires obligatoires ont été bien plus importantes que prévu.
Dans le trou ainsi creusé, on a notamment trouvé les vestiges d’un des tout premiers murs de Massalia, datant du VIe siècle avant Jésus-Christ, ainsi que les restes d’un quai de la même époque. Par ailleurs, la convention signée avec César, qui imposait un architecte précis, était inégale pour un marché de cette dimension. Autant d’aléas qui ont considérablement rallongé les délais et ont contraint les deux parties à rediscuter. Après plusieurs mois de tractations, la ville et César sont tombés d’accord. Marseille recevra finalement une donation d’une quarantaine d’œuvres qui trouveront leur place dans l’un des musées marseillais. Et le trou de l’ex-musée César accueillera la nouvelle salle du conseil municipal, qui devait normalement être construite sur la dalle d’un parking souterrain voisin. »

vendredi 1 décembre 2017

Autoportrait (Honoré Daumier sculpteur)

À l’Alcazar, dans la salle des fonds patrimoniaux, se trouve un buste en bronze exceptionnel : un Autoportrait du peintre, sculpteur et caricaturiste marseillais Honoré Daumier (1808-1879). C’est vers 1855-1858 que Daumier réalise en plâtre son Autoportrait, haut de 75 centimètres. Le sujet lui permet une grande liberté plastique. La touche, d’un dynamisme vibrant, laisse deviner le travail des doigts. La modernité de ce buste annonce l’œuvre à venir d’Auguste Rodin (1840-1917).

Honoré Daumier, Autoportrait, bronze
Alcazar, cours Belsunce, 1er arrondissement

Redécouvert en 1938, ce plâtre original est acquis en 1941 par l’avocat parisien Maurice Loncle (1879-1966). Quelques années plus tard, en 1952, après une carrière de galeriste et marchand d’art, Maurice Gobin (1883-?) publie un ouvrage intitulé Daumier Sculpteur ; l’Autoportrait y a les honneurs de la couverture. Dans la foulée, l’auteur convainc le propriétaire d’en faire une édition en bronze. La fonderie Valsuani, sollicitée, exécute alors un tirage limité de l’œuvre – 12 épreuves + 3 épreuves d’essai – en 1954-1955.
L’un des exemplaires est acquis par Jean Cherpin (1899-1985), fondateur de la revue Arts et livres de Provence et membre de l'Académie de Marseille. Toutefois, il est surtout spécialiste et collectionneur de l’œuvre de l’artiste auquel il consacre plusieurs ouvrages dont Daumier et la sculpture en 1979. C’est son exemplaire qui est aujourd’hui conservé à l’Alcazar.

samedi 11 novembre 2017

Monument aux morts de la Tourette (Georges Ricaud sculpteur)

Ce jour de commémoration de l’Armistice de 1918 semble le moment idéal pour revenir sur les monuments aux morts marseillais de la Grande Guerre. Il en est un qui se détache du lot, celui de la Tourette, accolé à l’église Saint-Laurent, réalisé en… 2009 ! Il représente un poilu hurlant, enserrant d’un bras protecteur une mère et son enfant, symbole des populations civiles et de la Nation. Cette sculpture de bronze ne se substitue pas à un monument disparu : en effet, seuls trois noms figurent sur la plaque commémorative pour la période 1914-1918, soit trop peu pour ériger alors un cénotaphe dans ce quartier populaire.

Georges Ricaud, Monument aux morts de la Tourette
Esplanade de la Tourette, 2e arrondissement
Ensemble et détail


Ce monument est l’œuvre d’un touche-à-tout : l’Auvergnat Georges Ricaud (né en 1941) est peintre et sculpteur, mais a également été graphiste publicitaire, photographe de mode, chef d’entreprise et restaurateur. Il se forme aux beaux-arts à Roubaix et Tourcoing (son père est Lillois) ainsi qu’à Bruxelles (sa mère est Belge). Il découvre Marseille en 1960 au moment de son service militaire en Algérie. C’est un coup de foudre pour la cité phocéenne : il s’y installe en 1965 et ne la quittera qu’à la fin de l’année 2011, deux ans après l’inauguration de son monument, pour emménager dans le Gers.

mercredi 1 novembre 2017

Genèse de l’érection du Monument à la Paix (Gaston Castel architecte)

In Situ, revue des patrimoines a mis en ligne l’été dernier les actes d’un colloque auquel j’ai participé : Le collectif à l'œuvre. Collaborations entre architectes et plasticiens, XXe-XXIe siècles. Dans ma communication (https://insitu.revues.org/15391), je reviens notamment sur le contexte de l’érection du Monument à la Paix de Gaston Castel (1886-1871) ; quant à l’histoire du monument lui-même, je renvoie à ma notice publiée le 12 mars 2009.

La genèse du Monument à la Paix remonte au 9 octobre 1934, date à laquelle un indépendantiste croate assassine à Marseille le roi Alexandre Ier de Yougoslavie (1888-1934) et le ministre des Affaires étrangères Louis Barthou (1862-1934). Dès le lendemain, l’Association des amis de la Yougoslavie, par la voix de son président Louis Franchet d’Esperey (1856-1942), crée un comité pour l’érection d’un monument[1] afin de perpétuer le souvenir des victimes et la paix entre les deux nations endeuillées[2]. Dans la foulée, un sous-comité se constitue à Marseille sous la férule de Gustave Bourrageas, directeur du quotidien Le Petit Marseillais. Le 13 octobre suivant, la décision d’élever un mémorial dans la cité phocéenne est officialisée[3].

Gréber, Projet de monument 
à Alexandre Ier de Yougoslavie et Louis Barthou
Photo du dessin publié dans Marseille libre le 25 novembre 1934
Archives municipales de Marseille

Aussitôt plusieurs projets voient le jour. Ainsi, le journal Marseille libre reproduit-il celui de l’architecte Gréber – sans doute l’architecte parisien Jacques Gréber (1882-1962) – dans son édition du 25 novembre 1934[4] : un môle-embarcadère scandé de pylônes à la mémoire des défunts, à édifier au niveau du quai des Belges, dans l’axe de la Canebière. Parallèlement, le choix de l’emplacement fait rapidement débat[5]. Doit-il s’élever sur le Vieux-Port, là où le souverain a débarqué ? Doit-il investir la place de la Bourse, à proximité du lieu de l’attentat ? Doit-on préférer la place de la Préfecture puisque le monarque a rendu l’âme sur le canapé du préfet ? D’aucuns – la Ligue des Marseillais notamment – pensent que « ces trois emplacements sont aussi indésirables les uns que les autres »[6] et proposent son érection au cimetière Saint-Pierre.

Gaston Castel, Hôtel de Préfecture – projet de construction de bureaux annexes & monument national au roi Alexandre de Yougoslavie et au ministre Barthou
Archives départementales des Bouches-du-Rhône 86 J 234

Pour sa part, Gaston Castel penche pour les abords du palais préfectoral. En effet, ses fonctions d’architecte des Bouches-du-Rhône l’amènent, en 1935-1936, à réfléchir à la construction de bureaux annexes dans le jardin de la Préfecture, à l’angle du boulevard Paul Peytral et de la rue de Rome. Il s’agit d’accroître la surface d’une administration désormais à l’étroit dans ses locaux. L’occasion se révèle idéale pour transformer le projet en programme double. Il imagine alors le monument, intégré au nouveau bâtiment de service, se composant d’un mur mosaïqué devant lequel brûle la flamme du souvenir tandis que les portraits d’Alexandre Ier et de Louis Barthou ornent deux courtes ailes en saillie. Cette solution n’est finalement pas retenue, la Préfecture renonçant à lotir son jardin. Par ailleurs, l’Association des amis de la Yougoslavie décide d’ouvrir un concours à degrés[7] en mai 1937, aboutissant à l’érection du monument actuel.


[1] Ce sont finalement deux monuments que l’on réalise, l’un à Paris (Maxime Réal del Sarte, Monument à Pierre Ier de Serbie et Alexandre Ier de Yougoslavie, place de Colombie, 1936) et l’autre à Marseille.
[2] L’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, le 28 juin 1914, ayant embrasé l’Europe, il s’agit de ne pas répéter les erreurs du passé et de préserver la paix à tous prix… d’où la dénomination de Monument à la Paix.
[3] Archive municipales de Marseille 32 M 29, lettre de l’Association des amis de la Yougoslavie au maire de Marseille Simon Sabiani, 13 octobre 1934
[4] Anonyme, « L’avenir urbanistique de la cité. À propos du monument à élever au Roi Alexandre Ier de Yougoslavie et à Louis Barthou », Marseille libre, 25 novembre 1934.
[5] Pierre Sauze, « À propos du monument au Roi Alexandre. Où doit-il être érigé ? », Massalia, 5 janvier 1935.
[6] Ibid. La Ligue des Marseillais estime que l’emplacement du quai des Belges donnerait une image désastreuse de la ville aux visiteurs officiels, remémorant sans cesse le risque d’attentat ; concernant la place de la Bourse où se dresse alors le Monument à Pierre Puget d’Henri Lombard, elle refuse qu’un souverain étranger soit mieux placé que l’une des rares statues à la gloire d’un Marseillais célèbre ; enfin, jugeant l’alliance franco-yougoslave plus profitable à la Yougoslavie qu’à la France, elle trouve excessif une érection devant la Préfecture.
[7] Une première étape sélectionne trois finalistes et une seconde désigne le lauréat.

jeudi 12 octobre 2017

Le peintre Georges Chauvier de Léon (Émile Aldebert sculpteur)

Samedi 14 octobre, le commissaire-priseur marseillais Damien Leclère vend aux enchères un petit buste en bronze, haut de 37 cm, représentant le peintre Georges Chauvier de Léon (Paris, 1835 – Sanary-sur-Mer, 1907). Cet artiste parisien effectue ses études artistiques à Marseille - il habite au n°39  de la rue Saint-Jacques - sous la férule d’Émile Loubon (1809-1863) et se fait une spécialité des paysages camarguais qu’il expose dans la capitale au Salon des artistes français. Il fréquente également les expositions régionales de Montpellier, Nîmes, Toulon et bien sûr Marseille.

Georges Chauvier de Léon, Paysage en Camargue
Vente Leclère, lot 28

Georges Chauvier de Léon, Les-Saintes-Maries-de-la-Mer
Vente Leclère, lot 33

Le sculpteur Émile Aldebert (Millau, 1827 – Marseille, 1924), autre élève de Loubon, réalise son portrait en 1879. L’activité du modèle est rappelée par la palette et les pinceaux sis sur le piédouche. Le petit format du buste montre qu’il s’agit d’une œuvre intime et non une commande officielle, ce que corrobore la dédicace gravée sur le côté : à mon ami / Chauvier de Léon / E. Aldebert / 1879. L’estimation de ce beau portrait est de 500/700 €.
Émile Aldebert, Georges Chauvier de Léon, bronze, 1879
Vente Leclère, lot 31

mardi 3 octobre 2017

La Mer et l’Océan (Armand Toussaint sculpteur)

Pascal Coste, Palais de la Bourse, façade principale
9 La Canebière, 1er arrondissement

Le 11 août 1857, la Chambre de Commerce de Marseille accepte les sculpteurs proposés par l’architecte Pascal Coste (1787-1879) pour décorer le palais de la Bourse alors en chantier. Le sculpteur parisien Armand Toussaint (1806-1862) obtient la réalisation d’un long bas-relief pour la loggia à colonnade et du couronnement de l’attique moyennant 38 000 francs.
L’artiste, élève de Pierre-Jean David d’Angers (1788-1856), obtient un Second Grand Prix de Rome en 1832. Cela lui ouvre les portes des grands chantiers de la capitale (Notre-Dame de Paris, Palais de Justice, Sainte-Clotilde, Louvre). Parallèlement, il exerce comme professeur de sculpture à l’École des beaux-arts de Paris et, en 1852, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur. C’est donc un artiste très officiel qui reçoit la principale commande décorative de la façade.

Armand Toussaint, La Mer et L’Océan, 1859
Couronnement de l’attique du palais de La Bourse

Pour le couronnement de l’attique, l’iconographie figure La Mer (Méditerranée) et l’Océan encadrant le blason de la ville de Marseille couronné de rameaux de chêne (Force) et d’olivier (Paix). Les deux allégories reprennent la tradition des divinités marines de l’antiquité, armées d’un trident. Toussaint sculpte son modèle dans son atelier parisien. Puis, à partir de mai 1859, ses praticiens descendent à Marseille pour dégrossir la pierre et reproduire la maquette à l’échelle. Le sculpteur, pour sa part, n’arrive que le 5 septembre suivant pour achever la taille ainsi que signer et dater son œuvre en bas à droite. La tâche est terminée le 9 septembre 1859.

lundi 25 septembre 2017

Le général Alfred Fetter (Antoine Sartorio sculpteur)

Les sculptures d’Antoine Sartorio (1885-1988) sont rares sur le marché de l’art. D’abord parce que son œuvre se compose principalement d’art monumental ; ensuite, parce que la famille est parvenue à conserver le fonds d’atelier de l’artiste, à Jouques (Bouches-du-Rhône). Aussi ce fut une surprise pour moi de tomber ce week-end, à la foire aux antiquités de Chatou (Yvelines), sur un buste en marbre – jusqu’alors inconnu – signé par Sartorio.

Antoine Sartorio, Le général Alfred Fetter, marbre, 1919
H. 60 cm – L. 45 cm – P. 25 cm
Ensemble et signature

Le buste représente un général alsacien, Alfred Fetter (1860-1929). Né français, il devient Allemand lorsque la province est conquise en 1871. Il quitte l’Alsace et est réintégré français par décret du 24 décembre 1881. Après des études à Polytechnique, il fait carrière dans l’armée. En 1916, en pleine guerre mondiale, il est élevé au grade de général de brigade.
Antoine Sartorio qui combat au front jusqu’en juillet 1916, date à laquelle il intègre l’unité de camouflage, l’a peut-être croisé à cette époque. Il le portraiture à la sortie du conflit, en 1919, au moment où le traité de Versailles rend l’Alsace et la Lorraine à la France. La mention Strasbourg, sous la signature, évoque sans doute ce fait cher au cœur du militaire.

vendredi 8 septembre 2017

Agrandissement du port de Marseille (Antoine Bovy médailleur)

Dans les années 1830-1840, l’agrandissement du port de Marseille devient un enjeu majeur pour le négoce phocéen. La forte croissance de la fréquentation et du tonnage des navires nécessite davantage d’espace, davantage de profondeur. En 1837, les ingénieurs des Ponts et Chaussées pensent améliorer le port par son approfondissement et son élargissement en gagnant sur la vieille ville : on envisage alors la destruction de 600 maisons entre la Consigne et la place Vivaux pour gagner 4 à 5 hectares. Le coût des expropriations semble ruineux, mais l’État juge nécessaire l’amélioration des infrastructures portuaires de Marseille. De fait, la loi du 9 août 1839 alloue à ce projet 7,2 millions. La Chambre de Commerce y ajoute 800 000 francs mais la manne étatique aiguise ses ambitions : elle demande une nouvelle étude pour un port auxiliaire, destiné au cabotage des vapeurs, de « la plus grande étendue possible »[1]. Cette étude aboutit à la fin de l’année 1842 au projet du port de la Joliette, validé par la loi du 5 août 1844.

Antoine Bovy, Agrandissement du port de Marseille, 1844
Médaille en bronze, collection particulière
Avers et revers

Le sculpteur et médailleur français d’origine suisse Antoine Bovy (1795-1877) réalise une médaille commémorant cette décision. L’avers présente le profil gauche du roi Louis-Philippe coiffé d’une couronne de chêne, symbole de force ; le revers offre une vue maritime de Marseille avec son Vieux-Port et le nouveau port de la Joliette.



[1] Archives de la Chambre de Commerce de Marseille, délibération du 27 août 1839.

mardi 8 août 2017

Monseigneur Louis Robert (Antoine Bontoux sculpteur)

Ce soir, sur Ebay, est vendu un buste d’Antoine Bontoux (1805-1892) représentant Mgr Louis Robert (1819-1900), évêque de Marseille de 1878 à 1900.

Antoine Bontoux, Mgr Louis Robert
Buste en plâtre patiné, 1887

Le 25 août 1887, le clergé marseillais offre à son évêque un buste en bronze à son effigie. Pour cela, il s’adresse au vieil Antoine Bontoux, professeur de sculpture à la retraite. Le prélat porte la calotte et la croix épiscopale ; quant au piédouche, il exhibe son monogramme « LR » et la signature de l’artiste.
Dans le même temps, Antoine Bontoux réalise une ou plusieurs réductions en plâtre patiné terre cuite ou médaille. Ces versions, hautes de 45 cm, sont vraisemblablement destinées au commanditaire ou aux souscripteurs les plus importants. Le buste actuellement en vente est affiché au prix de 250 euros.

mardi 1 août 2017

Paul Verlaine (André Verdilhan sculpteur)

En 1906, le sculpteur André Verdilhan (1881-1963) effectue ses premiers pas sur la scène artistique parisienne en exposant au 22e Salon des Indépendants, haut lieu de l’avant-garde. Il y présente six œuvres dont un buste en plâtre de Paul Verlaine (1844-1896 – n°5526). L’année suivante, se tient à Marseille le Salon de Provence, première manifestation d’art moderne de la cité phocéenne où un « symbolisme quelque peu énigmatique » côtoie un « révolutionnarisme intempestif » selon le critique Ferdinand Servian (1861-1934)[1]. L’exposition se déroule du 15 février au 15 mars 1907, dans l’ancien hôtel de la Caisse d’épargne sis au 11, rue Nicolas (aujourd’hui Édouard Delanglade), sous le patronage – entre autres – du sculpteur Auguste Rodin (1840-1917) et du fondateur du Salon d’Automne Frantz Jourdain (1847-1935). André Verdilhan y montre trois sculptures, notamment son Paul Verlaine (n°36).

André Verdilhan, Paul Verlaine, buste en plâtre, 1906
Collection particulière

Dans son article, Ferdinand Servian loue ses qualités : « Deux jeunes sculpteurs se signalent particulièrement l’un par l’acuité de son analyse, l’autre [Marius Malan, 1872-1940] par l’équilibre, la santé de sa technique où l’imagination et le pouvoir d’expression manuelle se maintiennent dans un état de parfaite tranquillité. Le premier, M. André Verdilhan, nous offre Coup de Grisou [n°38], d’une anatomie un peu confuse mais michelangélesque ; La Morte [n°37], masque impressionnant animé par le souffle de l’art, et Paul Verlaine, au front dominateur, au visage d’ascète laïque [sic]. Le jeune artiste nous est apparu là comme un Carrière de la sculpture, tant il semble avoir transporté dans son propre domaine la conception picturale de l’auteur du poème social. »[2] La référence au peintre symboliste francilien Eugène Carrière (1849-1906) est d’autant plus pertinente qu’il est lui-même l’auteur d’un portrait de Paul Verlaine.

Eugène Carrière, Paul Verlaine, huile/toile, 1880
Musée d’Orsay, Paris

Suite à cette exposition, se forme un comité composé d’écrivains, de musiciens, de peintres et d’amateurs d’art pour ériger un monument à la mémoire de Paul Verlaine ; on y trouve Frantz Jourdain, le poète François Coppée (1842-1908), le ministre dreyfusard Henri Bresson (1835-1912), le député Edmond Lepelletier (1846-1913) apparenté à Verlaine ou encore les peintres marseillais Louis-Mathieu Verdilhan (1875-1928) et Louis Audibert (1880-1983). Ce dernier, propriétaire de la campagne Carlevan sur la commune d’Allauch où doit être élevé ledit monument, coordonne les efforts du groupe qui prend le nom d’Académie d’Allauch. Par une lettre datée du 18 mars 1908, le comité sollicite le conseil municipal qui lui accorde, le 29 mars suivant, un emplacement sur l’esplanade des Écoles, une subvention de 100 francs et la concession d’un bloc statuaire. Le monument se composera du buste en marbre de Paul Verlaine d’André Verdilhan dressé sur une stèle de trois mètres avec une Muse pensive devant. Dans la foulée, le 31 décembre 1908, un arrêté ministériel accorde une allocation de 400 francs à cette œuvre.
Pourtant partie sous de bons auspices, l’érection du monument n’aboutit pas. Le 18 avril 1912, le ministère des Beaux-Arts s’inquiète de l’inauguration. Le préfet des Bouches-du-Rhône, après enquête, lui apprend que l’œuvre reste inachevée et le comité dissous. La municipalité d’Allauch qui conserve la pierre allouée, à peine ébauchée, est prête à la restituer ; quant à la subvention de l’État, elle est annulée le 6 juin 1912.



[1] Ferdinand Servian, « Beaux-Arts. Le Salon de Provence », Le Sémaphore de Marseille, 7 mars 1907.
[2] Idem.

lundi 24 juillet 2017

Le Bateau (Stéphane Hanrot architecte)

Voilà longtemps que je n’avais vu la place du Général-de-Gaulle aussi attrayante. L’aménagement actuel met en valeur la fontaine de l’architecte Stéphane Hanrot (né en 1956).

Stéphane Hanrot, Fontaine, 1995
Place du Général-de-Gaulle, 1er arrondissement

Celle-ci est érigée en 1995, à la faveur de la construction du parking souterrain et du réagencement de la place. Son concepteur lui confère une monumentalité contrastant avec le minimalisme des miroirs d’eau qui se sont multipliés dans la dernière décennie du XXe siècle. En effet, Stéphane Hanrot, en tant qu’architecte et enseignant-chercheur à l’ENSA de Marseille, est aussi attaché à l’architecture qu’au paysage urbain : son credo consiste à mieux connaître les qualités d’un environnement pour contrecarrer les processus de « médiocrisation » du cadre de vie.
La fontaine joue sur un contraste de courbes opposées entre une base massive en pierre et un bassin métallique traité tout en légèreté. Suspendu au-dessus du sol par une quille, le bassin évoque la coque d’un voilier glissant sur les flots… d’où son surnom de « bateau ». L’eau, par un système de débordement, tombe de la partie supérieure en rideau sur la base où est gravée la devise de la cité phocéenne : « Actibus immensis urbs fulget Massiliensis » (La Ville de Marseille resplendit par ses hauts faits).

samedi 15 juillet 2017

Déménagement du Chevalier Roze

Il arrive – plus fréquemment qu’on se l’imagine – que les sculptures monumentales déménagent. Souvent, l’on convoite leur emplacement pour un nouvel aménagement. Plus rarement, une statue retrouve son site d’origine. C’est ce qui est arrivé récemment au buste du Chevalier Roze (1675-1733), réalisé en 1880 par le sculpteur marseillais Jean Hugues (1849-1930).
Je ne reviendrai pas sur son histoire ; il suffira de se reporter à la notice que je lui ai consacrée le 11 mars 2008. L’œuvre, érigée en 1886 sur une architecture murale à la Tourette, reste en place au moins jusqu’en 1952.
                             
Karl, Monument du Chevalier Roze à la Tourette,
Gravure, vers 1886-1890

Baron, Monument du Chevalier Roze à la Tourette,
Photographie du 5 février 1952

Le buste en bronze est déménagé alors au square Fontaine Rouvière, où il demeure jusqu’à cette année. Un élu a sans doute eu l’idée pertinente de rapprocher le héros de la peste de 1720 du lieu de ses hauts faits. Du coup, la sculpture a été rapatriée à la Tourette et placée – dans une mise en scène minimaliste – contre l’église Saint-Laurent.

Jean Hugues, Le Chevalier Roze, bronze, 1880
Esplanade de la Tourette, 2e arrondissement

vendredi 16 juin 2017

Actualité des ventes marseillaises

Juin est toujours un gros mois pour les ventes aux enchères, avant la trêve estivale. J’ai donc décidé de mettre l’accent sur quelques œuvres intéressantes qui passent prochainement sur le marché marseillais.

Louis Patriarche, Exposition coloniale de Marseille, 1906
Plaquette en bronze argenté, 5,5 x 8,5 cm
Avers & revers

Aujourd’hui, vendredi 16 juin, l’Étude de Provence propose à la vente une belle médaille de forme rectangulaire dont l’avers reprend l’affiche de l’Exposition coloniale de 1906 peinte par David Dellepiane (1866-1932, cf. notice du 1er décembre 2016) : les habitants des colonies françaises arrivant à Marseille en bateau. Cette plaquette est l’œuvre du sculpteur-médailleur corse Louis Patriarche (Bastia, 1872 – Nîmes, 1955). L’estimation est de 350 / 450 €.

Gaston Cadenat, Débardeurs, 1935
Bas-relief en plâtre patiné, 28 x 62 cm

Vendredi 30 juin, l’étude d’Hervé Tabutin présente un sculpteur rare aux enchères : Gaston Cadenat (1905-1966). L’œuvre est une épreuve en plâtre patiné du bas-relief qui lui vaut une médaille d’argent  au Salon de la Société des artistes français de 1935 : Débardeurs. L’estimation est de 200 / 260 €.

Manufacture de la veuve Perrin, Fontaine Fossati, 1789
Surtout de table en faïence polychrome, H. 50,5 cm – L. 21 cm
Ensemble et détail

La pièce la plus intéressante est cependant proposée par l’étude de Damien Leclère, ce même vendredi 30 juin. Il s’agit d’une céramique reproduisant la Fontaine Fossati, érigée en 1778 sur la place La Tour (aujourd’hui place du Général de Gaulle) puis transférée place des Capucines (cf. notice du 8 avril 2013). Elle porte une inscription en latin : fons Marsillia Civittati Facta Fuit Anno M.DCCLXXXIX. D’autres exemplaires existent, avec des variations de couleurs, notamment musée Borelly ; pour les curieux, Marina Lafon leur a consacré un article dans la revue Marseille d’avril 2017 (n°254, Marseille en miniature, « La Fontaine Fossati, ses tribulations et ses représentations en faïences au XVIIIe siècle », p.65-71). Cette pièce rare est estimée entre 3000 et 5000 €.

lundi 5 juin 2017

Le poilu à l’assaut (Félix Guis sculpteur)

Aujourd’hui, j’ai décidé de publié un extrait de mon article « Esquisses, maquettes, modèles et autres réductions : sculpter en miniature pour rêver Marseille en monumental » paru dans la revue Marseille (n°254, avril 2017, p.86-93).

Félix Guis, Projet de monument aux morts
Maquette en plâtre, vers 1920-1925, collection particulière

Conséquence de 14-18, l’Entre-deux-guerres connaît une effervescence sculpturale sans précédent. La loi du 25 octobre 1919 encourage en effet l’érection de monuments aux morts pour la Patrie[1]. En ce qui la concerne, la cité phocéenne abandonne cette prérogative à ses quartiers qui aussitôt – soit individuellement, soit en se regroupant – forment des comités pour élever un mémorial. Ceux-ci demandent aux sculpteurs et entrepreneurs locaux, par le biais d’un marché de gré à gré ou d’un concours, des projets de monument. Les maquettes soumises symbolisent la Douleur, la Victoire ou Gallia, image de la France éternelle. Toutefois, le motif emblématique reste la figure du poilu, montant la garde ou mourant ; le poilu combattant, trop réaliste ou agressif, n’est jamais retenu. La maquette de Félix Guis en fait les frais : son soldat hurlant, un masque à gaz sur la poitrine, qui s’élance à l’assaut, prêt à jeter une grenade, ne trouve pas preneur[2]. Seule l’Union des volontaires français et alliés ose ce parti-pris pour son monument, œuvre de l’Italien Luigi Betti, érigé en 1925 au cimetière Saint-Pierre (cf. notice du 21 octobre 2013).

Luigi Betti, Monument aux Volontaires français et alliés
Statue en bronze, 1925, Cimetière Saint-Pierre, 10e arrondissement


[1] « Des subventions seront accordées par l’État aux communes en proportion de l’effort et des sacrifices qu’elles feront en vue de glorifier les héros morts pour la Patrie. » (article 5).
[2] Guis puise son réalisme dans son expérience : mobilisé du 1er juillet 1915 au 1er août 1919, il combat au front, dans l’aviation.

vendredi 19 mai 2017

Le pavillon Rivoire & Carret (François Carli sculpteur)

Les cousins Claudius Rivoire (1835-1895) et Jean-Marie Carret (1829-1913) fondent en 1860, à Lyon, une entreprise de pâtes alimentaires. Toutefois, afin de se rapprocher de leurs matières premières provenant principalement du Maghreb, ils s’installent en 1890 à Marseille, dans le quartier Saint-Marcel (11e arrondissement). Par la suite, dans les années 1930, leur usine – dont les bâtiments labélisés patrimoine XXe ont été rachetés par la ville en 2003 – déménage à la Valbarelle (11e arrondissement).

Gabriel Héraud (architecte) et François Carli (sculpteur)
Pavillon Rivoire & Carret, 1906
Carte postale

Aujourd’hui, ce n’est pas l’usine qui m’intéresse, mais le petit pavillon Rivoire & Carret construit pour l’Exposition coloniale de Marseille de 1906. Le pavillon de style nouille – jamais style n’a été autant d’à-propos ! – est l’œuvre des Marseillais Gabriel Héraud (1866-1941) et François Carli (1872-1957). Il est érigé à l’intérieur du Grand Palais et en est un des principaux attraits. Un littérateur déclare que « l’on admire notamment les panneaux décoratifs célébrant l’apothéose des pâtes alimentaires. Certes, le sujet était plutôt ardu. Mais Carli l’a poétisé, et rien n’est joli et fin comme cette pluie de boites tombant du ciel sur un champ d’épis dorés de soleil. Les anges posés au sommet du dôme de l’édifice sont également d’exquises choses et contribuent à donner un grand cachet artistique à ce pavillon dont il est superflu de souligner l’immense succès »[1].
A propos desdits anges, ils semblent se souvenir des motifs qu’Auguste Carli (1868-1930) a créés pour le Grand Palais de l’Exposition universelle de 1900 et qu’il a repris pour signaler l’atelier-musée des frères Carli au n°6 de la rue Neuve (cf. notice du 26 février 2008).

Auguste Carli, Enfant et masque grotesque, 1899
Maquette vendue aux enchères à Drouot le 18 Mai 2016



[1] S., « L’art à l’exposition. Carli », La Vedette, 18 août 1906, p.409

mercredi 3 mai 2017

Actualité des ventes aux enchères

Samedi 20 mai 2017, une vente aux enchères monégasque dispersera une collection numismatique centrée sur le Second Empire. Parmi les médailles à vendre, deux commémorent l’inauguration de bâtiments marseillais emblématiques.

Lot 85 - Eugène-André Oudiné (Paris, 1810 – Paris, 1887)
Inauguration de palais de la Bourse, médaille en argent, 1860

L’avers représente du palais de la Bourse (Chambre de commerce), œuvre de l’architecte Pascal Coste (1787-1879), avec la date de l’inauguration le 10 septembre 1860 tandis qu’au revers, dans un cartouche posé sur l’aigle impérial, figurent les noms des membres de la chambre de commerce. L’estimation de cette médaille est de 2000 €.

Lot 143 - Louis Merley (Saint-Étienne, 1815 – Paris, 1883)
Inauguration du palais Longchamp, médaille en argent, 1869

L’avers représente le palais Longchamp, œuvre d’Henry Espérandieu (1829-1874) inaugurée le 14 août 1869, qui abrite le muséum d’histoire naturelle et le musée des beaux-arts. Sur le revers, un cartouche soutenu par les différents attributs de la mer contient une inscription de neuf lignes. L’estimation de cette médaille est de 3 000 €.